4 octobre 2008
Après la crise de 1929, en réaction aux élites économiques et financières qui s’étaient enrichies tout en conduisant le pays à la crise, la réponse de Roosevelt fut autrement plus brutale. Le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux revenus les plus élevés fut porté de 25% à 63% en 1932, puis 79% en 1936, 91% en 1941, niveau réduit à 77% en 1964, et finalement à 30%-35% au cours des années 1980-1990 par les administrations Reagan-Bush (Obama propose de le remonter à 45%).
Pendant près de cinquante ans, des années 1930 jusqu’en 1980, jamais le taux supérieur ne descendit au-dessous de 70%, et il fut en moyenne de plus de 80%. Dans le contexte idéologique actuel, où le droit de toucher des bonus et parachutes dorés de plusieurs dizaines millions d’euros sans avoir à payer plus de 50% d’impôt a été promu au rang des droits de l’Homme, beaucoup jugeront cette politique primaire et spoliatrice. Elle a pourtant été appliquée pendant un demi-siècle dans la plus grande démocratie du monde - visiblement sans empêcher l’économie américaine de fonctionner. Surtout, elle avait le mérite de réduire drastiquement les incitations des dirigeants des entreprises à se servir dans la caisse au-delà d’un certain seuil.
Extrait de la chronique de Thomas Piketty dans Libération
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