APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
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Un crime reconnu ’inacceptable’ 58 ans après
23 juillet 2005

En mars 1997, Philippe Leymarie, journaliste à Radio France Internationale, publiait dans “le Monde diplomatique” un article qui relatait les différents épisodes de la répression des patriotes malgaches luttant pour la libération de leur pays, 50 ans après les faits. Nous reproduisons ci-après des extraits de l’article intitulé ’Chape de silence sur une effroyable répression’. Les inter-titres sont de “Témoignages”.
(page 9)
Ce 29 mars 1947, dans la nuit de samedi à dimanche, le camp de la gendarmerie Tristani à Moramanga, sur la voie de chemin de fer entre Antananarivo et Tamatave, est soudainement attaqué, de même que des concessions du fleuve du Bas-Faraony et la ville de Manakara, sur la côte est. Ailleurs, malgré l’effet de surprise, le soulèvement généralisé échoue : la majorité de la population ne suit pas...
C’était pendant la saison des pluies, raconte le Père Jacques Tronchon, coordonnateur de la conférence épiscopale, dont le livre “L’Insurrection malgache de 1947” fait toujours autorité, dans la nuit du dimanche des Rameaux et dans la période du Fandroana, la "fête du bain", la célébration nationale du temps des reines, où sont exaltés la mystique de la patrie, du renouveau, ainsi que le culte des ancêtres et les valeurs traditionnelles malgaches. (...)
Casser le mouvement progressiste
À Madagascar, le petit et le grand colonats ainsi qu’une partie de l’administration, qui s’inquiétaient d’éventuelles visées britanniques ou sud-africaines sur la Grande Île, supportaient mal la spectaculaire montée en puissance du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), à la fois national et pacifiste, dont se réclamaient les trois députés malgaches. (...) En janvier 1947, le MDRM (...) s’était imposé aux élections locales et avait annoncé un congrès pour le mois d’avril...
Formées dans le culte des mouvements de résistance à la colonisation, les deux principales sociétés secrètes du moment, Panama (Patriotes nationalistes malgaches) et Jiny (du nom d’un oiseau rouge qui volette de vallée en vallée), entendaient arracher l’indépendance par la force. Avec le recul, elles considèrent cependant qu’elles ont été jetées prématurément dans la bataille : un groupe manipulé par la police avait lancé le signal de l’action, les obligeant à suivre. La thèse de la provocation - de la police, des colons, voire des Anglo-Saxons - est désormais retenue par la plupart des chercheurs.
Fondateur du Jiny dans le Sud, M. Monja Jaona est un des seuls chefs nationalistes à avoir reconnu sa responsabilité dans le déclenchement de ce que les colons avaient baptisé la "rébellion", et que les Malgaches eux-mêmes appelèrent ensuite les "événements" : "Mes ancêtres étaient morts pendant l’occupation française, fusillés par les Sénégalais. Je devais lutter pour venger mon père. J’étais en colère. Je disais : nous sommes allés en France ; nous avons combattu les Allemands, défendu la France, pays des Français... Pourquoi ne défendons-nous pas notre patrie ? Levons-nous ! Abolissons les travaux forcés ! J’avais appelé le peuple à la grève...".
"Éliminer tous les cadres"
Dès avril débarque un corps expéditionnaire français de 18.000 hommes - ses effectifs grimperont jusqu’à 30.000. Il lui faudra un an pour réduire les maquis nationalistes : privés d’armes, de chefs et de ravitaillement, les derniers rebelles survivants sortent de la forêt, affamés, vingt et un mois après le déclenchement de l’insurrection.
"Ils cherchaient à éliminer tous les cadres", raconte Gisèle Rabasahala, à l’époque secrétaire des avocats français du MDRM, qui prit ensuite la tête du comité chargé de défendre et réhabiliter les emprisonnés, "et il suffisait d’avoir un pantalon et des chaussures pour être suspect...". "C’était le coup d’assommoir", renchérit Jacques Tronchon. "On a parlé pacification après avoir tout écrabouillé".
Selon les comptes de l’état-major, auxquels se fie Jacques Tronchon, la "pacification" a fait 89 000 morts, avec tortures, exécutions sommaires, regroupements forcés, mises à feu de villages. Le haut-commissaire de Chevigné, à l’Assemblée nationale, avait donné une fourchette plus large : entre 90.000 et 100.000. Et, pour beaucoup de Malgaches, la saignée a été plus massive encore. (...)
Les trois députés de Madagascar sont arrêtés. Lors du procès, Paris, écartant l’accusation de provocation policière, retient la thèse du complot organisé par le MDRM : les parlementaires sont condamnés à mort (ils seront graciés), le mouvement est dissous. À Madagascar, comme en Indochine et en Algérie, le contact avec les nationalistes est rompu. Six ans plus tard, ce sera la défaite de Dien Bien Phu en Indochine. Et l’insurrection de la Toussaint rouge en Algérie...
Un crime du colonialisme
C’est le 22 février 1946 que le Mouvement Démocratique pour la Rénovation malgache (MDRM) est créé à Paris. Dans son programme : faire de Madagascar un pays indépendant, associé à la France. Trois de ces membres sont élus à l’Assemblée constituante de la IV République. Le MRDM milite également pour les droits des travailleurs malgaches. Tout ceci suscite l’opposition des colonialistes français et des colons. Ces derniers entendent maintenir une domination coloniale sur Madagascar.
D’ailleurs, l’administration coloniale ne cesse de brimer le MRDM, en réponse, la représentation parlementaire malgache adresse le 13 décembre 1946 un mémorandum au Commissaire de la République à Madagascar, représentant l’État français de l’époque. En voici la teneur :
Appel du MRDM
"C’est pour nous un pénible devoir de vous adresser une protestation énergique contre le procédé particulièrement injuste utilisé contre le Mouvement Démocratique de la Rénovation malgache. Depuis quelque temps, il semble que l’Administration applique un mot d’ordre [...]. Notre Mouvement est pourtant le seul à préconiser une politique de franche collaboration avec la France, dans le cadre prévu par la nouvelle Constitution [...]. Un nombre considérable de nos camarades de la classe ouvrière et paysanne se voient, depuis la suppression du travail obligatoire, systématiquement privés du bénéfice de toute répartition de denrées et marchandises de première nécessité.
Il est clair que tout ce déploiement de force ne vise qu’à un but : celui de s’opposer systématiquement à toute politique susceptible de réaliser les aspirations légitimes du peuple malgache. Madagascar ne demande pourtant qu’une chose par la voix de ses élus : devenir un État libre, associé à la France dans l’Union française. Nous estimons que l’intérêt de nos deux pays exige la création d’un climat favorable à l’entente franco-malgache pour l’instauration dans l’Ile d’un régime démocratique de justice et de liberté".
89.000 morts selon l’armée
Alors que la répression avait déjà commencé, un socialiste français, député de Madagascar, s’était écrié lors d’un discours à l’Assemblée nationale, le 6 mai 1947 : "Savez-vous comment les Malgaches interprètent le mot "liberté" ? Pour eux, il signifie ne rien faire, ne plus payer d’impôt, ne plus fréquenter les écoles et les formations sanitaires et fabriquer de l’alcool en fraude".
Deux ans après que l’opinion ait pu prendre connaissance de l’horreur des camps de concentration, un gouvernement représentant un pays qui pendant quatre ans avait été occupé par les nazis déclenchait une terrible répression, rasant des villages, jetant des prisonniers d’un avion pour terroriser les villageois de leur région. Les militaires français reconnaissaient l’ampleur du massacre : 89.000 morts, donnée jamais démentie. Mais il a fallu 57 ans pour que le plus haut responsable de la République française reconnaisse le caractère inacceptable de ces actes.
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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