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Emilie Assati, porte-parole du Collectif “Non au racisme ! Respèkt anou !”
20 août 2010
Emilie Assati tire les enseignements de la rencontre entre une délégation du collectif et un conseiller du ministre de l’Éducation au sujet du professeur raciste dont les Réunionnais ont demandé la révocation.

Emilie Assati : « dans l’égalité des cultures, nous ne défendons pas les intérêts d’une communauté au détriment d’une autre ».
(photo Toniox)
Le collectif que vous représentez s’intitule “respekt anou”. Avez-vous senti, au cours de cet entretien, que le respect était rétabli ?
— “Respekt a nou”. Dans ce “nou” plusieurs choses : pas seulement notre couleur de peau, mais aussi nos cultures, cultes, religions, notre langue, notre histoire, et tous ces détails qui font de nous une société à part entière, avec ses spécificités propres. Est-ce que le respect a été rétabli ? Je ne sais pas si on peut en préjuger au terme d’un entretien… Le conseiller du ministre Luc Chatel nous a confirmé qu’à la suite de nos revendications, une procédure disciplinaire avait été prise à l’encontre de ce professeur raciste que nous dénonçons depuis le début. C’était là bien la moindre des choses qu’on pouvait faire, en tant que représentant de l’Éducation nationale, au vu de la gravité de ces propos. Je rappelle que l’école aujourd’hui ne sert pas qu’à emmagasiner une somme de connaissances, l’école est plus que nulle part ailleurs l’endroit où l’on apprend la vie en société ainsi que les règles et valeurs qui rendent possible la vie en société, telles que le respect, la tolérance et la fraternité. Qu’une procédure disciplinaire soit engagée à l’encontre de cet individu qui jette le discrédit sur l’Éducation nationale, de surcroît, sur un territoire tel que le nôtre, particulièrement reconnu pour son métissage et son caractère pluriel, n’est que justice. Nous continuons à nous mobiliser pour que cette procédure aboutisse à la révocation définitive de ce professeur de l’Éducation nationale.
Concrètement, à quel engagement a souscrit le ministre ?
— Je regrette que le ministre ne se soit pas prononcé publiquement sur cette affaire lors de sa visite sur notre île. Je regrette que les Réunionnais, qui se sont beaucoup offusqués du racisme et de la violence de ces propos de la part d’un enseignant de l’Éducation nationale n’aient pas eu de message fort condamnant le racisme de la part du représentant du gouvernement. Si notre collectif n’était pas allé à la recherche des informations, aujourd’hui les Réunionnais n’auraient même pas été informés de cette procédure contre cet individu qui les a pourtant insultés publiquement : « Je suis blanc, et, de toute façon, ici, c’est tous des nègres et toutes des p… ». Or, cela aurait été la moindre des choses. D’une part, il aurait fallu dire aux Réunionnais que le gouvernement condamne les propos racistes et le racisme de manière générale. D’autre part, il aurait fallu dire aux parents d’élèves que l’Éducation nationale ferme sa porte aux profs racistes. Il n’y pas eu de message clair, il n’y a pas eu de message fort. Il ne nous reste plus qu’à espérer que l’instance paritaire du conseil de discipline vote unanimement pour la révocation définitive. Nous avons obtenu la procédure disciplinaire, l’autre moitié du combat reste à mener et nous resterons mobilisés jusqu’au bout.
Il y a un débat autour de l’affaire “Copy”. Pour certains, il s’agit d’un comportement isolé. Selon d’autres, il traduit quelque chose de plus profond. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
— Je pense que l’affaire “Copy” traduit en effet quelque chose de plus profond. Le climat xénophobe et raciste qui est ancré en France hexagonale et qui est renforcé depuis quelque temps par une politique ignoble de stigmatisation, qui n’hésite pas à déshumaniser les gens, rejaillit par la force des choses sur notre territoire. Nous ne pouvons y couper. Être “blanc” a longtemps justifié la domination — y compris sur le plan sexuel, d’un peuple sur un autre. Cela a duré plus de la moitié de notre histoire et a enfin été reconnu “crime contre l’Humanité” en 2002. La Réunion doit donc être un rempart contre ce racisme ambiant.
Notre société, qui est issue de civilisations différentes, a su s’unir autour des valeurs de respect et de tolérance. Je ne dis pas que nous formons un tout harmonieux tous les jours. Je ne dis pas que nos différentes communautés se fondent les unes dans les autres. Je dis que nous sommes tolérants. Peut-être là encore pouvons-nous faire mieux, mais je crois que si l’on comparait au reste du globe, notre île pourrait bien avoir pour hymne cette belle expression d’“égalité des cultures”. Dans l’égalité des cultures, nous ne défendons pas les intérêts d’une communauté au détriment d’une autre. Nous défendons la dignité, l’humanité qu’il y a en tout homme. Je ne peux m’empêcher de penser à Césaire : “Si toi tu es un homme avec des droits avec tout le respect qu’on te doit, eh bien moi aussi je suis un Homme, moi aussi j’ai des droits. Respecte-moi”. Respekt a nou !
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