APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
Manifestations du 19 mars 2009
19 mars 2009, par

Si l’accord proposé par le préfet et le MEDEF passait en force, ce sont 360 millions d’euros de fonds publics qui seraient transférés des poches des plus pauvres aux caisses des entreprises. Raison de plus pour se mobiliser afin d’aller vers la signature d’un accord global, qui prendra en considération les attentes de toutes les couches de la population.
Depuis sa création le 5 mars dernier, le COSPAR (Collectif d’organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion) porte une revendication fondatrice qui est intégrée dans sa plateforme : une hausse de 200 euros des minima sociaux, des bourses des étudiants, des petites retraites et des bas salaires. Les trois premières demandes concernent directement l’État, compétent dans ces domaines, alors que la hausse des salaires est une question qui s’adresse aux entreprises : il s’agit de répartir différemment la richesse créée par le travail.
Pour le moment, une organisation patronale, le MEDEF, s’est engagée sur une augmentation des salaires de moins de 2 euros par jour pendant trois ans. Pour tenter d’apporter une réponse à la revendication du COSPAR, validée massivement par les Réunionnais le 5 mars dernier, le préfet propose d’appliquer à La Réunion une solution venue de la Guadeloupe et de la Martinique : l’État paie à la place des entreprises pour 100 euros par mois par salarié. À La Réunion, c’est pour le moment la seule réponse de l’État aux demandes du Collectif d’organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion concernant les revenus.
C’est que rappelle l’intervention télévisée du préfet lundi : il a pris la population à témoin pour lui annoncer que l’État contribuerait à hauteur de 100 euros pour financer l’augmentation du salaire des travailleurs qui reçoivent en dessous de 1,4 SMIC. Cela concernait tout d’abord le secteur privé, soit 84.000 personnes. À cela s’ajouteraient désormais ceux qui sont employés dans le secteur public. Voici ce qu’implique ce projet.
En se limitant aux journaliers communaux, le nombre d’agents de la fonction publique concernés est d’environ 16.000. Ce qui fait qu’au total, la mesure touchera tous les mois pendant trois ans au moins 100.000 personnes. Au moins, car du fait de la croissance démographique, le nombre d’emplois à La Réunion va augmenter au cours de ces trois prochaines années.
Sur la base de 100.000 personnes, l’État dépensera 10 millions d’euros chaque mois. Selon les réponses du préfet au COSPAR, l’État s’engage à financer un tel dispositif sur trois ans, cela fait donc un total de 360 millions d’euros.
Mais d’où vient tout cet argent ? Ce n’est pas une nouvelle ligne de crédit spécifique créée pour l’occasion. L’État va puiser cet argent dans l’enveloppe destinée aux allocataires du RSA. Pour cela, il crée un dispositif dérogeant au droit commun, résultant des accords signés en Guadeloupe et en Martinique : le Revenu Temporaire Supplémentaire d’Activité (RTSA). Cela lui permet de prendre les crédits destinés aux allocataires du RMI et de l’API pour les distribuer aux entreprises. En contrepartie, l’application du RSA est retardée de trois ans à La Réunion.
C’est une première depuis bien longtemps dans notre île, car le sens de toutes les batailles menées pendant 50 ans depuis la promulgation de la loi du 19 mars 1946, c’est l’application d’un article fondamental de cette loi : l’extension au 1er janvier 1947 de toutes les lois sociales en vigueur en France. 50 ans de lutte ont fait que cette égalité sociale est quasiment accomplie. Le 1er décembre 2008, le Parlement vote une loi qui généralise sur tout le territoire de la République le Revenu de Solidarité Active (RSA). De par la loi, le RSA doit donc être étendu à La Réunion. Mais ce n’est pas le cas, car les crédits disponibles sont détournés par l’État au profit des entreprises pendant trois ans. Ce sont donc 360 millions d’euros pris dans la poche des plus pauvres pour soulager les entreprises.
Que reste-t-il alors aux plus démunis ?
Selon les réponses de l’État aux Réunionnais, rien de plus qu’une prime de 200 euros qui sera versée à tous les allocataires du RSA en France. Mais alors pourquoi lundi, à la télévision, le préfet n’a-t-il pas évoqué ce que les allocataires des minima sociaux ont gagné en Martinique ?
Les réponses de l’État actées à Fort-de-France doivent être étendues à La Réunion, selon l’engagement du secrétaire d’État à l’Outre-mer. Elles sont une première réponse à l’urgence sociale vécue quotidiennement par 52% de la population qui survit sous le seuil de pauvreté.
Il est en effet essentiel que tous les Réunionnais puissent connaître une amélioration significative de leur situation, et en particulier les plus démunis.
Manuel Marchal
Voici les mesures actées dans l’accord signé par l’État avec le "Collectif du 5 février" à Fort-de-France.
- L’Etat versera en avril une prime exceptionnelle de 200 euros aux plus bas revenus
- L’Etat versera en juin une prime exceptionnelle de 150 euros aux familles modestes
- L’Etat versera une prime de 500 euros aux salariés précaires perdant leur emploi à compter du 1er avril 2009
- Bons d’achats de services à la personne de 200 euros par foyer
- Revalorisation des petites retraites et création d’un montant minimum de retraite
- Revalorisation de +6,9% du minimum vieillesse
- Revalorisation de 3% pour les prestations familiales
- Revalorisation de 3% pour l’API
- Revalorisation de 4,4% pour l’AAH
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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