Local

Cabris en transhumance

Vacances sous le signe de l’autosuffisance

Témoignages.re / 7 janvier 2014

Dans certains pays, arrivent certaines saisons où il y a plus de pâturage en montagne que dans la plaine ; c’est le cas en pays tempéré, en été, période chaude. On déplace les animaux ; c’est la transhumance.

JPEG - 107 ko
Les vacances pour les chèvres.

Normalement ici en pays tropical, toute l’année et partout on devrait trouver à donner à manger à ses bêtes !

Sauf pour des raisons de commodité… Arrivent les vacances par exemple : les enfants sont libres ; toute la famille humaine est libre d’aller voir un peu ailleurs ; auquel cas on peut être amené à déplacer des bêtes, des chèvres dans notre cas. Pourquoi ?

Beaucoup d’entre nous ont appris la célèbre fable de la chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet ; en gros on peut retenir que les caprins aiment gambader, même grimper en montagne. Je connais des éleveurs qui lâchent leur troupeau sur les rives de la Rivière Saint Etienne, Bras de Cilaos. Les animaux partent le matin et rentrent tout seuls chaque soir.

En réalité, pour ce qui nous concerne, la chance de pouvoir bénéficier d’un grand terrain actuellement en indivision, avec l’autorisation du parent encore vivant des 6 enfants. Il a une superficie de 60000m2 soit 2400 gaulettes. Il est un peu éloigné de notre domicile actuel. Il est donc bien adapté à un départ en changement d’air.

1. Préparation du parc

Nous avons fait l’expérience du constat d’une chèvre gravide morte étouffée dans sa corde (qui n’avait pas son tourniquet !) en mai dernier. Attachée, il a suffi de 2 tours autour de la souche pour que nous la retrouvions figée le matin ; 3 petits prêts à naître ; expérience cruelle surtout pour les enfants.

Il faut que les bêtes circulent librement, d’où l’idée de réaliser un parc.

Nous avons récupéré des palettes par ci par là ; un rectangle de 7 palettes sur 4 ; en tout 22 ; pour solidifier, des vieux tuyaux de galva à l’intérieur des palettes, des feuilles de tôle autour voire au-dessus afin que les animaux ne craignent ni le vent, ni la pluie, ni le soleil.

Le rectangle a été partagé en 4, car des compartiments doivent être envisagés pour séparer les familles, les boucs adultes des autres ; bien mettre ensemble mère et petits et les protéger des autres ; chacun défend son territoire comme dans les grands espaces sauvages !

JPEG - 95.9 ko
Un parc bien garanti...

2. Un bouc méchant

J’apprends de toutes les personnes qui ont une grande expérience de ces élevages que le bouc en grandissant peut devenir méchant - le mot est humanisé- car qu’est-ce qu’un animal sait de la méchanceté ?

Le mien, je le prenais dans mes bras lorsqu’il est arrivé chez moi avec sa mère il y a de cela 2 ans ou 3.De jour en jour, ou de mois en mois, je disais qu’il jouait à s’élever sur ses pattes arrière pour retomber dans ma direction !

Par sécurité, je lui tenais ses cornes, mais il pousse, et il a de plus en plus de force jusqu’au moment où je ne peux plus le tenir !

J’en parle autour de moi : celui-ci me raconte qu’il a failli se faire émasculer.

L’autre me demande de me méfier, le bouc peut t’appuyer contre un objet dur et t’écraser.

Le plus grave c’est celui-là qui s’est pris un coup de tête de bas en haut, la corne lui ayant creusé la cuisse extérieurement ; le sang coulait abondamment ; il a fallu vire faire un garrot et évacuer en urgence.

Que ces histoires vécues nous servent à réfléchir !

3. La nature

Mais il ne faut pas tenter le diable : donc ne pas laisser un parc de cabris sans surveillance, surtout la nuit ; on a vu des troupeaux entiers disparaître sans laisser de trace. L’histoire m’a été contée à Vincendo mais aussi au Tampon ! Comment on arrive à enlever 20 chèvres, et surtout comment on n’arrive plus à dénicher le voleur ?

Moyennant cela, les bêtes et l’éleveur, du même coup, sont en contact direct avec la pleine nature : le chant des oiseaux dès que pointe l’aube ; le coucher du soleil, le bruissement des feuilles dans la maigre forêt ; le souffle du vent, les clapotements de la pluie mais le grondement du tonnerre ; tout en grandeur nature, en vrai.

Aujourd’hui, j’ai récolté mes premiers épis de maïs ; j’en ai grillé un dans la braise du feu qui cuit mon carry ; j’ai oublié de dire que j’ai monté ma tente à proximité, affaire d’entendre un importun à qui viendrait la malencontreuse idée que j’évoquais ci-dessus !

4. Auto-suffisance

Je ne peux pas vous exprimer le plaisir de manger, abrité de la pluie sous 2 feuilles de tôle ondulée, l’épi chaud au goût universel d’un maïs semé, récolté, grillé par mes soins.

Je suis comme l’Indien des hauts plateaux du Sud Amérique : je suis capable, de génération en génération, de garder mes semences, produire par moi-même ce dont j’ai besoin chez moi, pour moi et ma famille ; je fais la preuve que l’autosuffisance alimentaire est possible ; je l’ai démontrée.

Les chèvres elles mangent les tiges et les feuilles ; et c’est aussi succulent.

 Benoît Blard, éleveur expérimentateur 


Kanalreunion.com