Local

Du Chaudron, du Port, de toute La Réunion, la première richesse, les hommes

Pour éviter les généralisations qui diffament et manipulent

Jean Fabrice Nativel / 7 décembre 2010

« Les cafres du Chaudron et du Port sont agressifs ». Cette phrase extraite d’une enquête de satisfaction menée — entre juillet 2009 et juin 2010 — auprès de touristes de passage dans l’île a été relevée par un confrère de la place sur le site de l’IRT (Ile de La Réunion tourisme), l’organisme qui a commandé cette étude au cabinet Run conseil. Elle a suscité moult réactions et a été illico presto retirée de la toile de cette institution. Interview de Jean qui a habité et travaillé au Chaudron où il continue à fréquenter ses nombreux dalons.

Vous êtes actif pour le respect des droits de l’Homme, quelle est votre réaction face à une telle affirmation ?

- Je suis choqué, car c’est une offense pour les habitants de ce quartier, celui du Port, pour tous les Réunionnais et pour toute l’humanité. Quel impact aura une telle citation ? Ici à La Réunion — comme ailleurs dans le monde —, de nombreuses personnes travaillent pour l’entente entre les hommes et les peuples. On peut se poser la question : comment l’IRT a pu laisser passer une telle phrase ? C’est irresponsable car, avant toute publication, une lecture attentive doit être faite pour éviter toute dérive. Qui plus est d’une institution dont le rôle est de promouvoir les atouts de La Réunion.
L’une de ses richesses est son peuple, son vivre ensemble montré en exemple aux plus hauts niveaux. Cela ne signifie pas que tout est bien sur notre île ; nous sommes nombreux à travailler à plus de justice et de respect mutuel. Ce genre de phrase peut, mine de rien, remettre tout en question, faire croire que La Réunion est un pays de “sauvages”, car des personnes aiment bien généraliser, et cela fait le lit du racisme et la xénophobie.

Parlez-nous du Chaudron, de ses habitants et de leur accueil ?


- Si vous voulez connaître le Chaudron, je vous invite à vous rendre au marché forain, les mercredis et dimanches matin, comme à ses animations (kermesses, kabars, rencontres religieuses et sportives…). Vous allez côtoyer des personnes merveilleuses et constater qu’il n’y a pas de différence entre les uns ou les autres, Chaudronnais ou pas. À un conseil demandé ou un coup de main, vous rencontrerez un bon écho. Le tout se passe par le dialogue et le respect des deux côtés. Au Chaudron, vous êtes chez vous.

« L’important, c’est de bien se conduire »

Pensez-vous que dans certains cas, il puisse y avoir une agressivité ?

- Comme partout, si on arrive comme un conquistador, c’est sûr qu’il y aura un problème relationnel. Ce que j’ai appris, c’est qu’il faut dire « bonjour ! » en souriant, par exemple demander sa direction avec courtoisie, puis remercier et saluer. Pour moi, ces principes, quelles que soient les personnes, je les applique. Je sais que mes dalons du Chaudron font pareil. Chaudron ou pas Chaudron, Port ou pas Port, l’important, c’est de bien se conduire et de ne pas répondre à la provocation.
Je me souviens d’une situation où une de mes amies zorey s’est retrouvée au Port perdue en voiture dans une cité. Elle a poliment demandé son chemin et des jeunes lui ont bien expliqué, puis deux personnes en voiture l’ont guidée jusqu’à sa destination.
Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’agressivité, mais peut-on m’indiquer un endroit où il y en a jamais ?

« Heureusement que les touristes ont vu des Cafres »

La phrase du ou des touristes parle précisément de la soi-disant agressivité « des Cafres du Chaudron et du Port », que pensez-vous de cela ?

- Si j’ai bien compris, ces personnes affirment que tous les Cafres du Chaudron et du Port sont agressifs !!! Cela veut dire qu’ils auraient rencontré tous les Cafres de ces deux endroits. Je les félicite pour leur initiative de rencontre interculturelle !!! J’avais la même intention, me voilà rassuré, des touristes s’intéressent à mes frères et sœur noirs ; il était temps.
Une précision pour lesdits touristes : être noir n’est pas toujours synonyme de cafre, car l’origine peut être variée. Là encore, une généralisation hâtive, raciste et réductive. Quand je suis au Chaudron, je vois des êtres humains en premier, qui peuvent être de toutes couleurs, religions, origines. Je rajoute un dernier point : heureusement que les touristes ont vu des Cafres, des noirs, car nous sommes majoritaires à La Réunion.
Je m’adresse aussi à ceux qui auraient été agressifs selon les témoignages, ou qui pourraient l’être, pour les inviter à canaliser leur agressivité pour la rendre constructive dans des activités militantes et associatives pour plus de justice et une représentation équitable pour tous, notamment pour les Cafres.

Bien que malheureuse, la parution de cette citation dans un document de l’IRT ne peut que nous encourager à la vigilance et à travailler à la réalisation d’une meilleure entente et connaissance de la population. Les habitants de La Réunion forment un peuple multicolore venu de continents, de pays différents avec une histoire commune, une actualité socioéconomique dont les touristes ont besoin de connaître les grandes lignes. Qu’ils soient de passage ou de long séjour, ils pourraient ainsi mieux choisir cette destination pour toutes ses richesses naturelles et humaines, culturelles, cultuelles... Ils sauraient que La Réunion est Patrimoine de l’humanité par ses cirques, remparts et pitons, comme par son maloya, mais surtout par ses Hommes. C’est un territoire humain avec des inégalités fortes et des injustices sociales qui a autant besoin de soutien économique du monde de l’entreprise ou des décideurs, mais aussi de chaque touriste qui peut manifester de la fraternité en même temps qu’un intérêt pour l’île. D’ailleurs, nous les attendons nombreux pour fêter le 20 Décembre.

Jean-Fabrice Nativel


Kanalreunion.com