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Le Comité des pêches sera chargé de prélever les requins

Risque squale : “Agence France Presse”

Témoignages.re / 28 août 2012

Dans une interview accordée à l’“AFP” (Agence France Presse), Marc Soria, Docteur en Écologie comportementale marine à l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et chef de la mission scientifique chargée d’étudier les requins à La Réunion, annonce notamment qu’un nouveau protocole est en train d’être mis en place pour que ce soit le Comité des pêches de La Réunion qui mène les opérations de prélèvement de squales. Il rappelle également les objectifs de la campagne de marquage et annonce que « l’augmentation récente du nombre d’attaques est potentiellement liée à un déséquilibre de l’écosystème ».

Dans l’interview publiée par l’“AFP”, Marc Soria rappelle que « 27 requins ont été marqués depuis septembre 2011 ». En ce qui concerne les prélèvements, « un seul requin a été pêché », et le docteur en Écologie comportementale marine souligne qu’un « nouveau protocole est en train d’être mis en place afin que ce soit le Comité des pêches de La Réunion qui mène ces opérations ».

« Cela nous permettra d’avancer dans notre programme scientifique de marquage qui n’a été signé et donc validé par l’ensemble des parties que depuis juin. La décision de lancer cette opération de pêche contrarie notre programme. Nous souhaitons toutefois contrôler ces prélèvements pour éviter que les requins déjà marqués soient tués », ajoute Marc Soria dans cette interview.

Il rappelle par ailleurs que l’objectif de l’IRD est de marquer 80 requins d’ici la fin de l’année. « Je pense que nous y arriverons, car nous allons y mettre les moyens », indique-t-il, tout en précisant : « Actuellement, les pêcheurs ne trouvent pas de requin-bouledogue. Il est possible qu’ils soient davantage méfiants ou qu’ils soient plus au large, car c’est la période de reproduction. A cela s’ajoutent de mauvaises conditions météo ».

Marc Soria souligne aussi que selon les premières observations, « nous avons à faire à des requins nomades et non pas sédentaires d’une zone particulière de l’île ». Ainsi, sur la zone d’études de Saint-Gilles, les requins marqués ont disparu entre dix et quinze jours, voire une quarantaine de jours. « Nous en avons retrouvé certains à Trois-Bassins et Saint-Leu, à plusieurs dizaines de kilomètres. S’ils peuvent aller jusque-là, rien ne dit qu’ils ne vont pas plus loin », note le docteur en Écologie comportementale marine à l’IRD.
Selon lui, « un requin qui reste longtemps dans une zone ne constitue pas une menace si elle se trouve au large loin des spots de surf ». « Il faut faire la distinction entre la présence d’un requin et le danger d’un requin », précise Marc Soria.

Enfin, à la question de l’“AFP” lui demandant ce qu’il a à répondre à ceux qui réclament un prélèvement massif de requins, il répond : « Il faut bien comprendre que l’augmentation récente du nombre d’attaques est potentiellement liée à un déséquilibre de l’écosystème. (...) Dans un écosystème dégradé — de nombreux signes le montrent à La Réunion —, on observe une augmentation ou une disparition d’espèces, et parfois des comportements aberrants de certaines espèces. Dans ce cas, le retour à l’équilibre peut prendre plusieurs années, voire ne jamais réapparaître si rien n’est fait pour régénérer le système ».

Selon Marc Soria, « un prélèvement massif va à l’inverse de cette régénération, car les requins sont les prédateurs les plus hauts dans la chaîne alimentaire et jouent un rôle de régulateur ». Il souligne ainsi qu’en Afrique du Sud, « la suppression des requins blancs dans une zone où ils étaient jugés dangereux a entraîné la prolifération des otaries qui a provoqué une forte diminution des populations de poissons qui n’ont plus été capables de se régénérer. Par cascade, non seulement cela a empêché le retour à l’équilibre de l’écosystème, mais a entraîné la faillite de nombreuses exploitations de pêche ».

Source : Imaz Press Réunion

Ralé-poussé à son arrivée : Didier Dérand se dit « touché »

Ce dimanche 26 août 2012, Didier Dérand, Délégué régional de la Fondation Brigitte Bardot, a rallié à la nage la Pointe au Sel à Saint-Leu au sport de surf. Houle, froid, fatigue... Ce dernier revient sur sa traversée dans un communiqué, que nous publions ci-dessous.

Sur le râlé-poussé qui s’est produit à son arrivée avec des surfeurs, il confie : « ce qui me touche réellement, ce sont les enfants que leurs parents surfeurs ont manipulés et dressés à la haine.

Les conditions à la Pointe au Sel étaient plutôt dures, grosse houle, contre-courant. J’ai galéré une demi-heure pour en faire le tour et en sortir, et il a fallu aller loin au large pour éviter les rouleaux. Après 500 mètres, j’étais déjà crevé, — manque de sommeil —, essoufflé et le moral au plus bas, avec encore cinq kilomètres à nager.

(…) Ensuite le froid, de plus en plus prenant, qui ne m’a jamais lâché. Les rouleaux, le long du littoral, auxquels j’ai dû échapper en urgence plusieurs fois ; l’eau trouble partout, voire opaque par moment ; la crainte, malgré tout, des trois fameux bouledogues "aperçus" paraît-il au spot de surf ; la solitude avec la tête qui gamberge et une crampe au mollet qui a commencé à un kilomètre de l’arrivée.

Et pour finir, le comité d’accueil, le club nautique et son bar-terrasse noirs de monde, familles entières de surfeurs, qui avaient même emmené des mégaphones pour mieux m’insulter, — ça a commencé alors que j’étais encore à 50 mètres du rivage —, les insultes aux journalistes, traités de “requins” et autres noms d’oiseaux avec les mégaphones. Et le surfeur, qui m’est rentré dedans, m’a empêché d’aller me rincer à la douche publique et nous a gueulé de “nous barrer”, qu’on n’avait rien à faire là. Pourtant, je grelottais comme un nouveau-né et je n’arrivais même pas à marcher droit, avec la fatigue.

On a dû partir en vitesse, la queue entre les jambes, histoire d’éviter la bagarre. Ils n’attendaient que ça évidemment. Heureusement, mon frère David et son épouse, mes copains et les médias étaient là pour me servir de gardes du corps (…)

Mais ce qui me touche réellement, ce sont les enfants que leurs parents surfeurs ont manipulés et dressés à la haine. C’est de voir des gosses de 10 ans me hurler après et m’insulter comme un criminel. Là, franchement, je trouve que c’est grave, et pas pour moi, mais pour eux, pour ces enfants innocents. Et pour notre démocratie aussi ».


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