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Le rire de dieu — 6 —

Conte de Noël

Témoignages.re / 2 janvier 2013

Monsieur Albran, débarrassé de ses responsabilités professorales, se mit à questionner l’homme. Mais l’autre parlait si mal le français que c’en était fatiguant. Pour pallier à ces difficultés à se faire comprendre, il usait d’une gestuelle désordonnée et grandiloquente ; Monsieur Albran observa les doigts sales s’agiter dans l’air, et considéra un instant le contraste qu’ils réalisaient avec les efforts désespérés destinés à exprimer quelque chose comme s’il voulait imprimer quelque chose dans l’air. À la question : « Où habites-tu ? », le vieux noir se leva, alla en direction de la fenêtre ouverte, et penché sur le bois de l’appui, le buste à moitié sorti, il désigna un point dans l’obscurité. Monsieur Albran le rejoignit, et regarda. Il y avait, à une distance que dans la nuit on ne pouvait évaluer, une lueur qui, étrangement, palpitait ; elle ressemblait tant à une étoile égarée. Le professeur n’ignorait pas que dans l’obscurité se trouvait là le creux de la ravine Saint-Denis et que se dressait un désordre de paillotes créoles, où logeaient d’anciens esclaves et leur famille. Ces deux mondes qui ne s’étaient jamais rencontrés se retrouvaient côte à côte en pleine nuit, à Noël. La journée, montait parfois le cri des enfants qui s’amusaient dans l’eau et dans la boue. S’ils possédaient la joie — étaient-ils plus heureux ses élèves ? —, combien parmi ces pauvres auraient la liberté d’accéder à la connaissance des Lettres, et à la liberté non du corps, mais celle, pleine et entière, de l’esprit qui dirige le corps ?

Le vieux professeur, pensif, rejoignit son bureau tendit la main vers la lettre de bons vœux écrite avant la cérémonie, il la froissa et la jeta à la corbeille. La communauté pouvait-elle progresser en oubliant une partie de ses membres ?, c’était là la vraie question.

Monsieur Albran reconduisit au creux de la nuit le vieux Noir. Le portail restait ouvert, cette nuit-là. Il lui confia un mot, lui donna de l’argent pour qu’il se munît de vêtements neufs, il lui donna rendez-vous pour le travail de ménage qu’il lui confierait.

Par suite, Monsieur Albran fut présenté aux petits enfants du cafre Armand. Le Noir aurait tant voulu mener le professeur à l’embouchure lui apprendre le métier de la vouivre. Le pédagogue fut troublé par la grâce et l’intelligence de ces petites-filles — lui qui avait tant regretté de ne pas avoir eu d’enfant, de ne n’avoir eu la joie de tenir dans ses grandes mains, sèche de la poussière de la craie, une main tendre et minuscule. Et là, ces enfants venaient lui baiser la main comme s’il était un maître d’habitation… Il aurait préféré se retrouver en face à face avec une petite vie, débarrassé de ses oripeaux de pédagogue, plutôt que faire front devant une classe, à prendre des airs, se composer un personnage, passer de rôle en rôle, tantôt carotte tantôt bâton, pour en imposer toujours, capitaine enchaîné à la barre, et se fabriquer une peau dure, une carapace presque insensible. Parfois, il aurait voulu interrompre le cours pour savoir, s’il avait pu, ce que ces gamins étaient, sans avoir à les obliger à penser sur tel ou tel point déterminé d’un programme qui leur paraissait éloigné de leurs considérations réelles.

Ils ont été légion ceux qui se sont demandé si le Christ avait jamais ri. Et pourtant, un antique proverbe juif le dit avec ironie : « L’homme pense, Dieu rit », ce qui ne veut absolument pas signifier de ne plus penser. Et du fait que ce rire ne soit pas pleinement accessible, nous savons en partage qu’il est tempéré.

Prenez du temps, promenez-vous, et vous verrez peut-être sur la balustrade qui sépare le lycée de la rue Jean Castel, un graffiti, ou plutôt une éraflure sur la couche superficielle de la peinture verte qui dévoile un : « Dieu rit ». La facture en est assez belle, en pleins et en déliés. Sans doute, le fantôme de monsieur Albran est-il passé par là et a-t-il laissé là la griffe de son rire. Car la réalité n’est pas tout : il s’agit de lui rajouter, au cours de notre passage, sa propre marque, sa propre trace, même minime, et dans ce puzzle infini qu’est la vie — hic et nunc  —, à sa façon, de faire rire la réalité.

Jean-Charles Angrand

En clin d’œil à l’auteur du “Nom de la Rose”.



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Messages






  • Et Dieu continue de RIRE, jusqu’a en pleurer de joies.
    Vers l’an 1600 ou juste apres - il est vrai que pour DIEU, le temps ne compte pas- DIEU le PERE, le TOUT PUISSANT, sur recommandation de son fils bien Aime : son fils DIEU qui s’est fait HOMME : JESUS, donc DIEU le PERE decida de creer un PEUPLE non pas a son image mais le PEUPLE de demain.
    JESUS qui a vecu sur terre et toujours fidele a lui-mme : toujours preoccupe pour le bien etre de ses semblables- avait de la peine quand il regardait du Haut de son ciel comment les hommes se comportaient y compris les Hommes de son Eglise.
    Il, JESUS , supplia son PERE , le TOUT PUISSANT, de creer ce PEUPLE de demain.
    DIEU le TOUT PUISSANT crea le PEUPLE KREOL.
    Ce PEUPLE aux couleurs de l’arc en ciel. Ce PEUPLE qui vit dans un paysage magnifique, ses plages aux cocotiers evocateurs du plaisir et ses vagues bleues qui vous donnent le vertige du voyage sans frontieres. Ce PEUPLE porteur d’AVENIR HUMAIN. Ce PEUPLE qui sait accueillir l’ AUTRE. Ce PEUPLE qui accepte l’autre tel qu’il est et non tel que l’on souhaite qu’il soit.
    DIEU crea ce PEUPLE de la tolerance.
    Dieu crea les conditions Humaines et environnementales pour que ce PEUPLE ait ce VIVRE ENSEMBLE comme philosophie de VIE.
    CE PEUPLE est une realite . Il se nomme : LE PEUPLE REUNIONNAIS.
    Alors DIEU le PERE , ce jour de l’An 2013,heureux, satisfait de sa creation , rit, continue de rire jusqu’ en pleurer de joies : il savait que ce PEUPLE est et sera le PEUPLE de DEMAIN.
    Et JESUS , le fils DIEU-HOMME ce jour premier de l’An nouveau se mit a genoux et dit :" PERE : c’est le plus beau cadeau de ma VIE "."Quel BEAU CADEAU."
    Lectrice, lecteur,je vous offre ce beau cadeau de tout coeur avec felicite et joies.
    Un conte d’Aime TECHER

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