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Olivier Bancoult : « On veut retourner vivre sur la terre natale, comme tout être humain »

Jeudi soir, soirée chaleureuse aux côtés des Chagossiens avec le Comité Solidarité Chagos La Réunion

Témoignages.re / 23 mars 2013

Quand Olivier Bancoult a débuté son intervention par cette phrase si forte qui enferme en elle tout le rêve, toute la lutte et tout le droit des Chagossiens — « On veut retourner vivre sur la terre natale, comme tout être humain » —, il l’a fait dans une ambiance d’émotion intense, suite à la projection du film de Jean-Michel Fillol sur le drame chagossien, un film qui en a fait pleurer plus d’un dans la salle de la médiathèque du Port. Le sentiment de solidarité et la volonté de soutien actif ont été présents tout au long de cette soirée organisée par la Comité Solidarité Chagos La Réunion (C.S.C.R.).

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Olivier Bancoult a su faire passer comme toujours auprès de son auditoire l’analyse et la réflexion politiques en même temps que le vécu et l’émotion. A ses côtés, Sabine Le Toullec, qui a salué la délégation au nom de la Ville du Port. Et Georges Gauvin, le président du CSCR.

Olivier Bancoult, le dirigeant du Groupe Réfugiés Chagos (G.R.C.), est à la tête d’une délégation chagossienne présente au Port pour l’inauguration de l’avenue des Chagos qui aura lieu ce samedi 23 mars. Du fait de cette présence, la soirée de jeudi a eu une résonance peu ordinaire : jamais en effet une assemblée générale du C.S.C.R. ne s’était tenue devant les représentants du peuple chagossien (voir encadré).

Un film de 22 minutes, réalisé par un fervent soutien de la cause chagossienne, Jean-Michel Fillol, contient des séquences pleines d’émotion sur la vie dans les îles avant la déportation, sur la force militaire écrasante des envahisseurs américains, et surtout des scènes poignantes sur les quelques heures du douloureux pèlerinage octroyé par les Britanniques à un groupe de Chagossiens à Salomon, Peros Banhos et Diego Garcia. Les tombes abandonnées disent tout le drame du déchirement hors de la terre d’origine…

Olivier Bancoult a tenu à redire ce qu’il dit souvent avec la plus grande des sincérités : « Le Port est ma deuxième demeure, après Peros Banhos ». C’est ici, explique-t-il, qu’en 1989, il y a eu cette ouverture au monde pour la cause chagossienne, la première fois que la voix du peuple chagossien s’est envolée loin des côtes mauriciennes. Aujourd’hui en 2013, le Groupe Réfugiés Chagos a 30 ans : 30ème anniversaire pour 30 années de luttes. « Ces luttes, c’est notre fierté », disent les Chagossiens.

On sait que ces luttes ont connu une succession épique de grandes victoires devant les tribunaux britanniques, suivis de cruels revers au final en 2008. Le combat judiciaire s’est alors déplacé sur la scène de la Cour européenne de Strasbourg qui a récemment débouté les Chagossiens en évitant de façon peu loyale de juger l’affaire sur le fond. Mais comme l’a expliqué Olivier Bancoult : « On ne va pas céder, comment pourrait-on accepter l’inacceptable ? » .

Alors, les combats judiciaires continuent de plus belle. Du 15 au 18 avril prochains, la Haute Cour de Londres va examiner la plainte déposée par les Chagossiens à l’encontre du Parc marin décrété par le gouvernement britannique, dans le but non pas de protéger l’environnement comme il l’affiche, mais dans le but cynique d’empêcher à jamais le retour des Chagossiens. Déjà les révélations de Wikileaks ont démasqué la forfaiture et ces éléments feront partie des débats, comme l’a accepté le tribunal en mars 2012.

Durant le même voyage en Europe, le Groupe Réfugiés Chagos va déposer un recours devant la Cour pénale internationale de La Haye pour faire reconnaître leur déportation comme crime contre l’humanité, en conformité avec le statut de cette Cour. Mais d’autres pistes vont être ouvertes, en direction de la Cour internationale de justice, ce qui nécessitera l’appui d’au moins un État (… et Maurice qui, aujourd’hui, clame son soutien au droit au retour des Chagossiens aurait là une belle occasion de mettre cette position en actes).

Enfin, puisque la pétition adressée à la Maison-Blanche en 2012 n’a récolté, malgré ses 28.000 signatures, qu’une réponse en trompe-l’œil qui a fui le débat de fond comme l’avait fait la veille la Cour de Strasbourg, Olivier Bancoult, pour bien montrer que le découragement est un mot qui lui est inconnu, va s’adresser à Madame Obama, l’épouse du président. Une façon de relancer l’écho du dossier chagossien avant les négociations qui vont précéder le renouvellement du bail U.S. sur Diego Garcia.

Et une occasion, au passage, de souligner une fois de plus le rôle éminent joué par les femmes chagossiennes dans l’histoire des luttes, telles Lisette Talate, Charlesia Alexis, Rita Elysée Bancoult et d’autres… « Sans leur force, on ne pourrait aller de l’avant » .

A.D.

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Un public nombreux a assisté à la conférence d’Olivier Bancoult, aux côtés de la délégation chagossienne. Parmi les personnes présentes, Elie Hoarau, qu’Olivier Bancoult a tenu à remercier pour son action en faveur de la cause chagossienne quand il était député européen.

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Moment d’intense émotion devant les souvenirs de la “vi lontan” à Peros Banhos, Salomon ou Diego Garcia. La vie était paisible… avant la venue des envahisseurs.
(photos AD)

L’inauguration de l’avenue des Chagos au Port aura lieu ce jour à partir de 17 heures (discours, spectacles de danses et de musique, exposition photos, repas cuisine chagossienne et créole).

Assemblée générale du Comité Solidarité Chagos La Réunion

Le Président Georges Gauvin a, dans son rapport d’activités, retracé les deux objectifs du Comité, créé en avril 2010 :

- sensibiliser l’opinion réunionnaise sur le drame subi par les Chagossiens du fait de la violation des droits de l’Homme par la Grande-Bretagne et les États-Unis

- soutenir financièrement la lutte des Chagossiens, en particulier les déplacements nécessités par les actions en justice…

Pour cela, le CSCR organise des conférences, données par le professeur André Oraison, participe à des initiatives de solidarité comme le Bal Maloya organisé par Tiloun au Théâtre sous les Arbres, ou les repas organisés par les femmes de l’Association des Savoir-Faire Portois.

Le rapport financier a établi à 5 versements au G.R.C. le soutien effectué en 2012, pour un montant total de 7.650 euros. Ces sommes proviennent intégralement des dons versés au Comité par ses amis, animés par la volonté d’apporter un soutien concret et actif à la lutte des Chagossiens.

Le nouveau C.A. est composé de Georges Gauvin, Nicol M’Couezou, Paule Wolff, Nadège Collet (nouveau membre), Alain Dreneau (membre renouvelé).


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