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Pour mes enfants

L’esprit de débrouille

Jean Fabrice Nativel / 8 février 2012

On a demandé à une technicienne de surface à la recherche d’un emploi de nous dire un plus sur son quotidien. Elle a bien voulu nous répondre. Le voilà.

Quelles sont vos ressources pour vivre aujourd’hui ?

— Je vis des Assedic qui comme vous le savez sont dégressifs. Chaque mois, j’ai à honorer diverses factures en plus de l’achat des aliments. Sans compter la bouteille de gaz ! Le prix de celle-ci a drôlement augmenté. Dans mon budget, elle représente une dépense tant importante qu’incontournable.

Aux ASSEDIC

Quelle est votre profession ?

— Depuis plus de trente ans, je m’occupe de l’entretien des bureaux et des maisons des particuliers. Je suis en fait technicienne de surface autrement dit bonne, femme de ménage… Tout au long de ma vie, je n’ai eu de cesse de me former pour réaliser au mieux les diverses tâches qui m’incombent. Bien qu’aujourd’hui, à la recherche d’un emploi, j’interviens chez des personnes sans que l’on me déclare. C’est un choix.

« S’il ne tenait qu’à moi… »

Pourquoi ce choix ?

— S’il ne tenait qu’à moi, je me contenterais de cette allocation. Même si elle m’est insuffisante. En fait, mes deux enfants ont chacun leur propre vie. Sauf qu’eux aussi sont à la recherche d’un emploi et ce malgré leur qualification de secrétaire comptable et d’agent polyvalent. Ils ne comptent plus le nombre de CV déposés et d’entretiens passés. Je ressens leur ras-le-bol à chaque refus. Je les encourage à aller de l’avant.

Vous m’avez demandé pourquoi ce choix ? Au vu de leur situation, je n’ai pas d’autres alternatives. Chacun a des enfants et vit des allocations familiales. Malgré tout à un moment ou à un autre du mois, eux aussi doivent faire face aux dépenses s’ils ne veulent pas voir par exemple des huissiers débarquer devant leur porte. Je les aide dans l’achat d’une bouteille de gaz, de vêtements pour leurs enfants et eux… C’est mon rôle de mère.

« Un complément non négligeable »

Comment vous vous organisez ?

— Actuellement, j’effectue le ménage chez deux particuliers et un privé. Pour les deux cités, je suis payé à l’heure et le premier me règle au jour le jour et en espèce, et le second tous les fins de mois. Additionnée à mes allocations de chômage, cette somme est pour moi un complément non négligeable.

Continuez-vous à postuler ?

— Bien entendu mais à mon âge, il est difficile de trouver un emploi même avec mes années d’expérience et les lettres de recommandations.

Combien d’hommes et de femmes recalés à des embauches sont aujourd’hui dans la situation de cette technicienne ? Obligée de travailler “au noir”. Pour un autre modèle de société avec plus d’équité et plus d’attention portée à l’être humain, ne serait-ce pas aujourd’hui, le moment venu de l’envisager ?

Jean-Fabrice Nativel


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