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Stratégie d’alliance et de coopération ou comment développer le sentiment d’appartenance à un projet commun

TPE-PME et perspectives La Réunion – île verte

Témoignages.re / 17 novembre 2009

Le 23 octobre 2009, la CGPME Réunion, sous l’impulsion de son vice-président délégué Dominique Vienne, en association avec le Club de Go de La Réunion, organisait trois conférences sur le thème du jeu de Go au service de la stratégie d’entreprise.
Le Go pratiqué en Asie depuis des millénaires par analogie avec le management suggère de s’appuyer davantage sur les hommes. A travers son prisme, on peut mieux analyser les situations sociales et élaborer des stratégies de gestion des conflits.
Animé par Marc Smia, auteur du livre “Le Manager joueur de go” et Fan hui, champion d’Europe de Go, ce premier évènement du genre à La Réunion s’est attaché au thème : “Jeu de Go et transformation autour du projet Réunion Ile Verte” ou “Comment expliciter les nouvelles pratiques mises en œuvre pour avancer sur le terrain de la coopération territoriale et de la responsabilité sociale et environnementale”.

En présence du Consul de Chine, Mr Zhang Guobin, cette rencontre inédite a fait découvrir aux dirigeants d’entreprises et au monde économique un jeu de stratégie qui challenge notre mode de pensée occidentale. Le jeu incite à un partage avantageux des réalités du pouvoir et de l’influence en enseignant avant tout l’art du lien entre les hommes et la connexion des actions entre elles au service d’un projet commun.

A travers un jeu qu’il aime à qualifier de « Porte de toutes les merveilles », Marc Smia a souhaité nous faire toucher du doigt le potentiel d’une philosophie qui nous suggère :

- de nous appuyer davantage sur les hommes,

- d’apprendre les vertus de la coexistence,

- de créer des liens,

- de donner des degrés de liberté pour libérer la créativité et l’esprit d’initiative

- d’avoir une autre conception de la stratégie et de la tactique,

- de voir les choses de plus haut et de garder l’initiative

- d’agir à dessein, avec éthique, en s’appuyant sur des valeurs partagées

- et développer un autre esprit de conquête.

L’idée sous-jacente étant d’œuvrer collectivement à la construction de "La Réunion de demain : l’île de tous les défis".

Dans ce contexte, le projet de "La Réunion Ile Verte", porté par les acteurs économiques, doit être en mesure de créer une unité d’appartenance fondé sur un des principes fondamental du jeu de go :
« Un territoire ne doit jamais se construire seul, c’est l’œuvre d’un collectif »

Par ses caractéristiques culturelles (l’île de la diversité), La Réunion a le potentiel de devenir le lieu propice à l’émergence de réalisations d’envergures, si elle parvient à mobiliser les énergies, à une transformation inspirée par le Développement Durable.
Un tel projet, pour être partagé, doit être en mesure de faire évoluer le modèle économique réunionnais pour créer emplois et valeur ajoutée dans une perspective d’ancrage territoriale. L’île doit parvenir à transformer le modèle actuel “d’import/substitution” pour le monde économique et de “rattrapage” pour le monde social.

Cependant, pour s’inscrire durablement, cette transformation doit relever au moins 3 enjeux :

- plus de local dans un monde global (entre la République, l’Europe et l’océan Indien)

- le respect de nos traditions, enrichies par l’innovation (énergétique, environnementale…)

- la force de l’individu au service de nos entreprises, de nos institutions et de notre territoire.

Au fond, qu’est-ce que La Réunion Ile Verte ?

• C’est un projet sociétal abordant toutes les composantes du développement durable.
• C’est un projet global et intégré répondant aux préoccupations des réunionnais : créer des emplois durables et des richesses nouvelles tout en apportant des réponses aux grands défis économiques de La Réunion.

Nous vivons actuellement une période marquante qui a fait entrer les réunionnais et les entreprises dans un environnement non familier :

- Crises financières, économiques et sociales

- Loi Programme, réforme de l’octroi de mer en 2014…

- Accords APE

Les enjeux de la période que nous traverserons résideront à la fois dans notre capacité à œuvrer collectivement mais également d’insuffler à nos entreprises un esprit de conquête de ce nouveau monde, a rappelé Dominique Vienne. Le dirigeant de TPE-PME a le souci d’appliquer à son entreprise ses valeurs personnelles, ses convictions.

Aussi, appuyons-nous sur tous les acteurs du territoire, n’excluons aucun Réunionnais !

Pour lui, l’analogie avec le jeu de Go doit permettre de :

- Renforcer le “dedans”, c’est-à-dire l’esprit de corps autour d’un projet Réunion Ile Verte partagé, et développer nos valeurs comme la confiance mutuelle et la tolérance ;

- Mais également de s’ouvrir vers le “dehors”, c’est-à-dire l’ouverture de La Réunion pour accroître sa compétitivité industrielle et commerciale, susciter le changement et développer l’innovation.

Le projet Réunion île Verte doit donc nous permettre de :

- Créer de nouveaux marchés (plutôt qu’uniquement renforcer nos barrières de protection) ;

- Concevoir de nouveaux développements et promouvoir l’innovation (plutôt qu’uniquement imaginer des options de survie) ;

- Projeter les partages de nouveaux bénéfices (plutôt qu’uniquement défendre les avantages acquis) ;

- Faire émerger de nouvelles valeurs (plutôt qu’uniquement préserver les systèmes établis).


Regards d’entrepreneurs réunionnais

• Carole Chane-Ki-Chune, Directrice Générale Déléguée de la Nouvelle Imprimerie Dionysienne (NID) et Directrice adjointe de MEDIAFI

Comment avez-vous vécu cette intervention (en référence à vos racines) ?

- Je suis métisse chinoise et tout ce qui touche à la culture chinoise m’intéresse. Je suis à la recherche de mes racines car je pense que savoir qui on est, est important pour pouvoir avancer sereinement. J’ai grandi avec cette double culture occidentale et chinoise sans même m’en rendre compte. Aujourd’hui, c’est ma richesse.
Cette rencontre m’a permis de réaliser que j’appliquais déjà les principes du jeu de Go dans ma vie personnelle et professionnelle.
Je souhaite transmettre cette richesse à mes enfants, et c’est par le jeu de Go que je le ferai. La transmission n’est-elle pas l’essence même de ce jeu ?

Quelles sont les analogies vous ayant marquées et pourquoi ?


- L’importance du lien entre les hommes et la force du collectif. Nous sommes tous liés, concurrents, partenaires, clients, fournisseurs… La finalité au jeu de Go est l’harmonie et le partage. Et c’est ce vers quoi nous devons tendre dans nos entreprises avec nos salariés, nos partenaires, nos clients… Chacun doit pouvoir y trouver son compte. C’est une question de territoire.

Une autre idée forte est que le jeu de Go doit permettre de renforcer le “dedans” et de s’ouvrir vers le “dehors”. En effet, la transformation est permanente. Rien n’est figé. Concernant le dedans, les hommes doivent pouvoir se retrouver autour de valeurs, d’un projet d’entreprise, d’une vision.
En ce qui concerne le dehors, nous devrions analyser ce qui se passe autour de nous et tirer parti de notre proximité avec les pays de la zone, par exemple.
Fan Hui nous a dit que malgré sa grande expérience du jeu, le Go lui apprenait encore chaque jour. La partie ne fait donc que commencer en ce qui me concerne.

• Richard Touret, Fondateur et associé de Binarysec

Quel est votre sentiment sur ce 1er séminaire et cette initiative ?

- Les sujets liés à la stratégie d’entreprise m’intéressent toujours beaucoup. Je pense que c’est une des missions de la CGPME de sensibiliser à ces principes. Car plus l’entreprise est petite, plus elle doit être “stratégique”, c’est-à-dire ciblée, focalisée sur les domaines où elle crée le plus de valeur. Ce parallèle entre stratégie et jeu de Go est “puissant” ! J’ai apprécié l’alternance entre grands principes et parties concrètes de jeu de Go.

Qu’avez-vous retenu et quelles applications-idées en tirez-vous pour votre entreprise ?

- Je fais une analogie entre les partenaires au sens large de mon entreprise (clients, distributeurs, investisseurs, conseils, fournisseurs) et le jeu de Go. Chaque partenaire peut et doit être un relais, un prescripteur de l’entreprise. Les meilleurs vendeurs de BinarySEC doivent être nos clients ! Ces partenaires, ce sont nos “pions”, nos pierres, selon le terme usité au jeu de Go ! Imaginez que chaque client devienne un ambassadeur, l’effet de levier est énorme ! Je retiens aussi l’approche par “territoires”, je retiens qu’il ne faut pas écraser ses concurrents, mais cohabiter avec eux et être un peu plus fort sans être dominant. Dans mon métier de la sécurité informatique, plusieurs acteurs permettent d’éduquer le marché. Et enfin, c’est décidé, je vais initier mes enfants !

Propos recueillis par Christine Niox-Château, Chargée de Communication CGPME Réunion


Découvrir le Jeu de Go

Vieux de plus de 4.000 ans, le Go est un jeu de réflexion à la fois simple par ses règles et complexe par sa profondeur stratégique. Il se pratique à deux joueurs sur un plateau, appelé goban, composé d’un quadrillage de 19 lignes sur 19 où chaque jouer pose alternativement une pierre de sa couleur (blanche ou noire) sur une intersection vide du goban.
L’objectif est de placer, chacun son tour, ses pions de telle sorte qu’ils délimitent des territoires les plus étendus possibles. Les pions isolés ou non protégés peuvent être pris par l’adversaire. Le vainqueur est celui qui occupe le plus d’espace possible sur le damier.
Il ne s’agit pas d’éliminer l’adversaire, mais de permettre aux partenaires, forts et faibles, de coexister en se répartissant l’espace. Pour développer ses zones d’influence et tenter de circonscrire celles de son adversaire, les moyens ne sont pas déterminés d’avance. Le dessein prime les objectifs à court terme et il se précise, pierre par pierre, sur l’ensemble du damier, en maintenant des lignes de connexion entre les pierres de même couleur (on cherche à créer des archipels, pas des îles) et en évitant les chocs frontaux. (www.paperblog.fr/915565/le-jeu-de-go )


Les intervenants

Marc Smia et Jean-Christian Fauvet, auteur du livre “Le manager joueur de Go”, est associé fondateur du cabinet de conseil en stratégie et management Kea & Partners. Marc Smia a installé sa réputation de consultant sur sa capacité à impulser et mettre en œuvre des initiatives stratégiques gagnantes. Le développement est son maître mot, celui des hommes, des idées et des entreprises. Titulaire d’un 3ème cycle en sciences des organisations à Dauphine, il est également joueur de Go.

Fan Hui, Maître de Go et Champion d’Europe, est un joueur de Go professionnel 2ème dan (2p), considéré aujourd’hui comme le plus fort joueur d’Europe.
En 2007, il publie son premier ouvrage, en français : “L’Âme du go. Les formes et leur esthétique” dans lequel il présente les « fondamentaux du go » mais aussi les formes et l’esthétique propres à ce jeu.


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