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UGTRF, CGT, PCF : un parcours militant

Richemond Saffre

Jean Fabrice Nativel / 2 février 2011

Dans ce dernier volet consacré à Richemont Saffre, d’autres facettes de sa vie attendent les lecteurs de “Témoignages”.

Kosa ou fé à Lyon ?

— Moin la démisyon d’mon travay é moin la désand Lyon ou mi rotrouv mon frèr ke moin lavé pa vu dopui 2 zan. Mi boss alor intérimèr, mi fé ti boulo kom nétoyèr limèb, déménajèr, manutansyonèr dan in luzine farmasetik.

É après ?

— À Lyon, je rencontre des membres de la section — de cette ville — de l’Union générale des travailleurs réunionnais en France (UGTRF) au moment où le journal “Combat réunionnais” et son directeur (1) sont poursuivis par le Bureau pour le développement des migrations des Départements d’Outre-mer (BUMIDOM) pour diffamation. Dans ses colonnes est écrit : « le suicide d’une jeune réunionnaise installée en France incombe à ce bureau ».
À Paris, le procès se déroule sur 2 jours. Défendent l’UGTRF, Maîtres Folio, Abadie et Pinet. Viennent témoigner les membres de ses différentes sections. Ce procès a une visée politique, on en veut à l’UGTRF pour son action. Ce procès, nous le perdons. Par la suite, la gauche arrivée au pouvoir en 1981 dissout le BUMIDOM.
Je suis à Paris, je décide d’y rester.

É ansuit ?

— Je passe le concours d’entrée à la SNCF. Me voilà mécanicien dans les ateliers parmi 1.000 travailleurs. En 1976, j’adhère à la CGT et deviens cette même année, délégué jusqu’en 2006.

Kosa ou na pou di lad’su ?

— Je me souviens des grandes grèves. Sont remis en cause en 1986, le fonctionnement de la SNCF et les statuts du personnel et en 1995, la possibilité de partir à la retraite à l’âge de 55 ans. Ce mouvement social s’étend aux travailleurs du métro qui comme nous sont affiliés à des régimes spéciaux, nous ne dépendons pas de la Sécurité sociale.
Lors de mon entrée à la SNCF, je suis ouvrier et à mon départ, chef d’équipe.

Ou milit solman dan’ la CGT ?

— Lorsque nous militons — à l’UGTRF —, à moment ou à un autre, il est nécessaire de prendre sa carte dans un parti de gauche. Pour moi, c’est le Parti communiste français (PCF) en 1975 : section d’entreprise des chemins de fer.

Na in nafèr larivé ?

— Nous souhaitons améliorer les conditions de travail sur notre site. D’où, cette proposition à notre patron : le faire visiter par des députés européens de gauche en vue d’une possible subvention européenne. Il nous répond : « Et si moi, je fais venir un député européen de droite ou d’extrême droite ? En tant que communiste-cégétiste, est-ce que vous acceptez ? » Là, nous voyons son vrai visage !

Ou gard kontak èk La Rényon ?

¬— À chaque fois, qu’un élu, parlementaire, un responsable politique ou syndicaliste réunionnais vient en France, ils rencontrent les responsables et membres de l’UGTRF lors de réunions. Nous échangeons des informations sur la France et La Réunion.
Lors du Cyclone Hyacinthe — 1980 —, cette union me désigne et le Secours populaire français nomme un représentant pour venir à La Réunion afin d’effectuer un état des lieux et distribuer des produits de première nécessité récoltés en France, essentiellement des couvertures et des médicaments. Ce cyclone occasionne de nombreux dégâts et révèle cette misère latente, cachée, qu’ensuite les avancées sociales gomment.
Par la suite, je reviens à La Réunion tous les 2 ans et rencontre mes anciens camarades de l’immigration.

Koz a nou L’horizon ?

—“Fam komand pa lo zom”, “Fan i boir la rak », “Boug i touch Rmi, i boir la rak”… ces refrains me déplaisent ! Nous sommes au temps des vynils et sur les 45 tours de certaines musiques réunionnaises, on peut entendre sur la face A un jolie slow d’amour et sur la B les mauvais côtés des Réunionnais. J’en ai marre de cela ! Avec des amis, nous fondons L’horizon, un groupe de maloya électrique composé des meilleurs musiciens amateurs réunionnais de la région parisienne plus 4 choristes.

À la retraite depuis cette année, Richemont Saffre partage son temps entre lecture, marche, parties de dominos, participation à des manifestations et aime se retrouver auprès de ses proches, notamment de sa mère.

Texte et photo Jean-Fabrice Nativel



“Combat réunionnais” : “mieux informer et être plus proche de l’émigration”


“Combat réunionnais” est le journal des Réunionnais en France. À partir de janvier 1980, il “paraît deux fois par mois” pour “mieux informer et être plus proche de l’émigration et du pays” et de “pousser plus en avant la réflexion sur ce qui se passe ici, en France, là-bas, à La Réunion et dans d’autres pays” peut–on lire en page 3 du numéro spécial — n°48/ du 1er au 15 février 1980 — consacré au cyclone Hyacinthe. C’est “une analyse sur les causes réelles qui ont transformé Hyacinthe en désastre humain et matériel (…)”. Marcel Soubou en a été le directeur. « En France et dans ses provinces, nous organisons des dîners dansants pour financer » ce journal, explique Richemont Saffre. « En même temps, nous nous rencontrons pour manger et danser créole ».

J.F.N.


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