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Un homme « rigoureux »

Jean-Paul Baptiste, bénévole au CCMLP

Jean Fabrice Nativel / 19 mai 2010

Arrivé à la retraite fin 2007 après 37 années de travail à HOLCIM au Port, Jean-Paul Baptiste s’est demandé ce qu’il allait faire de ses journées. Deux mois, il a attendu pour le savoir. Après une présentation à Maryse Dache, Présidente du Comité des chômeurs et des mal logés du Port (CCMLP) et des explications échangées, il décide d’œuvrer au sein de cette association. Brève rencontre avec cet homme « rigoureux » dans ses entreprises, et sur le point d’aller prendre des marchandises.

Comment êtes-vous arrivé au Comité ?

- Décembre 2007, je prends ma retraite. Et je me dis, quoi faire ? Mes amis travaillent. Avec eux comme les clients, un vrai contact s’était tissé sur fond de bonne ambiance au fil des années. Le matin, on arrivait, discutait, de même pour la pose déjeuner. Ce sont 37 années de ma vie que j’ai passées en leur compagnie à HOLCIM, une entreprise portoise. Au sein de celle-ci, j’ai été conducteur d’engin. Aux mannettes du chariot élévateur, je me suis occupé à acheminer le ciment. Un travail qui me plaisait.
Février 2008, je décide d’une randonnée. De la Cité RN4 La Rivière des Galets où je vis, je mets le cap sur La Possession. Je rencontre un ami à proximité de la grande surface du coin, il me confie avoir secouru à l’instant un ami qui se trouvait dans la rue. Il l’a remis sur le trottoir. Par cette action, tout danger est écarté car on sait cette voie très fréquentée. On discute puis on se quitte. Direction la zone industrielle où, chemin faisant, je retrouve une amie. Elle m’explique sa situation. En effet, son mari a effectué deux interventions chirurgicales. On parle puis on se dit au revoir.
Ces deux rencontres m’ont fait du bien. Mais je ne sais pas encore de quelle manière je vais occuper mes journées. En tout cas, pas question pour moi de rester devant la TV et de faire le va et vient entre le récepteur et le frigidaire. Je décide d’adhérer au club de 3ème âge et d’expliquer à sa présidente que « je ne me sens pas bien en retraite, il me manque de l’activité ». Semaine suivante, elle m’a présenté à Maryse Dache, la présidente du Comité des chômeurs et des mal logés. Elle me décrit l’organisation de la structure. Me voilà bénévole depuis un peu plus d’un an.

Depuis février 2008, bénévole

Le monde associatif et syndical ne vous est pas inconnu ?

- Le monde associatif ne m’est pas inconnu. J’ai été l’un des membres fondateurs du Club canin de La Possession, j’ai œuvré au sein de ceux du Port et de Saint-Denis. À l’Association des décorés du travail, je prête mon concours. Et puis, il y a ma riche expérience de syndicaliste CGTR. À HOLCIM, j’ai été délégué du personnel, délégué au comité d’entreprise, membre du CHSCT. Être aux côtés des salariés et des plus nécessiteux est toujours ma priorité. Cette société n’est pas pour me déplaire. Ce qui m’irrite, ce sont les injustices, les abus… Récemment, une émission de TV était consacrée au stress au travail. Je me suis demandé : qu’est-ce que l’on réalise concrètement pour y remédier ? Il y va de la santé des salariés. Le chômage est aussi l’un de mes points de préoccupations. Selon moi, cette situation est la volonté de certaines personnes - il ne nous en dira pas plus. On sait quel sera le contexte de La Réunion en matière d’emploi dans quelques années. Pour moi, l’île est sous sérum.

« Je ne les juge pas, je ne les critique pas, je les soutiens ! »

Vous aidez les personnes dans la difficulté, mais qu’est-ce qui vous anime ?

- C’est quelque chose qui est en moi ! Elles sont des personnes avant tout et ont droit au respect. Aujourd’hui, le dialogue est établi avec elles. Lorsque cela ne va pas, je leur propose que l’on se voit le lendemain. Je leur demande aussi d’être respectueuses des lieux. Elle se penchent sur leur vie actuelle. Elles n’ont pas de toit et c’est la raison pour laquelle elles boivent. Je ne les juge pas, je ne les critique pas. Je les soutiens et les incite à mettre une petite monnaie de côté pour le paiement de leur — futur — loyer. On kass lé kuyi quand il le faut, mais quand il faut être sérieux, je le suis. Dans ce que j’accomplis au sein et en dehors du comité, je suis rigoureux.

Jean-Paul Baptiste est « rigoureux » dans ces initiatives. C’est un homme de parole. Il a pris un engagement auprès du CCMLP et il ira jusqu’à bout. À une personne qui lui demande du linge, il lui indique celle qui s’en occupe. Hier matin lors de notre rencontre, il avait l’œil fixé sur les aiguilles de sa montre, non pas pour chronométrer notre entretien, mais pour être à l’heure à un rendez-vous. Le temps de la photo, de se saluer, il avait rejoint le véhicule. Ce jeune retraité voit ces journées bien occupées. Sa vie changée ! Selon le planning, il est de service le midi et le week-end à servir le repas aux mal logés et aux sans-abris. À l’occasion d’actions du comité, il est de l’organisation à transporter les ingrédients du rendez-vous, à disposer les chaises et, la fête finie, à nettoyer avec d’autres bénévoles et dans la rigolade les lieux. Chapeau à Jean-Paul Baptiste pour son dévouement pour les autres.

Interview et photos Jean-Fabrice Nativel


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