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Vivons-nous encore en démocratie ?

Témoignages.re / 22 août 2009

L’article dont nous reproduisons des extraits est paru en 2001. Avril 2001.
Bien peu d’entre nous à l’époque y ont attaché de l’importance.
Ce qui est fascinant dans ces affaires d’écoutes illégales à l’échelle mondiale, c’est que nous sommes tous suspects a priori. Tu communiques ? Tu fais donc partie des potentiels activistes du terrorisme international. Et c’est sous la primature de Lionel Jospin que cette propension à faire de chacun de nous un suspect a connu un essor foudroyant.
Au nom de la défense des libertés, on a foulé aux pieds la liberté d’expression dans ce qu’elle a de plus intime. Nous sommes tous écoutés. Illégalement.
En 2007, les médias ne tarissaient pas d’éloges sur un film, réellement remarquable : "La Vie des autres" (1). Cette œuvre montre comment, en RDA, la Stasi espionnait la vie de tous les citoyens, tous suspects surtout s’ils apparaissaient comme menant une vie parfaitement lisse. Le postulat étant qu’une telle apparence d’honnêteté dissimulait forcément de noirs desseins. Tous supects a priori. Comme dans la France de nos jours. Comme lorsque l’Élysée faisait espionner des personnes aussi dangereuses pour la démocratie que l’actrice Carole Bouquet, Me Jacques Vergès, le journaliste Michel Cardoze, etc.
Lorsque des “démocraties” écoutent aux portes, lorgnent par le trou de la serrure, ce ne sont pas les terroristes qui font courir le plus de danger à la démocratie.
Preuve en est que, malgré ce gigantesque système d’écoutes forcenées, les attentats contre les Twin Towers, le 11 septembre 2001, ont pu se dérouler tranquillement.
De deux choses l’une : soit ce système d’écoutes est totalement inefficace et ne sert qu’à collecter des renseignements permettant à tel ou tel d’exercer de misérables chantages ; soit il est efficace et, en ce cas, il faudrait en conclure que, bien que parfaitement informées des préparatifs des attaques contre les Twin Towers, les démocraties États-uniennes, Française, Allemande, etc., ont laissé faire. Or, en droit, le complice encourt les mêmes peines que l’auteur principal du crime.
Il faut donc choisir :
• si la “surprise”, “l’épouvante”, affichées, le 11 septembre 2001 par les démocraties occidentales n’étaient pas feintes, alors il faut restaurer toutes les libertés garanties par nos Constitutions et démanteler d’urgence ces centres d’espionnage aussi illégaux qu’ils se sont révélés inefficaces.
• par contre, s’ils sont efficaces, alors ces protestations n’étaient que tromperies et, même si nous n’en avons pas encore pris conscience, il nous faut nous interroger : vivons-nous encore en démocratie ?

Jean Saint-Marc

(1) "La Vie des autres" de de Florian Henckel von Donnersmarck.


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