Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
24 août 2009

Sous le titre "Kel créol ?", le Quotidien-Dimanche 1, publie un intéressant dossier sur la langue réunionnaise.
Hormis l’intervention de Christian Vittori qui, de façon incompréhensible quand on connaît cet homme de culture 2, semble ne pas voir combien le débat évolue sans cesse, les positions exprimées par les différents intervenants sont extrêmement encourageantes.
Il n’est pas question ici de décerner des brevets de « bon » ou « mauvais » défenseur de la langue réunionnaise. N’est-il pas temps, en effet, que ce débat — même s’il s’est révélé aussi légitime que fécond 3— débouche sur une attitude commune ?
Lorsqu’on a codifié le français, les variantes furent longtemps acceptées et ce n’est qu’au 18e siècle que l’orthographe actuelle sera quasiment fixée. Cinq siècles auront été nécessaires pour parvenir à ce résultat. Et il faudra encore attendre les années 1950 pour que cette langue soit d’un usage commun en France continentale. Durant toutes ces années, il ne s’est trouvé personne — ou alors ce « linguiste » a sombré dans les oubliettes de l’histoire — pour tenir un discours du type : le français est une langue bâtarde, c’est du vieux latin mal assimilé truffé de mots gaulois, francs, germaniques, espagnols, italiens, arabes, etc., et dont la syntaxe n’a pas la rigueur de la période latine magnifiée par Cicéron.
Durant ces siècles de “tâtonnement expérimental“, le statut de langue du français n’était pas battu en brèche et les poètes, les écrivains et tous les érudits ont publié des œuvres qui ont marqué leur époque et, une fois transcrites en français actuel, continuent de nous marquer.
Aussi, en voyant tous les trésors d’engagement militant, de bonne volonté, de recherches ardues, ai-je envie de demander que cesse le feu de polémiques et de procès qui ne servent que les adversaires déclarés de la langue réunionnaise.
Qui ne se rend compte aujourd’hui que le dernier argument qui reste aux adversaires du créole réunionnais est celui de la graphie ? Et ce sont ceux qui — à l’instar de 61% des Réunionnais — veulent (avec une sincérité dont personne ne doit douter) défendre ce patrimoine essentiel à notre identité, qui persisteraient à leur offrir une telle aubaine ? Je ne peux y croire.
Qui ne voit que cette désunion sur l’accessoire est mise à profit par celles et ceux que l’identité, la culture, l’histoire : la civilisation réunionnaise, dérangent dans leurs visées assimilationnistes uniformisantes ?
Qui ne comprend que doit cesser le massacre dont sont victimes 120.000 Réunionnais mutilés par l’illettrisme ? Qui n’est pas effrayé de constater qu’à l’issue du CM2, 53% des enfants ne parviennent pas à comprendre des énoncés mathématiques rédigés en français ?
Qui, face à ces réalités, ne formerait des vœux pour que, le 28 octobre prochain, les travaux des linguistes débouchent— non par une capitulation en rase campagne des uns ou des autres — sur une volonté de mener à bien, en commun, l’établissement d’une graphie que la vie se chargera de perfectionner sans cesse ?
Jean Saint-Marc
1 - "Le Quotidien-Dimanche" – 23 août 2009 – pp. 9 à 13.
2 – Comme cela peut se produire parfois au cours d’un entretien avec la presse, Ch. Vittori situe en 1977 la "Convention de Morne-Rouge", laquelle s’est tenue en août 1971. Septembre 1977 vit se tenir la Convention de Ste-Anne.
3 - Il a donné le jour à au moins quatre codes graphiques.
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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