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9ème volume de la collection Takamba
15 février 2005
Une initiative exemplaire a vu le jour avec la parution d’un CD entièrement consacré au maloya Kabaré, de l’auteur-compositeur Stéphane Grondin, membre fondateur de Mélanz Nasyon soutenu par Fanie Précourt, chargée de mission au département patrimoine du PRMA.
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Le Pôle régional des musiques actuelles (PRMA) enrichit sa collection avec la parution d’un CD entièrement consacré au maloya Kabaré. Ce travail est plus que tout un beau travail de conservation du patrimoine culturel de La Réunion. Il fut un temps, les anciens n’auraient pu imaginer que le maloya - ne parlons pas du servis Kabaré - puisse bénéficier d’une telle attention. Voilà, c’est fait. Au travers des voix de Louis-Jules Manent, dit Gramoun Bébé, accompagné de son frère, Julien dit “Katorz” et de Eliard Ranggeh, un fidèle compagnon du vieux chanteur de Kabaré.
Né en 1927, à Saint-Louis, Gramoun Bébé est le fils d’un père kaf malgache et d’une mère malbaraise. Il sera l’aîné d’une famille de seize enfants et sa famille vit modestement sur la propriété des Bénard, chez qui les parents travaillaient. Aujourd’hui installé à la Balance-Coco, à Saint-Louis, il perpétue une tradition, qu’il découvre à l’âge de 7 ans. Très jeune, il travaillera dans les champs. Le maloya est alors son seul violon d’Ingres.
En 1951, alors âgé de 24 ans, il fait son premier servis Kabaré. "Personne ne m’a indiqué comment faire. Tout ce que je fais, je le tiens de mes ancêtres qui me sont apparus en rêve", expliquera-t-il lors d’un entretien avec Stéphane Grondin. Gramoun se réjouit aujourd’hui de savoir que ses enfants et petits-enfants perpétuent cette tradition ancestrale.
On s’entendrait à dire qu’avec “le maloya kabaré” de Gramoun Bébé, les Réunionnais ont en leur main un répertoire de maloya atypique, traditionnel, authentique, mais également un outil pour une meilleure intelligence de la culture réunionnaise, forte de ses diverses origines. Ici, en visitant le répertoire de Gramoun Bébé, c’est l’apport malgache qui est à l’honneur, avec des maloya a capella et des chants “pléré”, des compositions où sont constamment présentes les notions de rite et du sacré.
Ce travail, le neuvième volume de la collection Takamba, n’a pas de grande prétention commerciale. "C’est surtout un document ethno-musicologique", indique Alain Courbis, directeur du PRMA. “Le maloya kabaré” est un collectage patrimonial. On sait que le caractère sacré du maloya kabaré le contraint à rester loin de la scène, ce qui implique le peu de traces discographiques sur ce genre musical.
Gramoun Bébé apporte ainsi un éclairage sur un style bien particulier de chanteur de maloya. À en croire Stéphane Grondin, qui a rencontré Gramoun Bébé en 1998, la structure rythmique de ce maloya diffère de ce que l’on peut entendre dans les autres recoins de l’île. Aussi chanteur de maloya, Stéphane va même jusqu’à parler de la "Mecque du maloya", pour désigner la Balance-Coco, qui abritait deux gramounes pour le moins “danzéré”.
Baba, zarboutan nout kiltir, et Bébé, deux figures de proue du servis kabaré, vivaient pour ainsi dire côte à côte. Le premier nous a malheureusement quitté. Le second est aujourd’hui hospitalisé. Nous souhaitons, et je pense La Réunion toute entière, son plus vite rétablissement.
Mémoire vivante, passeur culturel, Gramoun Bébé a transmis, à travers son maloya singulier, quelques pages de son histoire, les belles pages de notre Histoire. "Ses textes réfèrent à son quotidien, les moments marquants de sa vie, les personnages importants de son entourage, défunts ou vivants", expliquait Stéphane Grondin, lors de la présentation du 9ème volume de la collection Takamba. "Gramoun Bébé est une figure mythique du kabaré, qui a contribué au patrimoine immatériel", déclare l’artiste de Mélanz Nasyon. "Le PRMA continue une de ses missions : donner à écouter tout ce qui se fait, pour sauver les racines. Ce travail de mémoire est tout à fait indispensable", note Alain Courbis, directeur du PRMA. Radjah Véloupoulé, conseiller régional, note que c’est "une aubaine pour La Réunion", "un événement exceptionnel". Il précise que la politique culturelle régionale s’inscrit dans une "volonté de retrouver les éléments de la culture réunionnaise, qui sont en passe de disparaître". Après la disparition de Gramoun Lélé, de Gramoun Baba, et du Rwa Kaf, il faut se donner les moyens de préserver cette richesse culturelle qui trépasse.
Pour Stéphane Grondin, Gramoun Bébé est un gardien de la culture, "le terreau du maloya". Il a fallu deux années pour que ce projet aboutisse. Nous voilà comblés. Nous ne pouvons que saluer ce travail magnifique de Stéphane Grondin, avec l’aide précieuse de l’équipe du Pôle régional des musiques actuelles, particulièrement de Fanie Précourt. Doctorante en ethnomusicologie, elle dresse dans le livret une explication pour tous les instruments utilisés sur le CD.
La Région Réunion et la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), maintenant dirigée par Louis Poulhès, sont les principaux financeurs de la collection Takamba. Louis Poulhès souligne le soutien de la DRAC à la culture réunionnaise. Il en fait ici la démonstration.
Bbj
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