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Guantanamo
22 avril 2006
Pour la première fois, Washington publie les noms et nationalités de 558 personnes détenues sur la base américaine basée à Cuba.
2001 - 2006 : et ce n’est qu’aujourd’hui - à la suite des luttes et des pressions d’organisations humanitaires (1) et des grèves de la faim des détenus (2) voulant le rétablissement de leurs droits (3) - qu’enfin le gouvernement des USA se décide à dire qui sont ceux qu’il retient prisonniers dans l’illégalité la plus totale en n’hésitant pas à recourir à la torture et à de véritables opérations "Nacht und Nebel" (4) à l’aide d’avions clandestins pour soumettre ses prisonniers aux pires traitements et, pour certains d’entre eux, les faire disparaître ensuite.
Un temps anesthésiée par la violence de l’attentat contre les Twin Towers et la campagne médiatique en faveur de toutes les lois d’exception promulguée par diverses démocraties (5) pour - soi-disant - lutter contre le terrorisme, l’opinion publique internationale commence à reprendre ses marques et constate désormais que ce sont les gouvernants des USA qui instaurent une sorte de terrorisme d’État et tentent d’en faire accepter les "règles" par toutes les démocraties de la planète.
Jean Saint-Marc
(1) - Amnesty International, Human Rights Watch, l’American Civil Liberties Union (ACLU), le Center for Constitutional Rights (CCR)
(2) - Deux grèves de la faim en janvier 2002 suivies par une minorité de détenus.
28 février 2002, l’administration militaire reconnaît que 194 prisonniers refusent de s’alimenter.
Plusieurs tentatives de suicide collectif.
Mi-mars 2002, 3 détenus sont nourris de force.
Début mai, les 2 derniers grévistes sont eux aussi alimentés de force après, respectivement, 63 et 71 de jeûne.
Décembre 2002, 4e grève de la faim d’une durée de six semaines, parce qu’un garde avait jeté un exemplaire du Coran dans les WC.
Août 2003, une vingtaine de prisonniers se pendent dans leur cellule.
22 août 2003 : 10 tentatives de suicide.
21 juin au 28 juillet 2005, 5e grève de la faim.
8 août à fin septembre 2005, 6e grève de la faim après que des prisonniers aient été violemment battus par les soldats de l’unité spéciale "Force de réaction extrême".
Les 5e et 6e grèves de la faim ont été massivement suivies puisque la totalité des détenus du camp 5 y ont participé. Durant toute la durée de ces deux grève, l’accès au camp 5 a été interdit à tous les visiteurs des mouvements humanitaires.
(3) - Les revendications des grévistes de la faim témoignent des violations des droits de l’Homme auxquelles n’ont cessé de se livrer les gouvernants américains : respect de notre religion ; procès équitables ; accès à des avocats ; nourriture suffisante ; eau non souillée d’excréments ; voir la lumière du soleil ; connaître les raisons de notre emprisonnement ; accès aux soins médicaux ; droit d’écrire à nos familles et recevoir leurs courriers ; respect des règles de la Convention de Genève ; constitution d’une commission impartiale qui enquête et fasse connaître publiquement la situation qui prévaut à Guantánamo.
(4) - "Nacht und Nebel". Nacht car le dispositif américain a réussi à projeter des humains, nos frères - criminels ou non - dans le trou noir de zones de non-droit où, dépouillés de leur identité, ils se voient attribuer un numéro. ("Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres" (Jean Ferrat)) et sont livrés à leurs bourreaux. Nebel car, avec la complicité des media, ils ont réussi à implanter un épais brouillard dans nos cerveaux et nos consciences.
(5) - dont la France, présidée par Jacques Chirac et alors gouvernée par Lionel Jospin.
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