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Visite officielle aux Antilles
27 juin 2009
Nicolas Sarkozy était hier en visite en Martinique. Il a participé à une réunion publique des présidents des ateliers des États généraux de l’Outre-mer. Le chef de l’État a ensuite prononcé un discours lors de la dénomination de l’aéroport "Aimé Césaire" au Lamentin. Il a proposé l’autonomie aux Martiniquais, en expliquant ce que signifie ce changement possible, qui ne pourra être décidé que par une consultation locale qui aura lieu.
Hier, lors de la première journée de sa visite aux Antilles, le président de la République a participé à trois événements en Martinique : l’inauguration d’un mémorial en l’honneur des dissidents martiniquais qui ont quitté leur pays pour combattre le nazisme pendant la Seconde guerre mondiale, une réunion publique avec les responsables des ateliers des États généraux, et à une cérémonie en l’honneur d’Aimé Césaire.
Hier, 96ème anniversaire de la naissance d’Aimé Césaire, l’aéroport du Lamentin en Martinique a été rebaptisé du nom d’un des pères de l’abolition du statut colonial en Guadeloupe, Guyane, Martinique et à La Réunion. Cette cérémonie a été présidée par le chef de l’État, en présence notamment du nouveau ministre de l’Intérieur et de l’Outre-mer, de la nouvelle secrétaire d’État à l’Outre-mer, d’élus et responsables martiniquais.
Prenant la parole, Serge Letchimy, député-maire de Fort de France a indiqué que « la Martinique autonome appelle à une France solidaire ». Il a rappelé que les élus martiniquais sont unanimement engagés dans un processus qui n’est ni l’indépendance, ni le statu quo. Il a conclu en appelant à « œuvrer au monde que Césaire devinait : la Martinique autonome est prête à prendre sa place », a-t-il dit en substance.
Consultation des Martiniquais
Dans son discours de clôture de la cérémonie, Nicolas Sarkozy a tout d’abord rendu hommage à Aimé Césaire, « qui a opposé la patience au fanatisme ». « Longtemps la France a ignoré ce que les esclaves lui ont apporté », a-t-il poursuivi en substance. Il a ensuite rappelé qu’Aimé Césaire avait été, notamment aux côtés de Léon de Lépervenche et Raymond Vergès, un des acteurs de l’abolition du statut colonial en 1946 dans les quatre "vieilles colonies". Le chef de l’État souligne que dès 1946, Aimé Césaire avait lancé un avertissement, affirmant qu’un jour la République devra reconnaître l’identité des Outre-mer.
Le président de la République a ensuite abordé le volet institutionnel : « comment faire pour que la Martinique puisse choisir librement sa place ? » Il est ensuite revenu sur les travaux du Congrès de la Martinique, qui propose une évolution statutaire vers une collectivité entrant dans le cadre de l’article 74 de la Constitution. Soulignant qu’en France, une réflexion est lancée sur la réforme des collectivités territoriales, il ne serait pas cohérent de fermer la porte à un débat sur l’autonomie en Martinique.
Il a ensuite rappelé que cette évolution est permise par la Constitution : « Je vous annonce clairement que j’ai l’intention de consulter les Martiniquais sur l’évolution institutionnelle de leur territoire, comme la Constitution m’y autorise (…) Les Martiniquais seront libres de choisir en leur âme et conscience le chemin qu’il souhaitent emprunter », a-t-il dit. « Le débat dont nous parlons n’est pas celui de l’indépendance. Il ne s’agit pas d’organiser, à mes yeux subrepticement, un je ne sais quel largage de la République », a précisé le président de la République, « le débat dont nous parlons est celui du juste degré d’autonomie. Celui de la responsabilité. Celui de l’équation unité-singularité », a-t-il souligné avant d’avertir : « Ce débat ne doit pas souffrir de caricatures et de peurs irrationnelles » véhiculées par certains.
Maintien du statut de RUP
« Il est inexact de dire que quand une collectivité est dans le cadre de l’article 74, elle sort de la République. Il est inexact de dire que l’article 74 fait perdre le statut de RUP et tous les crédits auxquels elle il donne accès. C’est l’Europe qui fixe elle seule les limites de sa politique », a déclaré en substance le président de la République, affirmant que le statut de RUP ne dépend pas du statut interne à la République.
« Plus une collectivité est autonome, moins l’État a de prise sur les décisions, plus les élus sont responsables devant leurs électeurs des choix qu’ils ont fait en leur nom », a poursuivi Nicolas Sarkozy, « le débat ouvert est celui de la responsabilité ».
Le chef de l’État a également dit durant son mandat, il n’y aura pas de débat sur l’indépendance de la Martinique, précisant que « la France sans la Martinique ne serait pas la France ».
Dans les pistes avancées, le chef de l’État a évoqué une démarche progressive, pouvant passer d’abord par une collectivité unique dans le cadre de l’article 73 « avec pouvoir normatif renforcé », c’est-à-dire avec la possibilité d’adapter « tout l’arsenal législatif aux réalités ».
Statu quo impossible
Davantage de responsabilités pour les élus locaux signifie aussi plus de pouvoir de décision pour l’administration locale dans le cadre d’une déconcentration renforcée, afin que le représentant de l’État ne soit pas obligé de solliciter sans cesse l’autorisation de Paris pour engager l’État.
En conclusion, Nicolas Sarkozy met l’accent sur l’incompatibilité du statu quo avec des défis tels que les changements climatiques et la recherche d’une société du développement durable.
Revenant sur le refus par le corps électoral de l’évolution statutaire proposée par le Congrès des élus en 2003, le président de la République a estimé que les esprits ont mûri.
Pour conclure, le président de la République évoque à nouveau la pensée d’Aimé Césaire, soulignant la nécessité de « décoloniser les esprits ». C’est donc « un rendez-vous important » qui se prépare, et les Martiniquais seront entièrement libres de leur choix.
Manuel Marchal
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