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Le souci de devancer les gendarmes et les juges

22 février 2007




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Dimanche 22 février 2004.
C’était il y a trois ans déjà.
L’église Saint-Jacques à Saint-Denis n’est pas assez grande ce jour-là pour accueillir l’immense foule qui s’y est naturellement retrouvée comme cela se passe toujours en certaines circonstances.
Vers les 15 h 30, porté par l’immense mélopée qui inonde tout le quartier et que lui jouent plusieurs dizaines de motards drapés de virile tristesse et de tendre solennité, celui qui s’était lui-même dénommé « le délinquant de la route », nous offre sa dernière sortie.
Jean-Claude Georget avait pleinement ressenti et vécu le souci de devancer les gendarmes et les juges qui n’apprécient pas forcément les libertés que certains prennent dès qu’ils ont enfourché leurs gros cubes.
Il connaissait et vivait la passion de la moto et donc cette ivresse qui vous gagne quand vous sentez au bout du poignet les chevaux qui ne demandent qu’à bondir. La faute à qui ? A ceux qui ont imaginé la bête prête à rugir, qui l’ont construite avant de la lancer sur le marché ? A ceux qui, tentés, conquis, rendus fous, ont succombé à l’envie devenue besoin de la monter ?
Alors, puisqu’il l’avait lui aussi rencontrée et qu’il baignait désormais dans cette passion immodérée qui lui avait valu bien des bobos et des morts frôlées de bien près, il s’était dénommé « délinquant de la route », mais pour se placer à côté des juges et des gendarmes, à côté des concessionnaires et de la Sécurité Routière. Et puis, et puis aussi, au milieu des autres « délinquants », ceux qui étaient avérés et ceux qui le seraient un jour, mais pour dire également aux autorités qu’ils existent ceux-là pour lesquels il y a un geste fort à faire.
C’est pourquoi Jean-Claude Georget nous parlait souvent (jusqu’à n’en parler que) d’intégration, de frein à la délinquance, d’accidents inévitables à éviter, d’un circuit. D’un vrai circuit...
Je me rappelle que nous nous étions vus. C’était un samedi, dès 7 heures du matin. Il était venu au lieu convenu, arrivant en même temps qu’un haut responsable de la Préfecture et du Président de la Sécurité Routière. C’étaient ses invités. Il avait “tapé” haut pour tenter de faire bouger les choses et poser une pertinente question : pour quand un circuit ? J’avais ce jour-là pour ma part, convié le responsable du site que nous avions à regarder.
La séance de travail qui devait suivre deux ou trois semaines plus tard pour tenter d’aller plus loin ne se tiendra plus. Personne n’a depuis remplacé celui dans lequel l’opinion voyait, bien volontiers, un autre Coluche. Celui la même dont le Père Bernachon, Curé de Saint-Jacques, disait qu’il fallait sans doute remonter à Laurent pour trouver quelqu’un qui aura suscité une aussi belle adhésion de la jeunesse.
Et si, en vérité, Jean-Claude Georget avait lui aussi, dans son domaine et à sa manière, tenté de trouver une impossible réponse à une pertinente question ?...

Raymond Lauret

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