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6 octobre 2008

Le Comité pour la protection des Journalistes (CPJ) a publié un rapport spécial, daté du 30 septembre 2008, sur sept disparitions de journalistes au Mexique, pays classé au 10e rang de l’indice de l’impunité du CPJ. Récemment, un animateur radio qui se consacrait à la lutte contre le crime organisé dans sa communauté a été assassiné dans le sud-est du Mexique, au Tabasco.
Le 23 septembre, un membre de la radio "Exa FM", à Villahermosa, au Tabasco (sud-est du Mexique), Alejandro Zenón Fonseca Estrada, a été criblé de balles alors qu’il collait deux affiches -l’une en appui à la campagne de lutte contre le crime menée par le gouverneur du Tabasco, Andrés Granier, l’autre dénonçant les disparitions, sur ce mot d’ordre « Non aux enlèvements ».
Selon le CPJ, le Mexique est l’un des pays les plus dangereux d’Amérique latine pour les journalistes, cibles de choix dans la guerre qui s’est intensifiée ces cinq dernières années entre les cartels de la drogue, pour le contrôle de la route entre la Colombie et les Etats-Unis.
D’après le CPJ, 21 journalistes ont été assassinés au Mexique depuis 2000, sept d’entre eux en lien direct avec leur travail. Depuis 2005, sept autres journalistes ont disparu : c’est leur histoire que rapporte le document du CPJ qui vient de paraître, et d’où sont tirés les extraits suivants :
Rodolfo Rincón Taracena (Tabasco Hoy), Alfredo Jiménez Mota (El Imparcial, Hermosillo, dans le Sonora), Gamaliel López Candanosa et Gerardo Paredes Pérez (TV Azteca, Nouveau Léon), José Antonio García Apac (Ecos de la Cuenca de Tepalcatepec, Michoacán), Rafael Ortiz Martínez (Zócalo, Monclova - dans le Coahuila) et Mauricio Estrada Zamora (La Opinión de Apatzingán, Michoacan), sont les journalistes mexicains qui ont disparu depuis 2005 -un chiffre presque inégalé en 27 ans d’histoire du CPJ, qui n’a trouvé d’équivalent qu’en Russie, où dans les années 90, sept journalistes qui couvraient la guerre en Tchétchénie ont disparu dans l’exercice de leur métier.
Le nombre de journalistes disparus au Mexique indique un changement important. Dans les dix dernières années, ils étaient assassinés en plein jour, en pleine rue, ou bien leur corps était trouvé sur une place publique. Des analystes y voient un changement de tactique du crime organisé. « L’impact de l’assassinat d’un journaliste est de courte durée » analyse Raúl Fraga Juárez, journaliste et expert en sécurité à l’université ibéroaméricaine, « tandis qu’avec la disparition d’un journaliste, l’incertitude rôde sans fin ». (...) « Pas de corps, pas de délit » dit pour sa part Alma Díaz, coordinatrice d’une association (Esperanza) de l’Etat de Basse Californie qui aide les familles de disparus.
Dans l’histoire des disparitions forcées de l’Amérique latine moderne, les disparitions au Mexique émergent comme un phénomène national. Selon une enquête publiée en 2008 par l’hebdomadaire Proceso, de la Ville de Mexico, au moins 600 personnes ont disparu dans tout le pays depuis 2006, date du début de la campagne contre le crime organisé, lancée par le président Calderón, avec l’armée et la police fédérale. Le nombre de crimes et de disparitions a augmenté avec l’insécurité entretenue autour de fonctionnaires corrompus plus exposés aux contrôles.
Dans plusieurs cas de personnes disparues sur lesquels il a enquêté, Proceso a trouvé des preuves de la participation de fonctionnaires publics.
Lors d’une rencontre avec le CPJ en juin dernier, le président Felipe Caldérón a promis d’appuyer un projet de loi transformant en délit fédéral tous les crimes contre la liberté d’expression. Le Congrès devrait inscrire ces mesures au débat de la prochaine (?) session ordinaire. Le CPJ a fait pour recommandation que les cas de disparition de journaliste soient supervisés par des enquêteurs fédéraux. (...)
« La première source d’insécurité pour les journalistes est, sans doute, la délinquance organisée et la seconde sont les autorités » (élus ou fonctionnaires locaux - Ndlr) a commenté le député fédéral Gerardo Priego Tapa, qui préside au Congrès la commission spéciale de Suivi des agressions de journalistes et des Médias. « Mais le pire scénario pour les journalistes est quand la délinquance organisée et les autorités sont associés. Et dans plusieurs parties du pays, ils sont liés » a-t-il ajouté. Au moins cinq des sept journalistes disparus ont écrit sur des liens possibles entre les autorités locales et le crime organisé. (...)
Une carte des états et des villes où des journalistes ont disparu (voir la carte) met en évidence qu’il s’agissait à chaque fois de couloirs clés pour le trafic de cocaïne, d’héroïne ou de marijuana, depuis la Colombie et le Mexique vers les Etats-Unis. La violence dans le Guerrero, le Michoacán et le Nouveau Léon a augmenté à mesure que de puissants groupes criminels (dont les cartels de Sinaloa et du Golfe) se battent pour contrôler le territoire et la route du Texas et mènent des représailles contre ceux qui s’interposent -militaires, policiers ou même les médecins soignant leurs ennemis blessés. (...)
Au Mexique, la disparition d’une personne est un délit d’Etat. La police locale mène les premières investigations puis transmet le cas à l’Unité des personnes disparues du Procureur général de l’Etat. Mais, à l’instar des homicides, les disparitions peuvent être traitées par le gouvernement fédéral dans certaines circonstances : si la victime est un agent des pouvoirs publics, s’il y a usage d’une arme exclusivement réservée à l’armée ou si la disparition est en rapport avec le crime organisé. Mais les recherches peuvent faire naufrage -ou ce qui est pire, le délit être recouvert- dès le début de l’enquête, quand il est aux mains de la police locale.
Début 2008, le Congrès a voté plusieurs mesures de réforme du système de justice pénale. Ils ont instauré des programmes de protection des témoins, d’amélioration des recrues et la formation des officiers de police. Ils ont aussi donné les moyens de faire venir des équipes étrangères. Mais le système reste confronté à de nombreuses difficultés- dont la peur et l’intimidation. (...)
Sylvia Martínez, avocate de la famille de José Antonio García Apac, a cherché à savoir si les autorités ont recherché la liste, dressée par le journaliste, des fonctionnaires du Michoacán qui, selon lui, entretenaient des liens avec le crime organisé. Isela, la compagne du journaliste, a signalé qu’il avait porté cette liste à l’Unité fédérale contre le crime organisé, dans la ville de Mexico, en mai 2006, pour confronter ses informations -ce que d’autres reporters du Michoacán ont jugé très risqué compte tenu du haut niveau de corruption dans les services du Parquet de Mexico.
Isela affirme que les autorités du Michoacán lui ont dit qu’elles ne cherchaient pas dans cette direction, parce qu’il n’y avait de trace sur aucun registre de la visite de García au Bureau du crime organisé...
Extraits du Rapport de Monica Campbell et Maria Salazar (CPJ - septembre 2008 http://cpj.org/Briefings/2008/Mexico2008/mexico_08.html)
Monica Campbell est journaliste indépendante et consultante pour le CPJ à Mexico. Maria Salazar est Maître de recherches au CPJ pour les Amériques.
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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