Les inégalités de revenus et la pauvreté s’accroissent dans la plupart des pays de l’OCDE

23 octobre 2008

Le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé dans trois pays de l’OCDE sur quatre ces deux dernières décennies. C’est ce que constate un nouveau rapport de l’OCDE.


Selon ce rapport, intitulé "Croissance et inégalités", la croissance économique au cours des 20 dernières années a davantage bénéficié aux riches qu’aux pauvres. Dans certains pays, notamment l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la Finlande, l’Italie et la Norvège, l’écart s’est également accentué entre les riches et la classe moyenne.


Les pays où l’éventail des revenus est large connaissent généralement une pauvreté monétaire plus marquée. En outre, la mobilité sociale joue moins dans les pays à fortes inégalités, notamment les États-Unis, l’Italie et le Royaume-Uni, alors que dans les pays nordiques, où les revenus sont répartis plus équitablement, on observe davantage de mobilité sociale.


Lors du lancement de ce rapport à Paris, le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a mis en garde contre les problèmes dus aux inégalités et souligné la nécessité, pour les gouvernements, de s’y attaquer. « Une inégalité croissante est un germe de division. Elle polarise les sociétés, elle crée une fracture entre les régions des pays et elle creuse dans le monde un fossé entre les riches et les pauvres. L’accroissement des inégalités de revenu bloque l’"ascenseur social", les personnes talentueuses qui travaillent dur obtenant plus difficilement la récompense qu’elles méritent. Il n’est pas possible d’ignorer ces inégalités croissantes ».


C’est le nombre de personnes peu qualifiées et faiblement instruites sans emploi qui est l’une des principales causes des inégalités de revenus. Un autre facteur est la multiplication des personnes qui vivent seules et des familles monoparentales.


Certaines catégories sociales ont été plus favorisées que d’autres. La population qui se trouve proche de l’âge de la retraite a connu la plus forte progression des revenus ces 20 dernières années et la pauvreté a diminué parmi les retraités dans un grand nombre de pays. En revanche, la pauvreté des enfants a augmenté. (Selon la définition de l’OCDE, il y a pauvreté lorsque chaque membre d’un ménage a un revenu inférieur à la moitié du revenu médian, corrigé de la taille de la famille).


Pour les enfants et les jeunes adultes, la probabilité de pauvreté est aujourd’hui supérieure de 25% à celle de l’ensemble de la population. La probabilité de pauvreté pour les ménages monoparentaux est trois fois plus élevée que pour la moyenne de la population. Or, les pays de l’OCDE dépensent trois fois plus pour la politique familiale qu’il y a 20 ans.


Dans les pays développés, les gouvernements ont augmenté les impôts et dépensent davantage pour les prestations sociales afin de compenser la tendance à plus d’inégalités. Selon le rapport, les inégalités se seraient encore aggravées plus rapidement sans ces dépenses.


Comme l’a fait valoir M. Gurría, il faut s’attaquer autrement à ce problème. « Bien que la fiscalité et les transferts restent importants dans un grand nombre de pays de l’OCDE pour redistribuer les revenus et réduire la pauvreté, nos données confirment leur perte d’efficacité ces dix dernières années. Vouloir combler les lacunes de la distribution des revenus uniquement par une augmentation des dépenses sociales revient à traiter les symptômes et pas la maladie. »


« Si les inégalités se sont aggravées, c’est en majeure partie à cause des changements qui se sont produits sur le marché du travail. C’est là que les gouvernements doivent agir. Les travailleurs peu qualifiés rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver un emploi. Accroître l’emploi est le meilleur moyen de réduire la pauvreté », a déclaré M. Gurría.


Améliorer le niveau d’instruction est aussi un excellent moyen d’obtenir une croissance qui, sur le long terme, bénéficie à tous, et pas seulement aux élites ; tel est l’un des constats du rapport. À court terme, les pays doivent prendre des mesures plus efficaces pour que leur population trouve un emploi et que les familles qui travaillent perçoivent des prestations qui augmentent leurs revenus salariaux, au lieu de dépendre de prestations de chômage, d’invalidité et de préretraite.

La pauvreté frappe plus les enfants que les gramounes

Les enfants plus pauvres que les personnes âgées. C’est la conclusion d’un rapport de un rapport de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE). Avec les jeunes adultes, les enfants sont 25% plus nombreux que les autres tranches de la population à vivre avec moins de la moitié du revenu moyen des pays de l’OCDE. A l’inverse, l’étude menée sur les 20 dernières années a constaté un recul de la pauvreté chez les retraités.

Deux facteurs ont contribué, selon le rapport, à cette répartition inégale des richesses : l’augmentation du nombre de familles monoparentales et les difficultés pour les personnes les moins qualifiées à accéder à l’emploi. Le développement du travail précaire a également, selon Delphine Vincenot de la fondation Asmae, créée en 1980 par Sœur Emmanuelle, conduit certaines familles dans des situations financières difficiles.


L’aide sociale ne suffit pas

Si les prestations sociales permettent de limiter l’accroissement de la misère dans les pays riches, le rapport souligne une « perte d’efficacité ces dix dernières années », selon Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE. « Vouloir combler les lacunes de la perte de revenus uniquement par l’augmentation des dépenses sociales revient à traiter les symptômes, pas la maladie », ajoute-t-il.

Pour le secrétaire général de l’OCDE, « accroître l’emploi est le meilleur moyen de réduire la pauvreté ». Une recommandation qui s’avèrera difficile à mettre en place alors que le Bureau international du travail prévoit 20 millions de chômeurs supplémentaires dans le monde en 2009.


L’ascenseur social en panne

Le renforcement de l’éducation est une autre piste avancée par ce rapport. Elle permet pour Delphine Vincenot de « donner aux enfants et à leur famille les moyens de leur autonomie ». En effet, plus qu’une « égalité de situations », il est important d’offrir à chacun « une égalité des chances », précise Angel Gurria. D’autant que l’ascenseur social fonctionne moins bien quand le fossé entre pauvres et riches s’accroît.


A.L.



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Témoignages - 82e année


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