L’affirmation remplit la Une de “The Independent” : James Watson, biologiste et généticien récompensé en 1962 par le Prix Nobel pour avoir explicité la structure en double hélice de l’ADN, estime que « les politiques d’aide à l’Afrique noire ne peuvent pas fonctionner car elles reposent sur l’idée que les Noirs sont aussi intelligents que nous ; or, toutes les données prouvent le contraire ». Le quotidien britannique de gauche rappelle que Watson, 79 ans, qui est à la tête d’un grand institut de recherche aux Etats-Unis, est connu dans le milieu scientifique pour ses positions sexistes et également pour ses convictions scientifiques positivistes du genre : « la “bêtise” pourra sous peu être guérie » ou « dans les 10 ans à venir, on trouvera les gènes responsables de la différence d’intelligence entre les êtres humains », ou encore « grâce à la génétique, on pourra bientôt rendre toutes les femmes jolies, ce qui sera vraiment super ».
Le journal rappelle évidemment que les preuves scientifiques que brandit Watson sont tout sauf incontestables. La littérature scientifique exposant des arguments en faveur d’une infériorité raciale des Noirs est abondante. En règle générale, elle repose sur des tests de QI dont on ne sait jamais ce qu’ils mesurent exactement, entre influence du milieu, éducation, préjugés sociaux, capacités personnelles. Dans un ouvrage limpide, “The Mismeasure of Man” (1981) [La mauvaise mesure de l’Homme], le grand chercheur Stephen Jay Gould montrait d’ailleurs comment ces méthodes sont biaisées et peu scientifiques.
La nouveauté, lancée en 1994 avec l’ouvrage polémique “The Bell Curve”, est que certains cherchent ouvertement dans la génétique une explication scientifique soutenant leurs thèses racistes, commente “The Independent”, pour qui les commentaires de Watson « rappellent à tous le genre d’attitudes ou de convictions qui existent parfois encore au plus haut niveau des instances scientifiques mondiales ».
(Sources : Courrier International)
Watson exclu d’un laboratoire new-yorkais
Le laboratoire de Cold Spring Harbour met fin à une collaboration de près de 60 ans avec le lauréat du prix Nobel de médecine en 1962, suite à la polémique sur ses propos racistes.
Le Dr James Watson, pionnier de la recherche sur l’ADN et lauréat du Prix Nobel de Médecine en 1962, a été exclu jeudi 18 octobre du laboratoire new-yorkais de Cold Spring Harbour pour avoir tenu des propos racistes dans un entretien au “Sunday Times” du 14 octobre.
Le laboratoire auquel le chercheur était associé depuis 1948 a expliqué que « cette initiative fait suite au communiqué diffusé hier pour désapprouver les propos que le “Sunday Times” britannique a attribués au Dr Watson dans son édition du 14 octobre ».
Dans cet entretien, Watson, âgé de 79 ans, se disait « fondamentalement pessimiste quant à l’avenir de l’Afrique » car « toutes nos politiques sociales sont basées sur le fait que leur intelligence est la même que la nôtre, alors que tous les tests disent que ce n’est pas vraiment le cas ».
« Mortifié »
Dans un communiqué publié vendredi, le généticien s’est déclaré « mortifié par ce qui s’est passé. Et le plus grave, c’est que je ne peux pas comprendre comment j’ai pu dire ce sur quoi on me cite. Je peux certainement comprendre pourquoi les gens, en lisant ces mots, ont réagi comme ils l’ont fait ».
« A tous ceux qui ont déduit de mes propos que l’Afrique, comme continent, était d’une certaine façon génétiquement inférieur, je ne peux que présenter mes excuses sans réserve, a-t-il ajouté. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Plus important de mon point de vue, il n’y a aucune base scientifique pour une telle croyance ».
Excuses, mais...
Le scientifique n’a semble-t-il pas pour autant complètement fait amende honorable.
Dans un commentaire au journal “The Independent” vendredi, il écrit : « Le souhait de presque toute la société aujourd’hui est d’estimer que la capacité à raisonner est un héritage universel de l’humanité. C’est possible. Mais vouloir simplement que ce soit le cas n’est pas suffisant. Ce n’est pas de la science. S’interroger sur cela n’est pas faire preuve de racisme ».
« Ce n’est pas un débat sur la supériorité ou l’infériorité, a-t-il ajouté. Il s’agit d’essayer de comprendre les différences, pourquoi certains d’entre nous sont de grands musiciens et d’autres de grands ingénieurs ».
La fédération des scientifiques américains (FAS) s’est déclarée jeudi indignée par les propos tenus par leur compatriote.
Le “Sunday Times” a rappelé que l’interview avait été enregistrée et reprise telle quelle dans l’article, qui a provoqué l’annulation d’une conférence que le généticien devait donner au musée des Sciences de Londres vendredi soir.






















