APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
15 septembre 2008

J’ai tellement entendu dire : « Les Réunionnais sont des paresseux » que j’avais fini un moment par le croire. Comme si c’était une malédiction qui nous tombait dessus, ou l’effet conjugué de notre hérédité, du climat qui modèle notre tempérament, de notre éducation, de notre mode de vie, de nos habitudes... Mais j’avais remarqué très tôt que ceux qui disent cela ne pensent jamais à eux, mais toujours aux autres. Et il m’a fallu observer les dockers du Port et les ouvriers agricoles en plein travail pour découvrir que l’on m’avait trompé.
Cette idée toute faite que les Réunionnais ne sont pas faits pour le travail, je l’ai retrouvée un peu plus tard, cachée derrière la célèbre phrase de Guizot : « Enrichissez-vous par le travail et l’épargne », dans laquelle il s’adressait à la bourgeoisie de son époque, mais, à travers elle, à tout un peuple destiné, selon lui, à l’embourgeoisement général. Je la retrouve aujourd’hui, un siècle et demi après, qui sert toujours, dans la formule entonnée par Nicolas Sarkozy tout au long de la campagne pour l’élection présidentielle : « Travaillez plus pour gagner plus » et qui a eu un impact non négligeable sur le déroulement de l’élection jusqu’à jeter le trouble chez certains socialistes peu enclins, il est vrai, à défendre la loi des 35 heures de leur camarade Martine Aubry.
Mais qu’est-ce qui a bien pu, et qu’est-ce qui peut bien encore, dans cette phrase toute simple, digne de Lapalisse, toucher à ce point un si grand nombre de Français ? C’est clairement la proposition « pour gagner plus ». Car en toute logique, le moyen le plus sûr d’augmenter son salaire, surtout par ces temps difficiles, ne serait-il pas de travailler davantage, de faire autant que possible des « heures supplémentaires » ? Et toujours revient ce vieux préjugé, aussi tenace que l’idéologie dominante, que les Français ne travaillent pas assez. Si le pays connaît de graves difficultés, mais c’est à cause de leur paresse congénitale : « Le problème de la France, répète inlassablement notre président, c’est qu’on ne travaille pas assez ».
Or, voilà qu’une statistique de l’Insee vient lui apporter le plus cinglant démenti : dans une enquête réalisée pour l’année 2007, elle révèle que la durée moyenne de travail en France est de 41 heures par semaine, soit 6 heures de plus que la durée légale fixée théoriquement à 35 heures, avec en tête les agriculteurs (59 heures) et les artisans, les commerçants et les chefs d’entreprise (55 heures). Et un tout nouveau sondage CSA paru dans le journal “Le Parisien” du 2 septembre nous apporte cette information : environ 6 Français sur 10, soit 59% d’entre eux, ne souhaitent pas travailler plus : ils aimeraient « travailler autant d’heures par semaine qu’actuellement ».
Georges Benne
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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