Traitement et valorisation des déchets

Les salariés exposés à des substances à risque

23 juillet 2007, par Edith Poulbassia

Pour le développement durable, le traitement des déchets est devenu indispensable. Qu’il s’agisse de réemploi, de recyclage, de valorisation énergétique ou d’élimination, la gestion des déchets a trouvé sa place au sein des activités économiques, et n’a pas fini d’évoluer. Mais pour l’instant, les risques encourus par les salariés au contact de ces déchets ne sont pas assez connus. L’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) pour la prévention des accidents de travail et des maladies professionnelles a mené récemment une étude sur le sujet.

Avec le volume croissant des déchets, l’évolution de la réglementation pour la protection de l’environnement, l’apparition de nouvelles techniques, les filières de traitement des déchets doivent sans cesse s’adapter. Au milieu, les salariés manipulent les déchets en tout genre, alors que les effets sur la santé ne sont pas encore bien connus. Pour l’INRS, l’impératif d’une gestion efficace des déchets ne doit pas faire oublier les risques encourus par les salariés. « Dans la majorité des procédés de traitement, il y a une ou plusieurs opérations manuelles entre lesquelles s’intercale une opération de broyage. Dans les deux cas, les salariés sont exposés par voie respiratoire à des vapeurs pour les déchets liquides ou de poussières pour les déchets solides », soulignent Barbara Savary et Raymond Vincent, les chercheurs de l’INRS qui ont mené l’enquête.

Des déchets automobiles aux plumes et duvets

Sur les 61 déchets et familles de déchets pris en compte par les chercheurs, 18 présentent un risque important. L’étude de l’INRS porte en particulier sur les filières en évolution à cause de la modification de la réglementation : les déchets automobiles (les huiles, batterie, pneus, etc...), les équipements électriques et électroniques (électroménager, télé, téléphone, etc...), les emballages industriels (palettes, cagettes, plastiques, aluminium, etc...), les déchets toxiques produits en quantité dispersée (par exemple les acides, solvants, peintures, cartouches d’imprimantes, pesticides), les plumes et les duvets (de canards des abattoirs principalement).
Pour mesurer le niveau d’exposition des salariés aux différents produits chimiques, les deux chercheurs ont consulté les études menées depuis 1987 par les laboratoires du CRAM et de l’INRS, en complétant avec des visites de terrain. Car, précisent les chercheurs, ces données ne sont plus tout à fait actuelles, « compte tenu des évolutions des modes de travail, des déchets et de la gestion de ces risques dans ces entreprises depuis 10 ans ».
La plupart des filières étudiées ont une phase de dépollution ou de démantèlement que les salariés pratiquent à la main. Ils sont donc exposés dans un premier temps par voie respiratoire ou cutanée à des poussières (mélange de métaux et autres), des vapeurs ou des liquides dont les effets sont méconnus. Par exemple, pour les déchets électriques et électroniques, « les salariés sont exposés aux poussières qui se sont déposées au cours de l’utilisation de l’appareil. Les substances toxiques présentes dans les éléments dangereux tels que les condensateurs ou les tubes cathodiques sont uniquement libérées lors de leur traitement de dépollution ». Le plomb présent dans les écrans, les soudures, le mercure dans les piles ou les lampes fluorescentes, le cadmium dans les circuits imprimés sont quelques exemples de substances présentes dans les déchets. Concernant les déchets automobiles, prenons pour exemple le cas des filtres à huile. Pour le traitement des filtres à huile, le broyage et la centrifugation peuvent provoquer des brouillards d’huile et émettre des aérosols. Ils peuvent contenir de la suie, des résines, des métaux lourds, des acides organiques, du chlore... Quant aux plumes et duvets, ils ne présentent pas de risques chimiques, mais l’INRS souligne les risques liés aux agents biologiques, car les plumes ne sont pas propres à leur arrivée à l’usine. Les salariés ne sont pas à l’abri de maladies (en particulier l’ornithose).

Comment remplacer le traitement à la main ?

Pourtant, le traitement à la main reste, dans certains cas, indispensable. « La dépollution et la récupération des pièces destinées à la revente nécessitent un démantèlement manuel afin de ne pas les endommager. Dans les conditions technologiques actuelles, le tri en amont et en aval (tri final après broyage des déchets automobiles) ne peut être fait correctement que grâce à l’expertise de l’œil humain », explique l’INRS. Des techniques peuvent exister, mais pour des raisons économiques, elles ne sont pas envisageables. Par exemple, il faudrait créer autant de chaînes automatisées que de marques de voiture, puisque les éléments à récupérer ne sont pas disposés de la même manière et ne sont pas de la même taille. « Dans ces cas particuliers, il est donc nécessaire de mettre en place des moyens de prévention adaptés pour limiter les expositions des salariés ». Mais avec l’augmentation des volumes de déchets, il sera difficile de garder le traitement manuel.
Les salariés de ces entreprises de traitement des déchets sont en majorité peu qualifiés. Pour les déchets électriques et électroniques, ce sont souvent des personnes handicapées ou en réinsertion sociale. Les établissements vivent grâce à la vente de matériaux issus du traitement ou du service aux entreprises. Les filières nouvelles ne sont pas, comme les ordures ménagères, financées par des taxes et des redevances. Les PME se tournent donc vers des groupes français ou internationaux pour obtenir des installations plus performantes.

Edith Poulbassia


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