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Élections régionales
18 février 2010
La tête de liste PS aux Régionales est intervenu dans le débat politique guadeloupéen pour exiger la « démission » de Marie-Luce Penchard. Qu’y a-t-il derrière cette virulence ?

Les propos récents de Marie-Luce Penchard en campagne électorale régionale en Guadeloupe ont fait réagir la tête de liste PS aux régionales à La Réunion. Que cache cette démarche de l’ex-maire de Sainte-Rose ? (photo d’archives M.M.)
L’UMP et le Parti socialiste sont, à La Réunion, sous la supervision d’instances centrales basées dans l’Hexagone. Ces rapports de subordination connaissent des hauts et des bas ; périodiquement, les représentants des succursales politiques des partis parisiens à La Réunion signalent leur existence par des éclats, des « ruptures », des proclamations d’autonomie, voire d’indépendance. Immanquablement, ces mouvements d’humeur aboutissent à un retour au bercail de Paris, en échange d’un supplément d’âme ou, plus souvent, de quelques postes. La Droite réunionnaise a offert une riche chronique de ces énervements passagers : après les velléités séparatistes de Didier Robert et l’éphémère prise d’autonomie d’Objectif Réunion, c’est Jean-Paul Virapoullé qui, il y a quelques jours, a donné dans la tragi-comédie de la « rupture » avec Paris, couvrant au passage d’injures le représentant des instances centrales de l’UMP et son ancien colistier présumé, Didier Robert. Moins spectaculaires, ces tiraillements n’en sont pas moins présents au Parti socialiste, où ils s’expriment de manière indirecte, par l’affirmation de soi des responsables locaux.
Les socialistes réunionnais prennent pied en Guadeloupe
C’est dans une mauvaise humeur idéologique que se trouve sans doute l’explication des récentes déclarations de Michel Vergoz envers Marie-Luce Penchard dont, à plusieurs milliers de kilomètres, la tête de liste PS aux élections régionales du 14 mars prochain demande rien moins que la « démission ».
Contrairement aux représentants d’autres organisations progressistes de La Réunion, le dirigeant du PS local n’avait guère témoigné jusque-là d’une solidarité particulière envers les peuples des Antilles. Or, il est aujourd’hui le premier à monter au créneau contre la Ministre de l’Outre-mer, dont les propos polémiques et irrespectueux s’inscrivent dans le contexte des élections régionales en Guadeloupe, et constituent une passe d’arme contre Victorin Lurel, président de cette Région.
On a pourtant connu Michel Vergoz moins empressé dans la volonté de démettre un membre du gouvernement. Il y a dix années de cela, allié à Jean-Paul Virapoullé, le même Michel Vergoz partait en guerre contre la bi-départementalisation, pourtant inscrite dans la Loi d’orientation de l’Outre-mer par la majorité socialiste alors aux commandes. Virulent dans la critique d’un projet qui concernait pourtant bien plus directement La Réunion que les propos tenus avant-hier par Marie-Luce Penchard, Michel Vergoz n’avait pourtant nullement demandé la démission du Ministre de l’Outre-mer d’alors, le socialiste Christian Paul. Aujourd’hui, l’ancien maire de Sainte-Rose ne craint pas de s’immiscer dans le débat politique guadeloupéen, adoptant une posture de chef de l’Outre-mer… sans doute dans le but d’en imposer à Paris.
Jean-Paul Virapoullé et les socialistes réunionnais : des vies parallèles ?
Cette attitude évoque celle d’un autre ancien maire… celui de Saint-André qui, à l’occasion des référendums sur l’autonomie élargie, n’a pas hésité à se poser lui aussi en donneur de leçons à l’égard des Martiniquais et des Guyanais, revendiquant une envergure dans l’ensemble de l’Outre-mer. Nul doute que cette appréciation positive de ce rôle de dirigeant ultramarin a dû compter dans la décision prise vendredi par Jean-Paul Virapoullé de rompre avec Paris. Existe-t-il, selon la formule littéraire, une « vie parallèle » entre Jean-Paul Virapoullé et Michel Vergoz ? L’itinéraire des deux dirigeants politiques fait au moins apparaître des dispositions communes. Le passé a montré que les deux hommes pouvaient aller plus loin que la connivence, et faire cause commune contre des réformes actées par Paris.
Jean-Claude Fruteau, maire socialiste de Saint-Benoît, a emboîté le pas hier à son camarade Michel Vergoz, et réclame lui aussi la « démission » de Marie-Luce Penchard. Là encore, la fraternité avec les Antilles est une posture quelque peu nouvelle de la part du Maire de Saint-Benoît. Celui-ci n’avait-il pas été à l’origine d’une manœuvre contre Paris dans le but d’évincer Axel Urgin — secrétaire guadeloupéen à l’Outre-mer du PS —, désigné par les instances nationales de ce parti pour concourir aux élections européennes de 2004 ? On était bien loin, alors, de la solidarité envers les Antilles, que les socialistes réunionnais sont si prompts à manifester lorsqu’il s’agit de faire la leçon.
Décidément, l’Outre-mer français ne manque pas de conseilleurs parmi les têtes de listes réunionnaises… Quelle sera la prochaine terre de convergence entre les spécialistes des affaires des autres ?
Geoffroy Géraud-Legros
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