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"Peuple de La Réunion, Peuple du Maloya"
5 juillet 2010
Le Maloya a failli disparaître, il est aujourd’hui dans le Patrimoine mondial de l’humanité. Malgré l’esclavage, le régime colonial et la répression de tout ce qui était l’expression de la culture réunionnaise, le Maloya n’a pas disparu. Il a réussi à survivre, et c’est en 1976 qu’a lieu un moment décisif. C’est en effet peu après le 4ème Congrès du Parti communiste réunionnais que sont produits par le PCR les premiers disques de Maloya. Cette reconnaissance du Maloya s’élargira ensuite à l’ensemble de La Réunion, puis au monde grâce au travail de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. À côté du discours du ministre de la Culture, voici un autre document, le texte écrit sur "Peuple de La Réunion, Peuple du Maloya", un des deux premiers disques de Maloya.

« Ce soir-là, à la Ligne Paradis, autour du rouleur, il y a des "petits blancs" et des "chinois noirs", des métis "malabars" et des "cafres". Mais il n’y a pas de "gens bien" », 34 ans après le premier disque de Maloya, le rassemblement autour du Maloya s’est élargi. (photo M.M.)
Dans le Sud de l’île : Le peuple du Maloya
Il suffit de peu de choses.
Un tambour, un cayamb, un petit triangle de fer, un soliste, un chœur, des danseurs. Le soliste donne le ton, la note, le thème.
Lé lé lé lé lé lé lé lé
C’est l’enfance de l’art
Il suffit de peu de choses. D’être descendant de "cafres" ou de "malabars". De porter encore dans son cœur la souffrance secrète du temps de l’esclavage, la cicatrice vive de l’engagement.
Il suffit de peu de choses. D’avoir en commun un passé brûlant et silencieux. De n’avoir jamais entendu parler dans les écoles de nos ancêtres et de notre histoire.
Il suffit de peu de choses. D’être né sur cette terre là, au bout d’une case en paille de l’époque. Une naissance à même le sol.
Il suffit de peu de choses. De quitter l’école jeune. De travailler durement sur la terre des autres. De suer, de charroyer. De se marier, d’avoir des enfants, sans bien savoir si l’on aura de quoi les nourrir. D’avoir douté de soi en pensant qu’après tout, on était une "race" sans avenir, arriérée, inférieure. Tout juste bon pour servir les autres. Puisque c’était ce qu’ils disaient dans leurs écoles, leurs administrations, leurs églises, leur métropole, leurs livres, leur musique.
Il suffit de peu de choses. De n’avoir pas baissé la tête. D’avoir été de ceux qu’un certain soir d’élections, les gendarmes sont venus chercher. D’avoir gardé l’espérance intacte qu’autre chose était possible, que la misère n’était pas une vocation. Lé lé lé lé lé lé lé lé
Alors le Maloya commence. Ce n’est pas de la musique "engagée". C’est mieux que cela. C’est la vie. C’est la chronique quotidienne. C’est l’humour. Ce sont les saisons, les travaux, les rites, les fêtes, les tracas.
C’est le récit d’un peuple qui vient du plus profond, habité d’esprits, d’ancêtres, de tam-tam, de gros-blancs et de marrons, de parias tamouls et de religion interdite. C’est une manière de se chanter et de se dire. Dans le naufrage de la misère, renaître et se reconnaître.
Dans cette nuit du 20 décembre où se chante et se danse l’abolition de l’esclavage, dans cette pauvre case en tôle de "sudiste", on comprend tout d’un coup que le Maloya n’est plus une histoire de "cafres", mais de Réunionnais. Ce soir-là, à la Ligne Paradis, autour du rouleur, il y a des "petits blancs" et des "chinois noirs", des métis "malabars" et des "cafres". Mais il n’y a pas de "gens bien". Aucun propriétaire.
Et encore une fois, on a la preuve qu’il existe dans ce pays une adéquation entre le discours politique et la culture populaire. Et cela peut être la réponse typique, naturelle, envoûtante du colonisé de La Réunion.
Il suffirait de peu de choses, simplement, d’un rouleur : Lé lé lé lé lé lé lé lé Ah chemin Grand Bois çà lé long, Ah ti pas ti pas larivé…
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