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La mouvance Andry Rajoelina suspend sa participation aux négociations du “Carlton”
27 juin 2009

Deux évènements majeurs retiennent l’attention des observateurs, en cette fin du mois de juin 2009, qui a été marquée hier par les festivités du 49ème anniversaire de la proclamation de l’Indépendance.
À Madagascar, le premier événement de l’actualité politique de ce mois de juin fut la décision de la « mouvance » Andry Rajoelina de suspendre sa participation aux pourparlers qui se déroulent depuis plusieurs semaines à l’Hôtel Carlton, en vue de trouver une issue à la « crise ». Rappelons que ces pourparlers ont été initiés par le Groupe de Contact International (GCI) qui comprend l’ONU, l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) et l’Union Africaine (U.A.). Le GCI prit la décision de réunir autour d’une table les représentants des quatre mouvances politiques suivantes : Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana et celles des ex-Présidents Ratsiraka et Zafy Albert. Le choix de ces deux dernières entités n’a pas été apprécié par l’opinion, qui rejette les affirmations du GCI concernant la prétendue « impossibilité » pour aucune mouvance de régler seule les problèmes de la Transition, et surtout d’organiser les élections prochaines.
En effet, les manifestations populaires qui ont duré près de deux mois ont illustré la ferme volonté du peuple malgache d’œuvrer pour des changements réels aux plans social, politique, économique, et d’instaurer une Quatrième République qui répondrait à ses aspirations à la démocratie. Il s’agit pour le peuple malgache de concrétiser ces changements et non pas d’ouvrir des discussions pour aboutir à un partage du pouvoir.
Au départ, il était prévu que les quatre « mouvances » se pencheraient sur l’examen de la Charte de la Transition, mais au fil des réunions, des divergences de plus en plus marquées se firent jour, notamment du côté de la mouvance Ravalomanana et de la mouvance Ratsiraka, qui soulevèrent des préalables, inacceptables pour les autres parties.
Après maintes péripéties, suspensions, va et vient, la mouvance Andry Rajoelina décidait de suspendre sa participation aux rencontres du “Carlton”. Dans un communiqué du 12 juin, la mouvance Andry Rajoelina, expliquant sa décision, précisait que « dès le début, le régime de Transition a adopté une politique d’ouverture et d’écoute » (nous)… rappelons que les négociations ont pour objectif d’adopter une Charte de la Transition et un Gouvernement consensuel afin de procéder à la signature de la convention… (or) la tournure des négociations n’est pas conforme aux objets de leur convocation. Des participants ont toujours insisté sur la question d’amnistie et d’annulation de certaines décisions. Les clauses requises dès le début des négociations dont l’engagement signé par la mouvance Ravalomanana concernant le non-retour du Président démissionnaire Marc Ravalomanana n’ont pas été respectées ».
Jusqu’à présent, on ignore les mesures envisagées par le GCI pour faire face à ce fiasco prévu par bon nombre d’observateurs sérieux, au fait des réalités de la situation malgache.
Par ailleurs, un autre évènement se trouve au cœur de l’actualité : de nombreux médias (presse écrite, télévisions) ont fait état de l’existence de démarches entreprises par le Président démissionnaire en vue de lever une armée privée afin de rentrer au pays et y reprendre le pouvoir. Pour ce faire, Marc Ravalomanana se serait assuré les services d’une société militaire américaine privée basée au Nevada, la SOC-Llc, spécialisée dans la « sécurité de haute qualité ». Le coût de cette opération est encore inconnu, mais la moitié serait payée à l’avance et le reste 30 jours après la fin de « l’opération ».
La SOC-Llc est chargée entre autres d’assurer le retour de Marc Ravalomanana au pays et sa protection ainsi que celle de sa famille. Cette intervention armée verrait la participation de quelque 450 mercenaires, dépêchés des Etats-Unis et de l’Afrique du Sud.
Le ministre de la Défense de la Transition, au courant de ces informations, avait publiquement dénoncé toute tentative d’agression militaire étrangère contre Madagascar, en précisant qu’il ne fallait pas sous-estimer de telles rumeurs. L’armée, la police et la gendarmerie, affirmait le ministre, sont alertées, et le lundi 15 juin, sous la direction du Premier ministre Monja Roindefo, une réunion des responsables des forces armées et des ministres chargés de la Sécurité décidait de lancer l’opération “VIGIMADA” afin de faire face à toute éventualité.
Un élément inquiétant est à inscrire dans ce projet scandaleux, il s’agit de la référence (relevée dans le document intitulé “Concept d’opération à Madagascar”) au nom de l’ambassadeur américain, actuellement en poste à Antananarivo ; Niels Maruart, comme étant un des initiateurs de ce « coup ». Quoi qu’il en soit, en attendant un quelconque démenti de ce diplomate, la population a constaté sa présence aux côtés de sa femme à une des récentes manifestations des partisans de Ravalomanana, sur la Place de la Démocratie, et elle n’a pas manqué de noter que les pro-Ravalomanana brandissaient de nombreux drapeaux américains !!
Tout ceci, ajouté à la déclaration ambiguë adoptée par la réunion des chefs d’Etat et de Gouvernement de la COMESA réunis à Victoria Falls (Zimbabwe) le 8 juin dernier, appuyant les initiatives de la SADC dans la recherche de solution à la crise à Madagascar, démontre que des menaces de déstabilisation pèsent réellement sur la Grande Ile. Dans ce contexte, le rôle joué par la–dite « communauté internationale » ne laisse pas d’inquiéter l’opinion, qui se demande si les représentants du GCI ignorent tous ces faits ou feignent de les ignorer.
L’attitude de l’Afrique du Sud dans ce contexte soulève également de nombreuses interrogations, car c’est dans ce pays où il s’est réfugié que Marc Ravalomanana prépare son retour, c’est de là-bas qu’il lance par téléphone des appels à ses partisans à renverser le Pouvoir de la Transition.
B.Y.
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