Médias

Attentat terroriste à Charlie Hebdo

Attaque la plus meurtrière depuis 50 ans en France : condamnations dans le monde

Céline Tabou / 8 janvier 2015

Deux hommes armés ont pénétré les locaux du quotidien satirique Charlie Hebdo, tuant 12 personnes, dont deux policiers, mercredi 7 janvier à Paris. Il s’agit de l’attentat le plus grave commis en France depuis 1986 et la vague d’attaques islamistes cette même année.

Parmi les victimes, les célèbres caricaturistes Cabu, Charb, également directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, Wolinski et Tignous. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier commis en France depuis les vagues d’attentats islamistes à Paris en 1986 (12 morts et quelque 200 blessés dans une dizaine d’attentats) et 1995 (huit morts et près de 120 blessés dans le RER B à la station Saint-Michel).

Renforcer la sécurité

« C’est un attentat terroriste, cela ne fait pas de doute », a déclaré François Hollande, deux heures après l’évènement sur les lieux. Le bilan de cet attaque d’une « exceptionnelle barbarie » n’est que provisoire, a-t-il souligné. Le procureur de Paris, François Molins, a précisé qu’une vingtaine de personnes étaient blessées, dont « quatre ou cinq en état d’urgence absolue », en plus du bilan provisoire de 12 morts donné par le parquet.
Selon Rocco Contento, secrétaire départemental du syndicat Unité SGP Police, dix membres de la rédaction de Charlie Hebdo ont été tués. Deux policiers figurent également au nombre des victimes, a précisé la préfecture de police.
Une source proche de l’enquête a expliqué à l’Agence France Presse que l’attaque s’est déroulée « vers 11h30 », lorsque des « hommes armés d’une Kalachnikov et d’un lance-roquette, ont fait irruption au siège du journal » Charlie Hebdo. « Un échange de feu a eu lieu avec les forces de l’ordre », lorsque les assaillants ont quitté les lieux.
François Hollande a assuré que « des actions immédiatement (ont été, ndlr) lancées pour retrouver les auteurs de ces actes qui seront pourchassés autant que nécessaire ». D’ailleurs, le plan Vigipirate a été relevé au niveau « alerte attentats », le niveau le plus élevé, dans toute l’Ile de France. La priorité est de « protéger les institutions et assurer la continuité de l’action gouvernementale », a indiqué le Premier ministre, Manuel Valls.
La sécurité a été renforcé à Paris et en Ile-de-France. Les organes de presse, les grands magasins, les lieux de culte et les transports sont sous une vigilance particulière. Ainsi, « tous les moyens sont mis en œuvre pour identifier, traquer et interpeller les auteurs », a souligné Matignon.

Appel à l’unité nationale

« La France est aujourd’hui devant un choc, un choc qui est celui d’un attentat, car c’est un attentat, terroriste ça ne fait pas de doute, et par rapport à un journal qui avait été plusieurs fois menacé, qui était justement protégé », a déclaré François Hollande, sur place. Ce dernier a appelé à l’unité nationale : « Dans ces moments-là il faut faire également bloc, montrer que nous sommes un pays uni, que nous savons réagir comme il convient. C’est-à-dire avec fermeté, mais avec toujours le souci de l’unité nationale. »
Un appel entendu et soutenu par toute la classe politique française. Du côté des ministres, Najat-Vallaud Belkacem (Education) a évoqué l’« horreur et consternation. La République attaquée au cœur », quant à Laurence Rossignol (Famille), a évoqué « plus de larmes que de mots face à l’horreur de l’attentat dont sont victimes, ses salariés, les policiers et leurs familles ».
« La stupeur nous envahit face à cet acte d’une atrocité démente (…) Les institutions républicaines doivent immédiatement prendre la mesure des réactions à adopter pour défendre (…) nos valeurs », a réagit son le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone.
Son homologue du Sénat, Gérard Larcher (UMP), a indiqué qu’« un des droits les plus précieux des Français vient d’être mis à mal : leur sécurité ». Il a appelé à une République « forte et unie », affirmant le soutien du Sénat à toute mesure du gouvernement pour lutter contre le terrorisme.

Des condamnations en cascade

Pour Jean-Luc Mélenchon du Parti de Gauche, « ceux qui ont fait ça sont des lâches ». Sur place ce dernier a commenté, « il s’agit d’un assassinat politique ». « Nous n’aurons pas peur et nous nous diviserons pas. Ce sont des misérables lâches », a-t-il déclaré.
De son côté, le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy a estimé que la France était victime d’un « attentat barbare », “abject”, qui « heurte la conscience humaine », une « atteinte directe sauvage » à la liberté d’expression, appelant également la République « à se rassembler » et à appelé à un front uni face à la barbarie et à ces assassins.
Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman a qualifié cet acte de “barbare”, déplorant les « délires de groupes terroristes se prévalant injustement de l’Islam ». Il a appelé à « éviter les provocations qui ne servent qu’à jeter de l’huile sur le feu ». L’Union des Organisations Islamiques de France, réputé plus conservatrice, a condamné « de la manière la plus ferme cette attaque criminelle et ces horribles meurtres ».
Les syndicats ont exprimé leur indignation et solidarité, en particulier les syndicats de presse, qui appellent à un rassemblement place de la République, à Paris, à 19H. « Le fait que ce soit Charlie Hebdo qui ait été visé est un symbole important. C’est la liberté d’expression qu’on assassine », a déclaré le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession. « La liberté d’expression et la liberté de la presse sont des libertés démocratiques fondamentales », rappelle pour sa part le syndicat Force ouvrière

Réactions dans le monde


Premier à avoir réagi, le Premier ministre britannique David Cameron : « Ces meurtres à Paris sont écœurants. Nous sommes aux côtés du peuple français dans le combat contre le terrorisme et défendons la liberté de la presse ».
Angela Merkel, Chancelière d’Allemagne, a évoqué dans un communiqué que « cet acte abominable n’est pas seulement un attentat contre la vie de citoyens français et leur sécurité. Il s’agit aussi d’un attentat contre la liberté de parole et la liberté de la presse, des éléments fondamentaux de notre culture de liberté démocratique ».
Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche, a indiqué qu’"il s’agit d’un acte de violence terrible que nous condamnons avec la plus grande fermeté. Nos pensées vont à nos alliés français » sur la chaîne de télévision MSNBC. « Si les auteurs sont encore en liberté, nous les pourchasserons et nous coopérerons avec les Français dans ce but », a-t-il précisé.
De son côté, Jean-Claude Junker, président de la commission européenne, s’est dit choqué « par l’attaque brutale et inhumaine qui a frappé les locaux de Charlie Hebdo. C’est un acte intolérable, une barbarie qui nous interpelle tous en tant qu’êtres humains et Européens ». Le Premier ministre canadien, Stephen Harper, a indiqué être « horrifié par l’attentat barbare commis en France. Nos pensées et nos prières vont aux victimes et à leurs familles ».

« Nous nous savions menacés »


François Hollande a déclaré sur les lieux que « Nous sommes dans un moment extrêmement difficile, plusieurs attentats terroristes avaient été déjoués ces dernières semaines, nous savions que nous étions menacés, comme d’ailleurs d’autres pays dans le monde ».
En effet, après l’assassinat de l’otage français Hervé Gourdel par un groupe islamiste algérien et un cafouillage autour de l’arrestation de trois djihadistes présumés, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve avait indiqué le 26 septembre dernier que : « La menace terroriste qui pèse sur la France est réelle chaque jour […]. Nous prenons [ces] mesures […] car il y a une menace réelle. […] Il y a une mobilisation totale de nos services, nous devons être vigilants ».
Des menaces mises à exécution ce mercredi 7 janvier, auxquelles le chef de l’Etat a indiqué que « nous sommes menacés parce que nous sommes un pays de liberté, et parce que nous sommes un pays de liberté nous conjurons les menaces et nous punirons les agresseurs. Personne ne doit penser qu’il peut agir en France contrairement aux principes de la République et atteindre l’esprit même de la République c’est-à-dire un journal ».


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