Médias

Big Brother is watching you !

Avec l’intégration des comptes Gmail aux recherches Google

Témoignages.re / 11 août 2012

Ce n’est plus une fiction, juste la réalité dans laquelle — inconscients du danger — nous nous complaisons chaque jour un peu plus.

Dans son roman "1984", G. Orwell imaginait un ministère chargé de contrôler tous les êtres humains du matin au soir en recueillant, sur chacun, un maximum de renseignements du plus trivial au plus intime. La nuit, surveillés par un télécran, même les mots prononcés en rêvant sont consignés.
Pour y parvenir, le ministère devait déployer des équipements extrêmement sophistiqués.
En 2012, inutile de s’en faire. Chaque internaute est sollicité en ce sens.
Et plus besoin de dépenser des sommes folles, le cybercitoyen pourvoit à tout lui-même.
Il achète un ordinateur, il paie un installateur de lignes téléphoniques, il loue les services d’un fournisseur d’accès internet, il s’abonne à une connexion quadri-play (téléphone, internet, télévision, GSM).
Il recherche les produits (matériels et immatériels dont il estime avoir besoin), il consulte les sites d’information qui conviennent à ses préoccupations, il fait ses achats sur internet et utilise donc le télépaiement.
Il consulte les sites médicaux indiquant ainsi les affections dont il souffre ou qu’il redoute.

Une vie étalée sur la toile

Il suit ses dossiers d’assurance-maladie sur le Net, rédige sa déclaration d’impôts et paie mensuellement ses impôts sur le Net.
Il reçoit ses factures d’eau, d’électricité, etc. par internet.
Il met à jour — souvent gratuitement (pour les petites màj), toujours payantes (pour les changements de logiciels-moteurs) — les outils informatiques qu’il utilise.
Il télécharge ses musiques préférées, ses films, ses émissions de radio.
Il peut pétitionner par internet sur des sites spécialisés. Sa signature sera validée, identifiée grâce à son adresse IP. Cette adresse n’appartient qu’à l’ordinateur du cybercitoyen, donc même s’il tentait de multiplier les clics sous de fausses identités, peine perdue, son adresse IP ne sera prise en compte qu’une seule fois.
Il donne son opinion (ou profite de ce qu’il pense être un anonymat commode pour se "lâcher" en se laissant aller à ses plus bas instincts) sur des forums internet.
Il promène dans sa poche un smartphone doté d’une fonction de géolocalisation permettant de le situer en temps réel où qu’il soit, y compris lorsqu’il se déplace.
Il franchit les frontières en présentant un passeport biométrique.
Tous les mois, il reçoit son relevé bancaire par internet et il télégère son compte (entrées, dépenses, virements).
Enfin, tout son courriel, relations familiales, amicales, professionnelles, pensées routinières, réflexions intimes, TOUT, absolument tout transite par ces messages électroniques.

Des renseignements fournis gratuitement

Comme on n’arrête pas le "progrès", les grands groupes informatiques mettent en place la technologie du "nuage". Plus besoin de transporter des disques durs nomades, des clés USB, des cartes mémoires flash qui peuvent tomber en panne, se perdre ou être dérobés. Désormais, partout dans le monde, où qu’il soit, le cybercitoyen peut accéder à ses données, ses photos de famille, ses documents de travail, etc.
De temps à autre, une alerte distribuée par des sites spécialisés l’informe de l’existence d’une faille de sécurité dans les logiciels qu’il utilise. Mais, le rassure-t-on aussitôt, l’alerte ayant été donnée, la brèche informatique a été réparée. Dormez bonnes gens, les informatics-guards veillent sur vous.
Déjà, comme ça, le cybercitoyen paie beaucoup pour — à son insu — fournir gratuitement de lui-même une somme impressionnante de renseignements.
Ça fait peur à ceux qui, comme moi, ont appris, au lendemain de la 2ème Guerre mondiale, sur quelles atrocités de masse un fichage manuel systématique a débouché.

Relisons "1984"

Et ça fait encore plus peur lorsque, sur les sites sociaux comme on les appelle, les jeunes générations étalent avec une tranquille insouciance leurs photos, celles de leurs amis, leur vie privée, leurs goûts et dégoûts, leurs peurs et leurs espérances, leurs états d’âme, leurs addictions.
Et voici qu’un site spécialisé (gismodo.com) nous apprend que le moteur de recherche géant Google entend intégrer les comptes de messagerie gratuite Gmail à son moteur de recherche. Si vous disposez d’un compte de messagerie Gmail et qu’une personne fait une recherche sur votre nom avec Google, elle peut accéder à votre adresse de courriel… en attendant de pouvoir accéder (sans être un génie du hacking) aux contenus de vos courriels.
Et gizmodo.com nous "rassure" ainsi [je cite] : cette évolution « est inévitable. Donc le mieux que nous puissions faire est peut-être de nous asseoir [devant notre ordi ?] et de profiter des bénéfices tout en faisant de notre mieux pour oublier les aspects négatifs terrifiants ».
Si nul ne réagit, dans le contexte de lutte antiterroriste actuel (qui terrorise surtout les non-terroristes), la liberté risque très vite de n’être plus qu’un mythe.
Oui, très vite, la lecture (ou la relecture) de “1984” s’impose.

Jean Saint-Marc


Kanalreunion.com