Médias

La montée en puissance du Front national inquiète la presse européenne

Le premier tour vu dans quelques journaux européens

Céline Tabou / 24 avril 2012

Les dirigeants et la presse européenne se sont inquiétés du score à l’élection présidentielle de Marine Le Pen, arrivé en 3ème place avec 17,9% des exprimés. Des voix se sont élevées pour dénoncer la politique de la droite du Front national.

Parmi eux, le socialiste Jean Asselborn, chef de la diplomatie luxembourgeoise, qui a estimé que « le Front national cela veut dire pas d’euro, pas d’Europe, pour la France comme pour l’Europe et c’est le mauvais chemin, il faut briser cette logique ».

Les dirigeants européens sont « préoccupés »

Avec 17,9% des voix selon les résultats définitifs communiqués par le ministère de l’Intérieur lundi 23 avril, le score de la candidate du Front national (FN) inquiète la communauté européenne. La chancelière allemande Angela Merkel a jugé « préoccupant » le score de l’extrême droite, a rapporté un porte-parole du gouvernement allemand à l’Agence France Presse. Le porte-parole de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Olivier Bailly, a invité les dirigeants européens « à ne pas céder » à la « tentation des discours populistes et à continuer à faire avancer l’Europe de la paix et de la croissance ». Ce dernier a ajouté qu’« il est évident que la crise économique a exacerbé des inégalités sociales et que, dans ce contexte économique, il y a un terreau politique pour le développement des populismes ».

Le Luxembourgeois, Jean Asselborn, fustige Nicolas Sarkozy

À la sortie d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Luxembourg lundi 23 avril, le socialiste Jean Asselborn, chef de la diplomatie luxembourgeoise, a accusé Nicolas Sarkozy d’avoir sa part de responsabilité dans le score de la candidate du FN à la présidentielle. « Si on répète tous les jours qu’on doit changer Schengen, qu’on doit avoir une politique d’immigration forte, qu’on doit parler de l’exception française, et tout cela, c’est de l’eau au moulin du FN », a estimé Jean Asselborn à l’AFP.
Son homologue danois, Villy Sovndal, a jugé le résultat de Marine Le Pen « extrêmement préoccupant », car celui-ci s’inscrit dans une montée en puissance de l’extrême droite en Europe, notamment au Danemark, en Autriche ou en Finlande. Une position partagée par le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, qui a déclaré « je suis inquiet de ce sentiment que nous constations dans des sociétés ouvertes, une Europe ouverte. Cela me préoccupe, et pas seulement en France ». Pour Michael Spindelegger, chef de la diplomatie autrichienne, ce résultat « doit faire réfléchir ».

Le quotidien belge parle de choc

Le quotidien "Le Soir" salue la performance de François Hollande et indique que ce dernier « a déjà un pied à l’Élysée. Mais la gauche doit modérer sa joie, car le Front national, sans toutefois parvenir au second tour, crée un nouveau choc ». Le journal fustige Nicolas Sarkozy qui a banalisé « les thèses du FN tout en décevant son propre électorat, il a ramené les électeurs de la droite la plus dure à leur bercail ». "Le Soir" a évoqué la « victoire personnelle » de Marine Le Pen, qui « peut espérer à présent casser le paysage politique et tenter une recomposition de la droite en tentant de s’allier avec l’aile la plus dure de celle-ci ».

La presse s’en donne à cœur joie

Stupeur chez les éditorialistes étrangers, qui comme "The Daily Telegraph" annonce qu’« Un vote sur cinq pour Le Pen ». Cette percée fait passer de côté le duel entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Car comme l’a expliqué le journal italien "La Republica", avec 17,9% au premier tour, "l’ouragan Le Pen" inflige une gifle à Sarkozy. « Les deux candidats qui restent pour la finale […] devront se disputer le suffrage de la colère, celui obtenu par le Front national [FN], le parti xénophobe », a écrit le journal. « C’est une défaite cuisante pour Sarkozy qui confie son sort aux électeurs de Marine Le Pen », a annoncé de son côté, le quotidien italien "Il Corriere della Sera". Dans la presse allemande, plus de virulence : « Une honte pour la démocratie », annoncé le journal allemand "Berliner Zeitung", évoquant la « mauvaise surprise Le Pen ». Le "Süddeutsche Zeitung", journal de centre-gauche, s’interpelle sur le score de Marine Le Pen, qui « est un avertissement fatidique pour toute l’Europe ».

Céline Tabou

Dans le monde, les Israéliens s’inquiètent

Face au score du Front National, la presse israélienne s’est inquiétée de la percée de Marine Le Pen, qui a obtenu plus de 18% à l’élection présidentielle française. Cité par l’Agence France Presse, le quotidien "Maariv" a annoncé « Deux en lice, une vainqueur ». La dirigeante du Front national, pourtant écartée du second tour, est, selon le quotidien, la grande gagnante et la « nouvelle chef de l’opposition ». De son côté, le journal "Israël Hayom" titre : « Elle les a contournés sur la droite », en référence à François Hollande et Nicolas Sarkozy, a indiqué l’AFP. Parmi les dirigeants l’ancien ambassadeur israélien en France, Daniel Shek, a déclaré au site d’information "Ynet", que « le fait qu’un cinquième des Français s’identifie aux positions de l’extrême droite, même si elles sont dissimulées derrière le visage souriant d’une femme au ton modéré, doit nous inquiéter en tant qu’Israéliens ».


Kanalreunion.com