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Monseigneur Gilbert Aubry : Silence… fraternité !

Charlie Hebdo : réaction à La Réunion

Témoignages.re / 8 janvier 2015

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Le silence et l’émotion étaient palpables lors du rassemblement de protestation organisé contre l’attentat perpétré au siège du journal Charlie Hebdo. Les journalistes des différentes rédactions manifestaient visiblement une « confrérie de fait » qui focalisait le souffle retenu de la foule dans leur direction. Qu’est-ce qui nous réunissait ? Qui nous réunissait ? Nous pensions à ceux et à celles dont la vie a été sauvagement supprimée, à leurs familles. Prière sans mots mais combien profonde. Le silence remuait l’indicible et rapprochait les cœurs. La vie. La mort. Après ? Et si après c’était avant ?
 
Avant ? Dans l’Histoire courte, en tant que citoyens français, nous pouvons nous appuyer sur la devise de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » ! L’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 est déjà formulé de la manière suivante : « La liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui ». Ce qui est une traduction du vieux proverbe : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse à toi-même ». Pourquoi ? Egalité. La même déclaration de 1789 affirme au sujet de l’Egalité « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». République, Res publica, bien commun. Pourquoi ? Le troisième terme de « Fraternité » ne viendra qu’après, dans le temps et en dernier, comme pour finaliser moralement et existentiellement les deux premiers. Mais les frères ne découvrent leur fraternité que parce qu’elle existait préalablement au sein même de leurs aspirations à la liberté et à l’égalité.
 
Ceux qui se sont attaqué aux journalistes, à la rédaction de Charlie Hebdo ont supprimé des vies humaines. Mais en faisant sauter la rédaction d’un journal, ils se sont attaqués à la République, au bien commun, au dialogue, au débat, à l’affrontement des idées pour permettre le vivre ensemble en démocratie. A notre époque, on n’a pas encore trouvé mieux. C’est la France qu’ils ont voulu diviser et tuer. Ils ne peuvent pas penser en fraternité.
 
Avant ? Dans une histoire plus longue, les citoyens chrétiens vivent en référence au Christ, qui est le « premier né » d’une grande famille de frères ayant un même Père « Notre Père qui est aux cieux ». Cette référence au Christ, notre frère universel abolit les frontières et devient la référence existentielle d’une fraternité universelle. Et simplement le fait d’être humain ensemble nous renvoie à la nécessité de bâtir un vivre humain ensemble. La Constitution Française actuelle ne définit pas la fraternité. Mais elle est inscrite dans la devise de la République. Il n’y a pas opposition comme je l’ai entendu dire publiquement entre la religion et la liberté, et une liberté en fonction d’une fraternité qui construit le bien commun. Et toute religion qui se respecte elle-même ne détruit pas la fraternité mais la construit. Et les adeptes terroristes qui se réclament d’une religion pour détruire la fraternité ne distillent pas du religieux mais du poison. Ne créons pas l’amalgame entre islamistes et Islam. Soyons vigilants et actifs pour construire la fraternité. Ne retournons pas contre les musulmans les ignominies de ceux qui se réclament de l’Islam et qui ont perdu la raison. Ce serait une autre injustice.
 
C’est pourquoi le pape François « s’unit par la prière à la souffrance des blessés et des familles des défunts ». Il exhorte « à s’opposer par tous les moyens à la diffusion de la haine et de toute forme de violence, physique et morale, qui détruit la vie humaine, viole la dignité des personnes, mine radicalement le bien fondamental de la cohabitation pacifique entre les personnes et les peuples malgré les différences de nationalité, de religion et de culture ».
Le pape exprime « sa proximité, sa solidarité spirituelle et son soutien à tous ceux qui, selon leurs diverses responsabilités, continuent à s’engager avec constance pour la paix, la justice, pour guérir en profondeur les sources et les causes de la haine, en ce moment douloureux et dramatique, en France et dans tous les endroits du monde marqués par les tensions et la violence ».
 
 
Le 8 janvier 2014
Monseigneur Gilbert AUBRY


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