Médias

Plaidoyer pour le soutien financier des pouvoirs publics à la presse écrite

Tribune libre d’André Oraison, Professeur des Universités, juriste et politologue

André Oraison / 2 septembre 2017

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« Sans les journalistes de la presse écrite, il y a une érosion de la liberté d’expression », souligne André Oraison.

Contrairement à certaines voix désapprobatrices, je suis très heureux d’apprendre que la commission permanente de la région de La Réunion vient de se prononcer sur le principe d’une subvention exceptionnelle de 2 millions d’euros accordée au Jir afin de lui permettre « d’investir et de se digitaliser » et, plus encore, de « préserver la diversité des organes de la presse écrite à La Réunion ». Faut-il ici le souligner ? Sans les journalistes de la presse écrite – par définition indépendante et pluraliste – et sans leurs informations et commentaires sur des évènements multiples et complexes qui défilent à une allure de plus en plus véloce, il y a une érosion de la liberté d’expression et, par suite, un risque d’affaiblissement de la démocratie qui est notre bien le plus précieux au sein de la République.

Dans une « Tribune libre » publiée le dimanche 21 février 2016, en page 16, dans « Le Journal de l’île de La Réunion », le plus ancien journal réunionnais après Témoignages (un journal créé le 5 mai 1944 par le Docteur Raymond Vergès et dont nous déplorons au passage la disparition de la version papier), j’avais suggéré certaines solutions élémentaires, notamment le renforcement des moyens de mutualisation dans l’impression des quotidiens régionaux et de leur distribution afin de réduire leurs coûts de fonctionnement. Cette solution est aujourd’hui en partie adoptée. Mais j’avais surtout indiqué que dans l’hypothèse où l’aide préalable du secteur privé – celle des annonceurs, des lecteurs, des courriéristes, des donateurs et des mécènes – ne suffirait pas à remettre à flot de manière durable un organe de la presse écrite, il ne faudrait surtout pas hésiter à se tourner vers le secteur public.

Comme beaucoup de citoyens de base, j’ai en effet la conviction qu’un journal n’est pas une entreprise comme les autres : il ne saurait en aucun cas être assimilé à une société privée mercantile dont les responsables sont obsédés par la recherche de profits, des profits toujours plus grands. Un quotidien qui présente et commente notamment l’actualité politique, économique, sociale, sanitaire et culturelle est une entreprise d’une essence particulière, dès lors qu’elle contribue à la gestion d’un service public de la plus haute importance dans un État de droit : celui de l’information et du savoir.

Au même titre que les associations de la loi de 1901 et des PME qui bénéficient de subventions pour permettre d’assurer, selon le cas, leur fonctionnement ou leur restructuration, un journal quotidien – par définition vital à la « bonne gouvernance » d’un pays démocratique – mérite, par suite, de recevoir le concours des pouvoirs publics lorsqu’il rencontre des difficultés susceptibles de mettre en cause son existence. Par suite, notre « Tribune libre » indiquait que, pour repartir sur des bases nouvelles tout en conservant sa version « papier » traditionnelle à laquelle les lecteurs demeurent attachés, le Jir devait pouvoir compter sur le concours financier de la région de La Réunion – désormais déclarée chef de file incontesté en matière économique en 2015 – et de son Président Didier Robert. Faut-il à ce sujet rappeler que lorsque les banques ont connu un état de faillite de nature à conduire le monde au bord du gouffre, elles ont été massivement renflouées par les États ? Si les pouvoirs publics peuvent venir au secours des banques qui ne sont pas des entreprises particulièrement philanthropiques, a fortiori ont-ils l’impérieux devoir d’intervenir afin de faire repartir d’un bon pied un grand quotidien régional.

C’est dire que les soutiens financiers opportunément programmés par la région de La Réunion pour permettre une seconde naissance ou renaissance du Jir et faire vivre au jour le jour la démocratie au plan régional sont à tous égards les bienvenus. Mais ces soutiens devront également et logiquement bénéficier aux autres organes de la presse écrite qui traversent – au plan régional comme au plan national (c’est un secret de Polichinelle) – des turbulences économiques sans précédent. Concrètement, l’aide des pouvoirs publics devra également être accordée avec la même intensité et pour les mêmes raisons au journal « Le Quotidien de La Réunion » qui est lui aussi aujourd’hui en difficulté.

André Oraison