Médias

Radio-Est-Réunion (RER) : plus robertiste que Didier Robert ?

Geoffroy Géraud-Legros / 30 avril 2010

À la grande surprise des auditeurs, une radio bien connue pour ses liens directs avec le dirigeant du PS au Conseil régional s’est lancée dans une véritable diatribe anti-tram-train.

Hier, Radio-Est s’est livrée à un bien étrange exercice. Réagissant à la conférence de presse tenue par le mouvement Nou vé nout tram, l’animateur vedette du média de l’Est s’est livré à une attaque en règle contre les revendications émises par son porte-parole, Krishna Damour, accompagné de Jean-Hugues ratenon (Agir pou nou tout’), Gilles Leperlier (Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion), et des syndicalistes de Vigilance terrassiers Réunion, (VTR), Hermann Élise et Gérald Orlando.

Initiative citoyenne ? Connaît pas…

Première cible de Radio-Est, l’argument développé par les partisans du tram-train selon lequel une large part de la population est favorable au développement du transport ferroviaire à La Réunion. Une affirmation que les militants du collectifs et ceux qui les ont rejoints fondent pourtant sur de nombreux éléments : sondages d’opinion, qui ont tous plébiscité cette infrastructure, sentiments recueillis sur le terrain… De nombreux jeunes, de travailleurs, de chômeurs, ont exprimé à plusieurs reprises l’espérance dans le tram-train, qui permettrait de désenclaver ceux qui ne peuvent s’offrir une voiture où acquitter les frais considérables d’un permis de conduire. Cela importe peu aux politologues de Radio-Est, pour qui, une « élection » ayant eu lieu, la messe est dite, et le tram-train est désormais hors-jeu. Faut-il croire que pour l’animateur de la radio de l’Est, tout le destin des transports à La Réunion est déterminé par un résultat électoral, sans que l’initiative citoyenne et les mobilisations aient leur mot à dire ? À la veille d’un 1er Mai dirigé contre la politique de destruction de l’emploi et la casse des retraites, les syndicats apprécieront.

Les voix socialistes s’ajoutent-elles à celles de l’UMP ?

Décidément en veine d’analyse politique, l’animateur de RER a estimé que l’opposition au tram-train recueillait « 65% » des suffrages. Il semble donc tout naturel au journaliste d’ajouter le score réalisé par la liste La Réunion en confiance de Didier Robert à celui des socialistes emmenés par Michel Vergoz. Une déclaration stupéfiante à plusieurs titres : tout d’abord, le Parti socialiste a répété tout au long de la campagne qu’il était favorable au principe d’un tram-train dans notre île. La première secrétaire du Parti, Martine Aubry avait elle-même exprimé son soutien total aux grands travaux lancés par Paul Vergès lors d’une visite rendue à La Réunion le 14 février dernier. De plus, depuis l’élection du 21 mars, les Conseillers régionaux PS et leur alliée MRC ont affirmé leur appartenance à l’opposition. Sans apprécieront-ils eux aussi d’être rangés dans le camp de Didier Robert par l’émission de RER…

Ce qui a échappé à Michel Vergoz

Une telle prestation sur RER laisse perplexe : ce média n’est-il pas la caisse de résonnance du chef de file du Parti socialiste au Conseil régional ? Chacun sait en effet que Michel Vergoz y officie lui-même sous le pseudonyme de "Patrick" ; l’ancien élu de Sainte-Rose est bien connu pour y avoir assuré d’impressionnants marathons radiophoniques. Le dirigeant du PS a donc plus que ses entrées dans la radio de l’Est. Difficile, dès lors, de comprendre que les antennes de "Patrick" développent aujourd’hui un argumentaire plus droitier encore que les discours tenus par Didier Robert lui-même. Sans doute, ces propos auront-ils échappé à Michel Vergoz...

Geoffroy Géraud-Legros


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