Médias

"Témoignages" « porteur des valeurs républicaines »

Questions aux amis de "Témoignages"

Témoignages.re / 26 mars 2013

Nous avons posé quelques questions aux amis de “Témoignages” sur les difficultés que rencontre notre journal. Voici la contribution de Jean-Paul Ciret, de Saint-André.

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Que représente "Témoignages" pour vous ?

Même si je ne suis pas né à La Réunion, "Témoignages" a compté et compte toujours énormément dans ma vie. Pour l’anecdote, j’ai le même âge que le journal et nous sommes nés tous les deux à un moment de l’année 1944 où il faisait bon sentir, en France, le parfum du retour de la Liberté. Sans doute était-ce un peu moins vrai ici, à La Réunion, dans l’atmosphère de la colonie et après la très dure épreuve du cyclone d’avril 1944, mais, quelque part, le docteur Vergès a compris que c’était le bon moment pour fonder un journal qui serait ici, pour le peuple réunionnais, porteur des valeurs républicaines à travers sa devise d’organe de « défense des sans défense ».

Cela dit, je n’ai découvert "Témoignages" qu’après mon arrivée à La Réunion en 1969 ; je savais qu’il existait un journal du Parti Communiste Réunionnais, mais dans la notice d’information remise aux VAT, dont j’étais, les services du Ministère de l’Outre-mer avaient bien pris soin de ne pas le mentionner, alors que les autres journaux, tous hebdomadaires, à part le JIR, étaient tous soigneusement cités. C’était déjà un signe sur l’ambiance de l’époque !... Je me souviens avoir acheté mon premier numéro à la Librairie de la Frégate, rue Labourdonnais, tenue par Cécile et Jean-Baptiste Ponama, à la suite de quoi je me suis rapidement abonné, par l’intermédiaire de… René-Paul Victoria qui habitait le quartier de Rivière du Mât les Hauts et connaissait bien le diffuseur de "Témoignages". Ensuite, dès que j’ai commencé à militer au Parti en 1971, je me suis progressivement investi dans le journal avec les conseils et les encouragements d’Ary Payet, mais il n’est pas nécessaire d’en dire plus, sauf que j’ai dû à partir de 1996, réduire puis suspendre mon implication à cause de problèmes de santé, et ce jusqu’à une date très récente.

Quel est pour vous l’apport de "Témoignages" à La Réunion ?

Au début des années soixante-dix, lire "Témoignages" était indispensable, même dans son format de l’époque réduit à un recto-verso, si l’on voulait savoir, tout d’abord, et comprendre ensuite, ce qui se passait à La Réunion. Il faut savoir que les autres journaux, à de rares exceptions près, limitées en nombre et en fréquence, sans parler de l’ORTF (radio et télévision) de pitoyable souvenir, pratiquaient un véritable « black out » sur la vie réunionnaise. Je citerai deux exemples significatifs parmi beaucoup d’autres qui devraient faire réfléchir certains donneurs de leçons d’aujourd’hui.

Le 20 décembre faisait l’objet d’un silence absolu : c’était dans "Témoignages" seul qu’étaient évoquées et traitées l’abolition de l’esclavage et les petites fêtes encore modestes organisées en cette occasion par les sections du Parti. Quant au 10 décembre 1967, journée tragique et honteuse s’il en fut dans l’histoire politique de Saint-André, seul un hebdomadaire a vaguement mentionné « quelques incidents ». J’ai découvert cela en travaillant plus tard aux Archives sur tous les journaux de décembre 1967 existant à cette époque. Seul "Témoignages" avait bien sûr parlé de cette journée et des jours suivants où les nervis saint-andréens du Docteur Dubard avaient quasiment interdit, dans les faits, aux militants et sympathisants communistes d’assister aux obsèques d’Edouard Savigny. Et tout était à l’avenant. On ne parlait du PCR et de ses dirigeants que pour les calomnier et les insulter. Il fallait donc lire "Témoignages" pour être simplement informé de certains événements. Je ne parle même pas de l’analyse que l’on pouvait en faire !

Ensuite, les choses ont peu à peu évolué et le paysage médiatique actuel n’a plus grand-chose à voir avec ce qui existait dans les années soixante-dix, sauf sur un point : la tentation permanente de taire les initiatives du PCR et des instances qu’il dirige - cf certains silences des radios et télés encore aujourd’hui – ainsi que les déformations malhonnêtes ou les mensonges, n’ayons pas peur des mots, sur ses objectifs. Quant aux insultes, il suffit de se référer à la campagne des Régionales de 2010 à l’égard de Paul Vergès et de sa famille et au comportement de prétendus "journalistes" à cette occasion ; ou encore, d’une certaine façon, à l’insulte faite à l’intelligence réunionnaise et citoyenne à l’occasion de certaines revues de presse… C’est pourquoi, en dépit de certaines erreurs et insuffisances, l’existence de "Témoignages", au-delà des principes, me paraît indispensable, voire vitale.

Comment réagissez-vous face aux difficultés de "Témoignages" ? Que pensez-vous ?

Malheureusement, ces difficultés ne me surprennent pas. Outre les raisons déjà avancées par les amis du journal qui m’ont précédé et sur lesquelles il n’est pas utile d’insister, je voudrais surtout faire remarquer combien la liberté de la presse n’est pas seulement une question juridique et administrative – et sur ce point avec ses quarante et quelques saisies dans les années soixante, "Témoignages" sait de quoi il retourne – mais aussi et surtout une question économique et financière, en particulier lorsque l’on est un journal militant qui n’hésite pas à afficher des opinions allant à contre-courant des idées dominantes qui sont toujours celles des classes dominantes, largement orchestrées non seulement dans les autres médias proprement dits, mais encore dans tout ce courant idéologique, véritablement débilitant, alimenté par trop d’émissions radiophoniques et télévisées dont les auteurs devraient avoir honte !

Ajoutons aussi à cela le déficit démocratique effroyable des mentalités dans une partie importante de la classe politique réunionnaise : qu’une instance élue de la République comme le Conseil régional se refuse à inviter "Témoignages" à ses points-presse, lui refuse ses avis officiels, comme c’est aussi le cas, hélas, de la plupart des mairies et structures intercommunales apparaît accablant. En dehors de celles administrées par le PCR pour les premières, de la CINOR et du TCO pour les secondes, les mairies de « droite » comme celles dites de « gauche », à de très rares occasions près, ignorent "Témoignages". Le cas de Saint-André mérite que l’on s’y arrête : cette mairie que certains disent de « gauche » n’a même plus un seul abonnement à "Témoignages", alors que Jean-Paul Virapoullé avait toujours tenu à ce que la mairie qu’il administrait soit abonnée au journal du PCR ! Voilà des éléments qui en disent long sur l’état d’esprit « démocratique » qui anime la société politique réunionnaise !

Cela dit, la société réunionnaise a changé et pour diverses raisons, dont certaines relèvent sans doute en partie de sa responsabilité, "Témoignages" n’a pas été en mesure de se donner les moyens de s’adapter à cette évolution. Je ne suis pas de ceux qui seraient prêts à transiger sur les références du contenu, mais je pense qu’il conviendrait d’être plus proches des préoccupations quotidiennes, d’y proposer des réponses, en sachant se faire bien comprendre, sans facilités ni complaisances, sans rien éluder, en n’ayant pas peur de prononcer le mot « effort » ni de montrer les exigences de la Liberté. Il est souhaitable que les sections s’engagent pour donner davantage à voir la vie des quartiers et de leurs habitants. Pour autant, il ne faudrait pas renoncer à des analyses plus globales et à plus long terme comme sur le changement climatique ou la crise financière, économique, sociale, culturelle du système capitaliste, mais il me semble nécessaire de bien les maîtriser pour les rendre accessibles et intelligibles au plus grand nombre, sans avoir besoin de recourir à un bagage universitaire.

C’est assurément une tâche énorme qui interpelle tous les communistes et les sympathisants, quoique dans l’immédiat, l’essentiel réside dans la survie du journal et au-delà, de l’expression de tout le courant d’idées qu’il représente, pour nous ici à La Réunion, mais aussi dans tout l’océan Indien, comme vient de le rappeler fort justement notre ami chagossien, Olivier Bancoult. Sans quoi il ne saurait y avoir de véritable avenir pour la liberté et la dignité du peuple réunionnais seulement accessibles, à mon sens, à travers l’objectif que proposent "Témoignages" et le PCR : un développement durable véritable, économique, social, culturel, démocratique et surtout soucieux des enjeux écologiques constitués par la préservation, dans ses aspects aussi bien physiques qu’humains, de la merveilleuse géographie réunionnaise.

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