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"Témoignages" solidaire des jeunes chômeurs de La Possession et de Roland Robert

Patrick Corré a dépassé sa mission de syndicaliste

Témoignages.re / 27 avril 2013

Solidaire des jeunes chômeurs de La Possession et de Roland Robert insulté par un syndicaliste, "Témoignages" a publié un article dans ce sens. Cela a suscité des réactions.

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Après la parution de son édito relatant les faits mercredi devant la Mairie de La Possession, "Témoignages" a reçu deux communiqués et une lettre de lecteur. Nous les publions ci-après avec l’article en question. Et nous voulons préciser la chose suivante.

"Témoignages" a une longue tradition de luttes aux côtés des syndicats. De l’époque de la répression jusqu’à aujourd’hui, il a toujours agi dans ce sens, malgré les coups durant une période où le simple fait de revendiquer pouvait conduire en prison.

Mais quand un syndicaliste, Patrick Corré, se permet de traiter un de nos élus de « voyou » et de « nervi », nous pensons qu’il a dépassé le cadre de sa mission syndicale. Et dès ce moment-là, il doit assumer ses responsabilités personnellement devant l’opinion.

Que personne ne vienne nous faire des leçons de morale sur ce sujet.

Les dérives ne viennent pas de notre part, nous sommes solidaires des jeunes qui n’ont pas de travail, nous sommes solidaires de Roland Robert qui a été traité de « voyou ».

Libre à des personnes de soutenir Patrick Corré, l’histoire tranchera, car il ne peut pas se couvrir de sa mission syndicale pour traiter un élu de voyou.

Ce que Patrick Corré, sous couvert de mission syndicale, a déclaré devant de jeunes chômeurs :

« Ce sont des méthodes de gangster (…), ce sont des méthodes de voyou. Ça ne nous étonne pas de Roland Robert ».

(Source : "Le Quotidien" du jeudi 25 avril)

Communiqué de la CGTR

« La CGTR apporte sa solidarité à Patrick Corré attaqué de façon inadmissible par “Témoignages”. Cette volonté d’opposer les "riches" (ceux qui touche 3.000 euros et plus pour ce journal !) aux "pauvres" relève du populisme et de la démagogie. Elle divise et nous interpelle sur la conception de ce journal de la revendication salariale qui serait indécente.

Cet article évacue le vrai problème posé (rythme scolaire) au profit de l’exploitation d’une situation de crise de l’emploi pour diviser. C’est là un jeu dangereux dans une situation aussi tendue. Gardons-nous en.

Ivan Hoareau  ».

Communiqué du SAIPER

« Le SAIPER apporte son soutien à Mr Patrick Corré de la CGTR Educ’action qui a été jeté dans la boue dans un article de “Témoignages”. Les adjectifs employés sont ignobles et très graves.

Nous rappelons que la manifestation qui s’est déroulée à La Possession mercredi 24 avril devant la Mairie était une action organisée par l’intersyndicale et avec un collectif de parents large et donc que nous dénonçons les propos accusant seulement Mr Corré comme étant le seul responsable de ce rassemblement.

De plus, le SAIPER regrette fortement que la Mairie manipule les jeunes. La question de l’emploi des jeunes est trop grave à La Réunion pour en faire une question personnelle.

Pour le SAIPER

Cécile CHEZE  ».

Lettre de lecteur

« C’est un syndicaliste "apprenti sorcier" et j’apporte mon soutien total et sans réserve aux jeunes chômeurs de La Possession, car l’Eldorado ne durera pas éternellement pour ceux qui bénéficient d’une sur-rémunération et qui, sous prétexte de revendications syndicales corporatistes, veulent priver d’emploi des jeunes Réunionnais qui veulent participer au développement de notre pays avec dignité par le travail.

Jean-Yves Ananélivoua  »

Notre édito d’hier

Et ou, combien ou gagne ou ?

Hier matin, Patrick Corré est venu monter une grossière provocation devant la Mairie de La Possession. Sous prétexte de protester contre la mise en place de la réforme des rythmes scolaires dès la nouvelle rentrée, il a montré sa haine des plus pauvres. Sa revendication aurait privé des jeunes chômeurs d’un contrat qu’ils peuvent prétendre à la rentrée prochaine. C’est un exemple de confrontation de classes dans la société réunionnaise.

À l’origine, il y a la décision du ministre de l’Éducation Peillon de faire travailler une demi-journée de plus, soit le mercredi, soit le samedi. Cela provoque des dépenses supplémentaires, notamment en personnel et en transport. Les maires se plaignent d’être pris en étau, d’une part, par la politique d’austérité et de réduction des dépenses publiques, d’autre part, par les préconisations du ministre qui provoquent des dépenses par millions d’euros. Pour accélérer la mise en place du dispositif, le gouvernement accorde une subvention conséquente aux communes qui démarre dès la rentrée 2013.

Si Patrick Corré avait voulu être un syndicaliste conséquent, il aurait réuni la communauté éducative et la Collectivité dans un combat commun contre une décision gouvernementale appliquée sans concertation, qui pénalise tout le monde. Les communes n’ont pas le choix : c’est soit 2013, soit 2014. En choisissant la rentrée 2013, le Maire Roland Robert agit en bon gestionnaire, car il partage les charges avec le gouvernement. Patrick Corré préfère s’attaquer au maire de La Possession. Il divise le camp des victimes et se montre complice de la décision injuste du ministre. On nage en plein paradoxe. Si des enseignants et des parents sont mécontents, qu’ils s’adressent donc au gouvernement ou aux services de l’État.

La grossière provocation s’est heurtée à la volonté des jeunes de La Possession qui voient dans la mise en place de ce dispositif un moyen d’avoir un emploi, dès le mois d’août prochain. Et, dans le contexte actuel du chômage à La Réunion, ils ont défié le syndicaliste et déjoué sa manœuvre. Totalement découvert, il finit par insulter Roland Robert. Son objectif a été atteint ! Il en est content même.

Cependant, au-delà de la provocation, les échanges avec le groupement de jeunes sont riches de sens. L’un des jeunes a demandé au responsable syndical : « Et ou, combien ou gagne ? ». Le représentant de la classe dominante a refusé de répondre tellement il avait mauvaise conscience d’annoncer 3.000 euros. En face des jeunes qui peinent à trouver un travail, et qui s’attendent à un contrat précaire, il a eu quelques scrupules à déclarer une paye sur-indexée qui le place dans la catégorie des 10% les plus riches.

C’est la première fois qu’il se heurte à ceux qui souffrent réellement et qui lui donnent mauvaise conscience.

J.B.
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