Médias

Terreur et ignorance

Témoignages.re / 12 janvier 2015

Dans les années 60, Hara-kiri, « l’ancêtre » de Charlie Hebdo paraissait mais ne devait pas être exposé en devanture comme les autres journaux. Je l’achetais chez un buraliste qui me le gardait et me le remettait discrètement quand j’arrivais. Nous retrouvions avec plaisir, Reiser et le petit garçon qui portait les bouteilles de vin de son papa alcoolique, les croquis de Gébé, Wolinsky bien sûr et ses obsessions, le grand Duduche de Cabu, Delfeil de Ton et ses chroniques, les élucubrations du professeur Choron, les textes de Cavanna, Siné et ses jeux de mots en dessin… et certainement bien d’autres que j’ai oubliés, c’était il y a bien longtemps. Puis à La Réunion nous avons eu de nouvelles lectures et par la suite Charlie Hebdo n’en faisait pas vraiment partie.

Comme l’ont dit beaucoup de personnes, peu importe qu’on aime ou pas ce journal satirique, c’est la liberté de presse qui a été assassinée, c’est cette liberté que nous devons défendre.

Des dessins font si peur qu’ils permettent à des fous furieux de prendre les armes pour tuer des êtres humains, des hommes et des femmes qu’ils ne connaissent pas et qui ne leur ont rien fait.
L’attentat contre Charlie Hebdo est du même type que ceux contre les fillettes scolarisées au Nigéria, les enfants pakistanais, fauchés dans leurs écoles par des fous furieux du même acabit.
Les dessins font peur, l’instruction fait peur, car elle permet de réfléchir et de remettre en cause des interdictions qui n’ont rien à voir avec des principes religieux. L’intégrisme se nourrit de l’ignorance et veut l’installer pour mieux régner.

Enfin, il me semble injuste de ne parler beaucoup que de ceux qui sont célèbres. N’oublions pas la jeune policière, les policiers qui gardaient le journal et ces malheureux otages qui, partis faire des courses dans un magasin ne sont jamais rentrés chez eux pour retrouver leur famille.
Non seulement nous devons défendre la liberté de parole et de dessin mais l’école pour tous, garçons et filles, dans tous les pays. Des écoles où il faudrait apprendre en plus des disciplines scolaires,
la tolérance et le respect de l’autre, ce qui empêcherait certains de se prendre pour le vengeur suprême qui a le droit de vie ou de mort sur autrui.

Marylène Berne


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