19 août 2010
Un véhicule de police absurdement en patrouille dans une rue piétonne où l’on se presse pour les derniers achats de rentrée, au moment où 4.000 fidèles sortent de la mosquée, le premier vendredi de ramadan. Des passants bousculés, des policiers ombrageux qui cognent avant de parler, arrêtent sommairement un homme, sortent les tasers et arrosent la foule de lacrymogènes.
L’évènement a tout de la bavure ; mais il prend un sens bien plus profond en ces temps ou l’obsession sécuritaire s’impose sous la forme d’un véritable système.
Course à la “flexibilité”, coupes dans les dépenses sociales, aide à la destruction d’emplois : ces choix politiques font du pouvoir le premier responsable de la montée du chômage et de la précarité, terreau de toutes les violences. À cette décomposition bien réelle des rapports humains, les gouvernants opposent une répression chaque jour plus brutale... qui ne résout rien et ne convainc pas la population. Le glissement vers le tout sécuritaire s’accompagne de la stigmatisation de groupes entiers, dont les gens du voyage et les Musulmans de France sont les premiers à faire les frais.
En France continentale, obsession du chiffre et du faciès conditionnent le comportement des forces de l’ordre, dont certains représentants se sentent au-dessus des lois républicaines qu’ils sont censés faire respecter. Et c’est bien ce contexte qui pèse sur les causes et les conséquences de l’arrestation musclée d’Habdul-Hack Juan.
La réaction manifestement disproportionnée des policiers rue Maréchal Leclerc — tire-t-on les armes et les lacrymos en plein centre-ville simplement parce que le ton monte ? — est couverte avec arrogance par la hiérarchie policière. Les déclarations du commissaire divisionnaire, qui associent « naturellement » ramadan et risque de troubles montrent en outre que les préjugés ne sont pas étrangers à l’affaire. Bref, la tension sécuritaire et raciale imposée par le gouvernement à 10.000 kilomètres produit ses effets dans notre île. Et il suffit de jeter un œil à l’Internet pour voir que BON nombre de ceux qui relaient cette haine d’importation ne connaissent ni ne respectent la culture et la société réunionnaises. Comment réagir ? “Casser du flic” ne servirait de rien. C’est la greffe de tout un système étranger à nos valeurs qu’il nous faut rejeter.
G.G.-L.
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