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Centenaire de la naissance de Léon de Lépervanche
29 novembre 2007, par

Sortir son peuple de l’impasse de la misère coloniale, c’était l’objectif de Léon de Lépervanche. Avec Raymond Vergès et le rassemblement des progressistes réunionnais, Léon de Lépervanche a mis en application un mot d’ordre issu des luttes des années trente pour aboutir à l’abolition du statut colonial le 19 mars 1946. C’est un enseignement considérable que nous apprend l’Histoire de La Réunion : les Réunionnais sont capables de se rassembler pour sortir leur pays de l’impasse en faisant triompher une solution réunionnaise.
« On a organisé le silence sur l’Histoire, les Réunionnais n’ont toujours pas conscience de l’importance de la date du 19 mars, une date historique qui bénéficie à l’ensemble des Réunionnais. Tout ce qui protège les plus pauvres découle des luttes menées dans les années 30 et de la loi votée en 1946. Nous sommes les héritiers d’une lutte, portée par ceux qui se sont battus pour procurer un minimum social partout dans l’île », indique en substance Paul Vergès.
La vie de Léon de Lépervanche et l’héritage des luttes menées par un large rassemblement réunionnais, pour remettre en cause la structure coloniale de la société en appliquant un mot d’ordre réunionnais, sont en effet des pages d’Histoire riches en enseignements pour les luttes à venir. Celles qui doivent placer La Réunion sur le chemin du développement. Mais ces épisodes ne font pas partie de l’Histoire que l’on enseigne aux jeunes Réunionnais. Ce manque a un résultat : il fait croire au jeune Réunionnais qu’il n’a pas d’Histoire, et quand arrive l’âge adulte, il n’a pas de repères.
Avoir « une perspective d’avenir »
C’est un public nombreux mêlant des vétérans et des jeunes qui a participé hier à un rassemblement commémorant un double événement. Il s’agit d’une part du centenaire de la naissance de Léon de Lépervanche, cheminot, vendeur de manioc puis maire du Port et député, auteur avec Raymond Vergès de la loi du 19 mars 1946, le texte qui a permis de sortir La Réunion de la misère coloniale. D’autre part, c’est l’anniversaire de la Libération de La Réunion du joug pétainiste. Le 28 novembre 1942, les Portois prennent les armes lors de l’arrivée du contre-torpilleur Léopard des Forces françaises libres. Plutôt que d’attendre le débarquement des troupes, ils prennent l’initiative de la lutte, conduits par Léon de Lépervanche, « parce qu’ils avaient une perspective d’avenir », rappelle Paul Vergès.
Présidée par Jean-Yves Langenier, la grande leçon d’Histoire d’hier organisée à la Halle des Manifestations voit se succéder à la tribune tout d’abord Eugène Rousse. L’historien revient sur les moments importants de la vie de Léon de Lépervanche et sur le contexte de ses combats. Fabien Lanave et Roland Robert interviennent ensuite en tant que grands témoins. Ils reviennent sur des moments partagés avec l’ancien maire du Port.
Elie Hoarau tire ensuite différents enseignements des luttes de Léon de Lépervanche : un Réunionnais qui a su rassembler pour faire triompher une cause juste, tout en puisant ses idées dans le communisme.
Une solution imaginée par les Réunionnais
Paul Vergès conclut la réunion. Témoin de l’époque des luttes des cheminots, de l’organisation des travailleurs pour faire aboutir leurs revendications, le président de la Région revient sur un aspect essentiel.
Au moment où La Réunion était confrontée à l’impasse de la misère coloniale, les travailleurs se sont rassemblés. Ils ont construit un mot d’ordre pour sortir de cette situation sans se référer à aucun modèle existant : La Réunion département. Au lendemain de la guerre, ils se sont donnés les moyens de concrétiser cette solution réunionnaise en élisant deux députés, dont un jeune de 38 ans, Léon de Lépervanche. Ces deux parlementaires ont déposé une proposition de loi allant dans ce sens. Léon de Lépervanche et Raymond Vergès ont ensuite convaincu toute la classe politique française d’adhérer unanimement à ce mot d’ordre. La loi abolissant le statut colonial à La Réunion a été ensuite votée à l’unanimité, et promulguée le 19 mars 1946.
À partir de ce vote, La Réunion a commencé à se transformer. L’égalité sociale a pu devenir une réalité, une de ses conséquences est la garantie d’un minimum social pour les plus démunis.
Aujourd’hui, La Réunion est confrontée à une autre impasse. Le chômage massif, le manque de logement et la perspective du million d’habitants appellent à la recherche de solutions. L’Histoire de La Réunion est là pour rappeler que dans ce contexte, des Réunionnais, et notamment des jeunes, ont su créer les conditions d’un large rassemblement autour d’une solution réunionnaise sans attendre les propositions venues de France.
L’exemple de Léon de Lépervanche souligne que nous avons pu conquérir l’égalité et la liberté par nos propres forces. Face à nos défis, cet enseignement de l’Histoire de La Réunion doit faire partie de toutes les consciences, et notamment celle des jeunes qui prendront la responsabilité dans les années à venir de mener la bataille pour le développement de La Réunion.
Manuel Marchal
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