Sylvestre Lamoly, co-président de l’Interprofession Canne

« On peut faire de nombreux produits à partir de la canne »

30 décembre 2008, par Manuel Marchal

Récemment élu co-président planteur de l’Interprofession Canne, Sylvestre Lamoly fait le point sur quelques chantiers qui attendent la filière canne l’an prochain.

Quelle formation avez-vous suivi pour devenir chef d’entreprise agricole ?
- Après avoir obtenu un BEP en dessin publicitaire, j’ai décidé de me tourner vers la terre et de travailler avec mon père, agriculteur. En 1997, je suis devenu aide familial. J’ai ensuite passé avec succès le BPREA, diplôme de niveau IV. Cela m’a donné la capacité professionnelle pour m’installer en tant que chef d’exploitation.
En 1999, j’ai repris l’exploitation de mon oncle dans le cadre de son départ en préretraite, soit 5 hectares. Trois ans plus tard, j’ai repris celle de mon père. Et aujourd’hui, j’exploite 8 hectares de SAU, en cannes.

Huit hectares de cannes, est-ce suffisant pour vivre correctement ?
- Jusqu’à 2006, c’était possible. Mais depuis, c’est devenu de plus en plus difficile. Le coût des intrants (carburants, engrais...) n’a cessé d’augmenter. Par exemple, en 1997, la tonne d’engrais était à 2.400 F. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus.
Huit hectares de cannes en zone irriguée, c’est encore possible, à condition que les intrants cessent d’augmenter.
Cette hausse des coûts de production menace directement la survie des petits, et compromet l’installation des jeunes.
En effet, on considère qu’un jeune peut s’en sortir s’il s’installe sur 6 hectares en zone irriguée, et 8 hectares en zone non-irriguée. Mais ces barèmes ont été définis avant que le prix des intrants augmente de manière importante. Et aujourd’hui, on ne rentre plus dans ces barèmes.

En tant que co-président de l’Interprofession, quels sont les dossiers qui vous tiennent à cœur ?
- Le gros dossier de l’année prochaine sera le prix de l’engrais. Lors de la précédente rencontre, nous souhaitions arriver à une motion commune de l’Interprofession destinée à la SIER. Nous ne sommes pas parvenus à un accord. Nous avons une réunion aujourd’hui, je souhaite que cela puisse aboutir, afin que tout le monde puisse mettre la main pour arriver à une motion, pour trouver un consensus. Ceci est pour l’immédiat.
Mais si l’engrais n’arrête pas de flamber, il nous faudra trouver d’autres solutions comme développer l’engrais vert. À partir de la canne notamment, nous avons des choses à valoriser, mais il faut faire des recherches.
Je sais qu’à Madagascar, on utilise un engrais naturel produit par les chauve-souris. Pourquoi pas ?
Mais si les engrais continuent à augmenter et si nous ne faisons rien, nous serons face à un mur.

Quelle perspective pour l’avenir de la filière ?
- Il faut savoir comment les choses se passeront après la réforme de 2014. Aujourd’hui, nous avons des garanties, il faut que tous les jours nous luttions pour que ces garanties se concrétisent vraiment.
Mais la canne, ce n’est pas que le sucre. On peut faire de nombreux produits à partir de la canne. Essayons de développer autre chose afin d’anticiper une éventuelle baisse du prix du sucre. Cela demande des recherches pour trouver d’autres valorisations et les exploiter dans l’industrie.
Lors d’un récent voyage à Maurice, j’ai constaté que là-bas, ils produisent de l’éthanol. Ils font aussi pousser de la canne riche en fibres destinée spécialement à la production d’électricité.
Mais en 2009, nous devrons trouver une solution pour faire face au prix de l’engrais. La cendre de bagasse, l’écume, il faut que l’on ait tout cela gratuitement. Aujourd’hui, si nous voulons obtenir ces sous-produits de la canne, nous devons payer le transport.
Et pour la cendre, nous devons payer l’usine, alors qu’elle vient de la bagasse brûlée. Cette cendre est un bon fertilisant qui peut permettre d’économiser de l’engrais.

Propos recueillis par M.M.

Filière canne-sucre-alcools-énergieA la Une de l’actu

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus