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Conférence à l’Université
9 novembre 2004
La conférence donnée fin octobre par Bruno Guigue à l’Université de La Réunion a fait le point sur le conflit israélo-palestinien et sur une situation régionale et internationale, au regard de ce conflit interminable, "qui n’incite pas à l’optimisme" a expliqué le conférencier.
Déjà fin octobre, le conférencier ne se montrait pas optimiste. L’hospitalisation à Paris du président de l’Autorité palestinienne et la soudaine aggravation de son état de santé, jeudi, projettent à nouveau la question palestinienne sur le devant de la scène internationale.
Bruno Guigue (1) avait programmé sa conférence à l’université pour faire le point sur le processus de paix au Proche-Orient, alors que l’actualité dans cette région ne rapportait que des bruits de guerre, des nouvelles des attentats-suicides, sur fond d’érection d’un mur qui crée jour après jour une situation inextricable en introduisant de fait une nouvelle “frontière” au tracé beaucoup plus sinueux que la “ligne verte” qu’il était censé suivre (La ligne verte est la frontière séparant Israël de la Cisjordanie et de Gaza).
Bruno Guigue a examiné les raisons pour lesquelles les accords d’Oslo de 1993 n’ont pas abouti et posé les termes de la question territoriale, telle qu’elle a débouché, après le processus de Genève, sur l’initiative d’une nouvelle carte de la région qu’Ariel Sharon est le seul à avoir condamnée ; "cote mal taillée sans doute, mais vrai compromis dans l’ébauche d’un règlement définitif" a estimé Bruno Guigue.
Ce dernier a insisté sur la présentation tendancieuse faite de cette question par les médias, d’une façon générale. "Le conflit est le plus souvent dilué, brouillé, biaisé et déformé", a-t-il estimé, ajoutant qu’il "n’incite pas à l’optimisme".
Que faut-il en retenir ? D’abord ce fait peut-être, "motif d’étonnement quotidien" pour Bruno Guigue, qui est la distorsion d’échelle entre la réalité du conflit, dont les protagonistes "négocient sur le terrain au mètre carré près" - c’est-à-dire à une échelle assez réduite - "et son extraordinaire onde de choc mondiale".
Les accords d’Oslo (1993) ratifiés à Washington engageaient les partisans de la paix des deux camps - représentés par I. Rabin et Y. Arafat - dans un processus qui devait aboutir, après une reconnaissance mutuelle et la reconnaissance du droit à un État pour les deux parties, à construire une région en paix.
La machine s’est grippée - torpillée par les extrémistes des deux camps - et le processus de paix s’est transformé en "marché de dupes", tandis que la colonisation israélienne se poursuivait dans les territoires occupés.
Si Arafat est devenu entre-temps président de l’Autorité palestinienne, il incarne plus que jamais l’errance d’un peuple en quête d’un État et d’un territoire qui soit autre chose qu’un chapelet de bantoustans.
Le fait majeur occulté par les médias dans la situation présente, selon Bruno Guigue, est que l’évacuation de 8.000 colons juifs de la bande de Gaza (la terre historique des Philistins) est "un leurre et un alibi pour la colonisation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie" (région historique de Judée-Samarie).
La réalité de terrain est que le tracé actuel du mur érigé entre Israël et la Cisjordanie "transforme la Cisjordanie en trois bantoustans et ghettoïse Jérusalem, créant une annexion de fait", poursuit Bruno Guigue, après avoir évoqué les violations du droit international depuis 1967 et "la responsabilité historique de l’État occupant".
Ce problème fondamental du territoire et du partage de deux États entre les 8 millions de Palestiniens (éclatés un peu partout dans la région) et environ 6,5 millions d’Israëliens - dont 213.000 colons (2) répartis en près de 150 colonies ou villes (hors Jérusalem) - peut néanmoins évoluer à moyen terme, malgré les blocages actuels, en fonction de deux facteurs :
un fiasco des néo-conservateurs nord-américains au Moyen-Orient,
l’évolution démographique.
La réélection de Georges Bush laisse très peu de marge aux artisans de la paix. Il a été le premier président US à déclarer que "la colonisation de la Cisjordanie est irréversible". Mais ce positionnement peut connaître un revers définitif, dans la mesure où il crée les conditions d’un désordre mondial.
L’autre facteur indique qu’à l’horizon 2050, le rapport démographique dans l’ensemble Israël-Palestine sera de 20% pour les Israéliens et de 80% pour les Palestiniens. Certains veulent y voir un facteur de paix pour la région dans la mesure où, avec une telle disproportion, "l’État d’Israël ne pourrait survivre que s’il renonce à être un État confessionnel et ethnique, pour devenir un État démocratique, non-confessionnel et multi-ethnique", a conclu le conférencier.
Puis un débat s’est engagé entre lui et la vingtaine de personnes présentes, parmi lesquelles il faut noter la coexistence de soutiens à la politique de l’État d’Israël et de soutiens à la cause des Palestiniens, tous également intéressés, voire passionnés par son exposé.
Devant le dernier carré d’auditeurs, Bruno Guigue a estimé qu’il n’aurait "jamais pu tenir une telle conférence en France", en raison du climat d’intolérance qui s’y développe ces derniers temps.
P. David
(1) Auteur de “Le conflit israëlo-palestinien de 1917 à 1947 : l’invisible remords de l’Occident” (L’Harmattan, 1998) et de la “Guerre des mots”. (2) Selon le bureau israélien des statistiques.
Sur le même sujet, le numéro 302 de la revue “Futuribles” (novembre 2004) comporte un article de Jean-Jacques Salomon, intitulé “Un fantasme américain : la démocratie au Grand Moyen-Orient”.
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