Pas si rose que l’on dit

23 octobre 2007

Fadela Amara, Secrétaire d’État à la Politique de la ville, est passée jeter son regard surpris sur le logement à La Réunion. On l’entendra même dire que la situation réunionnaise est bien moins pire que celle vécue dans les banlieues parisiennes. Certes. Mais cela ne dédouane pas les autorités compétentes de leur responsabilité. Le manque de logement, le mal logement sont des réalités. Il nous faut maintenant du changement.

28.000 demandes insatisfaites, plus de 20.000 logements nommés insalubres, cherté des loyers, impossibilité d’accéder à la propriété, bref, la situation réunionnaise est dramatique, quoi que l’on dise. La situation risque d’ailleurs d’empirer, puisque notre île va indéniablement vers le million d’habitants. La verticalisation des constructions de logements devient la règle. Et l’on devra s’attendre à de nouveaux problèmes, liés à une vie en proximité mal gérée. Les spécialistes disent en prendre compte.
Pense-t-on vraiment le logement, pour les Réunionnais, avec les Réunionnais ? De la kaz a tèr, les Réunionnais se sont vite fait à l’idée du clapier, où s’entasse une famille nombreuse. Les Réunionnais attendent de disposer d’un logement plus grand, plus adapté, plus fonctionnel, moins stéréotypé. Certains croupissent dans des logements insalubres. Leurs bidonvilles jouxtent des palaces, voire des instances publiques.
Les politiques assurent de leur engagement pour bannir les logements insalubres de l’île. Pourtant, les chiffres sont là. Entre 1.500 et 2.500 logements sont construits par an, alors qu’il faudrait en moyenne la construction de 9.000 logements pour satisfaire aux besoins de notre île. Il faudrait même un Plan Marshall Logement à La Réunion, destiné à la construction immédiate de 30.000 logements sociaux, suivie chaque année de la réalisation des 9.000 logements nécessaires pour pourvoir d’un toit décent toutes les familles réunionnaises. Quel rêve !

Les Réunionnais en parlent

A la question “que pensez-vous de la venue de Fadela Amara ?”, plusieurs Réunionnais interrogés ont tout simplement déclaré ignorer qui elle était et quelle était sa fonction. A la question “que pensez-vous du logement à La Réunion ?”, les mêmes interrogés relevaient, de concert, la cherté du parc immobilier réunionnais, et surtout la pénurie chronique de logements décents, et à loyer modéré. « Oté, kan té zèn, navé poin problèm lozman komsa. Lé vré nou té dor dan in ti kaz la mizèr, soman lété a tèr, nou lavé nout ti koin po planté, po songn zanimo. Mintnan, marmay i viv dann zimèb, i fo ashté tout. Anplis, in ti dé piès, i kout shèr tou lé moi. Odrémié ankor viv dann in ti kaz an tol i kout pa rien, mizèr oui, mé i abim pa out port-moné », déclare Jean-Claude, 67 ans.
Daniel a 22 ans, il est étudiant à l’Université du Moufia. Sa maigre bourse est quasiment utilisée pour payer son loyer. De 19 mètres carrés. « Après je me débrouille pour le transport, et les repas. Heureusement que mes parents me versent un petit argent de poche. Mais c’est vrai que c’est regrettable qu’il n’y ait pas plus de logements étudiants. Moi, j’étais obligé de me rabattre sur des offres privées par manque de place à la cité universitaire. J’aurais fait des économies », remarque-t-il. D’autres se sont résignés.
« Cela fait deux ans que je bataille pour avoir un logement plus grand, pour mes trois enfants. Là, nous vivons dans un appartement avec seulement deux chambres, une pour les parents, une autre pour les trois enfants. Koman i fé ? Moi j’ai un message pour les décideurs. J’aimerais leur dire de venir habiter dans ces conditions. Ils se bougeraient peut-être un peu plus », lance Michel (41 ans). Alors, entendre que notre situation n’est pas dramatique...

Au moins la loi Besson

On connaît la politique du “y a qu’à”, basée sur le blabla et non sur la réalisation effective. Tant que l’on ne nous propose pas encore une nouvelle loi. Tenez, on parlait même d’une loi Abbé Pierre pour faire prévaloir le droit au logement opposable. Déjà, en 1990, par le truchement de la loi Besson, on préconisait la mise en œuvre du droit aux logements. Depuis, des lois ont, il paraît, apporté des avancées significatives. Alors, elles n’ont pas atteint notre île. Si au moins la loi de 1990 était appliquée, le nombre de demandes de logement aurait baissé. Non, là, chaque année, d’autres familles viennent grossir le nombre déjà conséquent de demandeurs de logement. Reste la piste des marchands de sommeil, comme celui de La Bretagne, qui loue des conteneurs, voire des kaz la misère pour des loyers allant de 300 à 500 euros. A bon entendeur ...

Bbj


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Témoignages - 82e année


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