7 questions à...

« Un accélérateur d’explosion sociale »

Yves Gigan, secrétaire général de la CGTR-Fonction publique territoriale

Geoffroy Géraud-Legros / 25 janvier 2011

Responsable syndical, Yves Gigan explique quelles pourraient être les conséquences de la proposition de loi déposée par un député UMP et visant à restreindre considérablement les effectifs de la Fonction publique.

Yves Gigan, le député UMP Jean-François Mancel a déposé le 13 janvier dernier une proposition de loi qui vise, selon ses termes mêmes, à « réserver le statut de la fonction publique aux agents exerçant une fonction régalienne ». Que vous inspire cette annonce ?

- D’abord, je remarque que le gouvernement agit non seulement unilatéralement, ce qui n’est pas surprenant. Il agit aussi en misouk, car aucun des partenaires sociaux n’a été averti. Pourtant, la proposition Mancel signifierait la disparition du service public, ou presque, puisque près de 80% des effectifs du service public d’aujourd’hui disparaîtraient. Si nous l’avons appris, c’est grâce à la veille de nos camarades. Cette proposition vient après le discours de François Jacob, qui parlait de « l’embauche à vie » des fonctionnaires, ce qui, d’ailleurs, n’existe pas. Après la provocation, c’est l’attaque. Car derrière Jean-François Mancel, il y a le gouvernement et sa volonté de démolir le service public.

Que signifie le terme « d’emplois régaliens »  ?

- La volonté du gouvernement, c’est de sortir de la fonction publique tous ceux qui ne sont ni policiers, ni militaires, ni impliqués dans la justice, comme les magistrats. La conséquence serait catastrophique : tous les emplois publics de proximité, tous les emplois publics de l’éducation, de l’animation, des cantines scolaires, tout cela serait livré au privé.

Quelles conséquences pour ces services et les administrés ?

- Cela voudra dire que ces services seraient, demain, livrés au marché. En d’autres termes, ceux qui ont les moyens auraient accès à l’éducation, à la santé, aux prestations. Les pauvres, eux, n’y auront plus droit, ou n’auront droit qu’à des services au rabais. Peut-on s’imaginer ce que serait un service public à deux vitesses dans un pays comme le nôtre où il y a 52% de pauvres ? Mais je voudrais souligner un autre élément, fondamental : la suppression de ces débouchés de carrière est totalement irresponsable : en pleine crise, alors que le chômage explose, on casse, on détruit des emplois. Des mesures pareilles sont un accélérateur d’explosion sociale dans la situation actuelle.

Y voyez-vous une stratégie délibérée du gouvernement ?

- Oui. C’est évident. Ce gouvernement est un gouvernement ultralibéral, qui a fait le choix idéologique de réduire le service public à presque rien. Mais en revanche, vous pouvez voir que les traders, les banquiers, les hommes d’argent, tous n’ont cessé de s’enrichir depuis le début de la crise. Pourquoi ? Parce que l’État les nourrit d’argent public… aux dépens des citoyens, qui perdent des services publics et financent la bourse grâce à leurs impôts.

Nos spécificités, donc, ne sont pas prises en compte…

- On peut même dire que c’est l’inverse. La Réunion est soi-disant une terre républicaine, où les lois s’appliquent comme dans l’Hexagone. Ce n’est pas la réalité. Dans la réalité, il existe des inégalités de statut. D’ailleurs, on aurait tort de voir une contradiction entre la campagne de lutte contre la précarité dans la fonction publique, sur laquelle communique l’Élysée, le projet de Mancel et les propos de Christian Jacob.

Que voulez-vous dire ?

- La méthode du gouvernement consiste à prétendre régler les problèmes, tout en aggravant les inégalités. Aujourd’hui, on se vante de vouloir faire reculer la précarité dans le secteur public. La solution : remplacer les CDD par des CDI, alors que le principe est celui de la titularisation, qui permet d’intégrer à un service public à vocation neutre et impartiale ceux qui sont chargés de mettre en œuvre l’action publique et les missions de service public. En clair : le gouvernement, sous couvert de bonnes intentions, est en train de contractualiser la fonction publique. Ce que confirment, comme je le disais précédemment, les mesures proposées par les députés Mancel et Jacob. Cela me permet de revenir à votre précédente question : La Réunion subit déjà une injustice, du fait des statuts dérogatoires qui y existent. Mayotte est dans le même schéma aujourd’hui, avec la transformation en département français : on y a instauré un régime dérogatoire, dans le but de ne pas appliquer le statut de la fonction publique. Mayotte et La Réunion sont les têtes de pont de la précarité dans la fonction publique. Nous servons de laboratoire à la politique ultralibérale de ce gouvernement.

Propos recueillis par Geoffroy Géraud-Legros



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  • Monsieur Gigant,
    le CG de la Réunion souhaite recruter 20 Attachés territoriaux contractuels en 2011, afin de les accompagner dans la préparation des concours administratifs. Quel est le sens d’une telle mesure, alors qu’un certain nombre de jeunes lauréats du concours sont déjà inscrits sur liste d’aptitude et en recherche de postes en adéquation avec leurs compétences et leurs diplômes ? De telles mesures incohérentes et injustes ne conduisent-elles pas justement à la précarisation de la Fonction publique que vous dénoncez ? Pourquoi certains jeunes inscrits sur liste d’aptitude ne trouvent-ils pas de postes à la Réunion ? Le recours à des contractuels dans la Fonction Publique Territoriale, au mépris bien souvent de la réglementation et des valeurs républicaines, ne signifie-t-il pas que nous acceptons, sous couvert de "préférence régionale" notamment, des recrutements affinitaires et clientélistes ? Quelle est la position de la CGTR et de l’Alliance sur cette question ?
    http://www.facebook.com/pages/Attaches-reunionnais-sur-LNA/125910454138096

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