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15 mars 1959 : les fraudeurs tirent sur le peuple de Saint-Denis

Le crime contre la démocratie à La Réunion

Manuel Marchal / 15 mars 2011

Ce 15 mars 1959, le peuple de Saint-Denis se rend aux urnes en masse pour désigner ses nouveaux dirigeants. 13 ans après la dissolution par le gouverneur de la municipalité dirigée par le Docteur Raymond Vergès, le choix du peuple est très clair : il décide de confier la direction de la Mairie à l’équipe conduite par Paul Vergès. Mais les fraudeurs décident de tirer sur le peuple de Saint-Denis pour changer le résultat des élections. Avec l’appui du préfet Perreau-Pradier représentant l’État, c’est le crime contre la démocratie.

Héliard Laude assassiné, Antoine Baïkiom gravement blessé, Paul Vergès laissé pour mort sur un trottoir devant l’Hôtel de Ville : l’élection municipale du 15 mars 1959 a atteint un degré de violence inouïe. Les fraudeurs se sont déchainés et ont tiré sur le peuple de Saint-Denis, rassemblé pour se faire respecter.
Le début du scrutin a lieu pourtant dans un climat conforme à des élections démocratiques. Les premiers dépouillements ont lieu dans le même esprit. Ils confirment le résultat des législatives de 1956, avec la liste progressiste loin devant. Il faut rappeler qu’en 1959, 13 ans après l’abolition du statut colonial, l’égalité inscrite dans la loi est loin d’être réalisée. Les seuls qui luttent pour l’application de cette égalité sont les progressistes rassemblés notamment dans la Fédération communiste.
Le peuple de Saint-Denis participe pleinement à cette lutte. En 1945, il a décidé d’élire à la tête de municipalité le Docteur Raymond Vergès. Quelques semaines après le vote de la loi du 19 mars 1946, le gouverneur trouva un prétexte pour dissoudre la municipalité de Saint-Denis. Malgré ce coup de force, le peuple n’a pas lâché et 13 ans plus tard, il est en position de faire triompher ses candidats.
À l’époque, Saint-Denis comptait 22 bureaux. Après le dépouillement de tous les bureaux situés en centre-ville, à Sainte-Clotilde, et à La Montagne, la liste conduite par Paul Vergès avait 6.858 voix, soit 1.736 voix de plus que la liste Lagourgue-Macé en seconde position. Trois listes étaient en concurrence au second tour, et il était impossible que la liste progressiste puisse perdre une telle avance. Les trois derniers bureaux se situaient à La Bretagne et dans les écarts de Saint-François et du Brûlé.
Alors le soir venu, les fraudeurs sont passés à l’action et ont changé le résultat de l’élection avec la complicité du préfet Perreau-Pradier et de l’administration. Face à la révolte du peuple de Saint-Denis, ils tirent dans la foule. Héliar Laude, 17 ans, est mortellement touché. Antoine Baïkiom, 15 ans, est gravement blessé. Paul Vergès sera laissé pour mort sur un trottoir devant la Mairie par les hommes de main des fraudeurs.
Deux mois plus tard, la Fédération communiste devient le Parti communiste réunionnais et une nouvelle ligne est adoptée. Grâce aux luttes menées par les démocrates avec le PCR, la fraude électorale commence à reculer à partir de 1970.
52 ans après le crime contre la démocratie perpétré à Saint-Denis, la vigilance reste de mise. Des faits récents dans l’actualité rappellent que les vieux réflexes sont toujours là. C’est notamment le cas de l’utilisation des emplois-verts à des fins électorales qui est une violence infligée à la dignité du Réunionnais.

Manuel Marchal


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