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18 jeunes Martiniquais face à la répression

50è anniversaire de l’action de l’OJAM

Manuel Marchal / 21 décembre 2012

C’était il y a 50 ans en Martinique, des jeunes ont décidé de passer à l’action. Leur mot d’ordre était "La Martinique aux Martiniquais", et ils allaient coller leur manifeste dans tout le pays. Tout comme Paul Vergès, les 18 Martiniquais de l’OJAM ont été inculpés d’atteinte à la sûreté de l’État pour avoir milité pour l’autonomie. 50 ans plus tard, l’autonomie est un cadre accepté par les partis de l’alternance en France.

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En 1959, les forces de répression tirent sur des manifestants en Martinique : trois morts et des dizaines de blessés. L’émotion est considérable, l’exaspération monte. Elle ne cessera de se maintenir à un haut niveau pendant plusieurs années. Les jeunes s’organisent au-delà des partis politiques. Le mouvement relie ceux qui sont restés au pays et les étudiants partis dans l’émigration. Ils fondent le Front antillo-guyanais pour l’autonomie, qui est dissous par le pouvoir.

Plusieurs anciens de ce mouvement fondent alors l’OJAM, Organisation de la jeunesse anticolonialiste martiniquaise, le 30 septembre 1962.

16 ans après la fin du statut colonial, la structure féodale de la société persistait en Martinique, et la répression de 1959 avait encore accentué les tensions. L’OJAM à la Martinique, comme le PCR à La Réunion, avait constaté que la crise n’était pas qu’économique, mais surtout politique. L’OJAM proposait alors un programme martiniquais pour que les Martiniquais gèrent les problèmes de la Martinique, c’est la revendication d’autonomie. À partir du 19 décembre 1959, les jeunes passent à l’action. Pendant plusieurs nuits, ils collent le Manifeste de l’OJAM sur les murs d’Église, de Mairie et de gendarmerie.

Condamnés pour diffusion de tracts

Quelques semaines plus tard, la répression s’est abattue sur eux. Parce qu’ils revendiquaient l’autonomie de la Martinique, ils ont été inculpés d’atteinte à l’intégrité du territoire et déférés à la Cour de sûreté de l’État. 13 ont été jetés en prison. Ils sont transférés par avion spécial en pleine nuit vers la France et retenus prisonniers à la Santé. Un est libéré. Il reste 12 jeunes incarcérés à la prison de Fresnes, qui dépendent du régime politique, appliqué auparavant aux militants du FLN.

4 obtiennent une liberté provisoire et repartent en Martinique en juillet 1963. Le procès se tient en octobre 1963. L’accusation d’atteinte à l’intégrité de l’État tombe, car l’autonomie n’entre pas en contradiction avec la Constitution, et notamment ses articles 72 et 73 qui concernent le statut des DOM. Les juges condamnent néanmoins 5 jeunes à des peines comprises entre 10 mois et trois ans de prison, estimant que les faits qui leur sont reprochés relèvent du pénal : de la prison pour avoir diffusé des tracts demandant l’autonomie. Puis, tous seront libérés après le procès en appel qui annulera les peines de prison ferme.

Paul Vergès inculpé lui aussi

À la même époque et pour les mêmes faits, Paul Vergès avait été lui aussi inculpé. Il était directeur de "Témoignages" et il a été condamné à de la prison ferme pour délit de presse pour avoir reproduit des articles de la presse parisienne dénonçant le massacre des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961. En 1964, il entra en clandestinité pour poursuivre la lutte pendant plus de deux ans. La condamnation pour délit de presse étant tombée, Paul Vergès décida de se présenter dans le bureau d’un juge.

En effet, durant sa clandestinité, Paul Vergès a été inculpé d’atteinte à la sûreté de l’État pour s’être exprimé en faveur de l’autonomie. Après avoir été entendu par le juge, Paul Vergès est arrêté puis transféré en France. Des milliers de Réunionnais font sauter les barrières autour de Gillot et viennent apporter leur soutien au secrétaire général du PCR qui s’envole vers Paris. Déféré devant la Cour de sûreté de l’État, Paul Vergès est aussitôt libéré. Car l’autonomie n’est pas une atteinte à l’intégrité du territoire de la République.

Aujourd’hui, l’autonomie est acceptée par les partis de l’alternance en France.

Toute la confusion entretenue autour de ce mot d’ordre par les conservateurs a disparu. C’est la prise de conscience au plus haut niveau que le modèle assimilationniste ne peut pas régler les problèmes. Cette prise de conscience, c’est une grande victoire pour le PCR qui se bat depuis sa création pour que les Réunionnais puissent être responsables de ce qui les concerne.

M.M.

Georges Aliker, membre de l’OJAM en France

« Notre revendication portait, ni plus, ni moins sur l’autonomie au sein de la nation française. On nous le refusait à l’époque. Alors qu’aujourd’hui, cette revendication ne fait plus peur » (Source France Antilles)
Les 18 de l’OJAM

Rodolphe Désiré, Renaud de Grandmaison, Henri Pied, Hervé Florent, Marc Pulvar, Joseph “Kokho” René-Corail, Léon Sainte-Rose, Charles Davidas, Roger Riam, Victor Lessort, Gesner Mencé, Henri Armougon, Manfred Lamotte, Guy Dufond, Guy Anglionin, Georges Aliker, Josiane Saint-Louis-Augustin et Roland Lordinot.


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