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19 mars 1946 : La Réunion inscrite dans un grand mouvement de décolonisation

Conférence du PCR sur 71e anniversaire de l’abolition du statut colonial : discours du secrétaire général du PCR -1-

Manuel Marchal / 22 mars 2017

Deux intervenants ont pris la parole dimanche 19 mars lors de la conférence du PCR célébrant le 71e anniversaire de l’abolition du statut colonial. Julie Pontalba a fait un plaidoyer pour un 19 mars célébré. Puis Maurice Gironcel, secrétaire général du Parti communiste réunionnais a présenté l’analyse du bilan de ces 71 dernières années, et des perspectives. De cette analyse découle une ligne : appeler les Réunionnais à se rassembler pour obtenir la responsabilité de décider pour les affaires qui les concernent. Dans la première partie de son discours, le secrétaire général du PCR est revenu sur les conditions qui ont fait qu’à La Réunion, les communistes et les progressistes ont demandé la décolonisation par l’intégration et l’égalité des droits avec le peuple de France plutôt que l’indépendance.

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Julie Pontalba, membre du Comité pour un 19 mars célébré et Maurice Gironcel, secrétaire général du PCR.

Cette conférence de ce matin a comme thème principal la « loi du 19 mars 1946, abolissant le statut colonial ». 71 après, nous ne sommes plus les seuls à dire que le cadre actuel n’est plus adapté.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’ordre politique mondial est complètement bouleversé. Le début du démantèlement des empires coloniaux poussent les pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient à revendiquer leur indépendance.

Après la guerre 1939-1945, durant laquelle de nombreux Réunionnais ont laissé leur vie, La Réunion était dans une situation de misère sociale effroyable.

Le taux de mortalité infantile était un des plus importants des pays du monde.

Le taux moyen de l’espérance de vie n’atteignait pas 50 ans.

La position des communistes et progressistes

À cette époque, La Réunion est aussi une colonie. Quel a été le positionnement politique des communistes et des autres progressistes de notre pays ? Le moment était venu, pour eux aussi, d’inscrire La Réunion dans ce grand mouvement de décolonisation.

En concordance avec nos camarades guadeloupéens, guyanais, martiniquais, le choix politique est, à ce moment-là, l’intégration à la France.

Les conséquences de la guerre sont désastreuses pour les colonies. Les responsables communistes et progressistes réunionnais, martiniquais, guadeloupéens et guyanais revendiquent l’égalité pour permettre à leur peuple de sortir de cette grande misère morale et sociale.

Il fallait exiger du pouvoir colonial l’extension de toutes les lois sociales obtenues par la lutte en France.

Ce choix est aussi la conséquence d’un régime colonial français prônant l’assimilation. À La Réunion, cette tendance est amplifiée par son peuplement, issu d’Europe, de la France, d’Afrique, d’Asie, de l’Inde, des Côtes du Mozambique, de Madagascar et des Comores. Ceci explique que la revendication sociale, en partie, l’a emporté sur l’affirmation identitaire. Cet héritage colonial nous a fait faire le choix de l’égalité avec le colonisateur plutôt que l’indépendance.

Les termes de la loi

Cela a abouti à la loi du 19 mars 1946, portée par Raymond Vergès, Léon de Lépervanche, Aimé Césaire, Léopold Bissol, Gaston Monerville.

Nous célébrons aujourd’hui le 71e anniversaire de cette loi, comme l’a rappelé Julie. Cette loi, votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale française, a mis fin officiellement au statut de colonie de La Réunion et lui a ouvert l’ère de l’égalité en proclamant le droit à l’égalité des droits sociaux pour les Réunionnais — comme pour les Martiniquais, Guadeloupéens et Guyanais — avec ceux de la France.

Nous pouvons rappeler les termes de cette loi, qui comportait trois articles, dont voici la teneur :

  • Article 1
    Les colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française sont érigées en départements français.
  • Article 2
    Les lois et décrets actuellement en vigueur dans la France métropolitaine et qui ne sont pas encore appliquées à ces colonies feront, avant le 1er janvier 1947, l’objet de décrets d’application à ces nouveaux départements.
  • Article 3
    Dès la promulgation de la présente loi, les lois nouvelles applicables à la métropole le seront dans ces départements, sur mention expresse insérées aux textes.

Le choix de nos prédécesseurs était juste. La misère était telle dans nos pays qu’il fallait y mettre un terme le plus rapidement possible. Dès le début, cette loi a apporté des fruits et a contribué à améliorer le sort de nos populations : sur le plan de la santé, du logement, des infrastructures, de l’éducation, notamment. Et cela grâce aux luttes menées par les Réunionnaises et Réunionnais. Des luttes menées notamment par les communistes réunionnais.

(à suivre)



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  • Accepter d’être départementaliste c’est aussi reconnaitre que cette loi du 19 mars 1946 a été proposée par des progressistes et des communistes réunionnais. Par le passé, les ultras se disant départementalistes, combattaient les idées de ceux qui voulaient en finir avec le colonialisme. Par la fraude et l’abus de pouvoir, ils ont essayé d’écarter les citoyens de leurs dues : la responsabilité et les prises de décisions que nous ne cessons de réclamer pour le développement de notre île . Aujourd’hui, la vérité a fini par éclater, la droite ultra conservatrice n’est pas l’initiateur de cette proposition de loi qui a permis la Réunion d’être un département français. Sous prétexte que nos anciens exigeaient plus d’autonomie, ces ultras avec l’aide d’une partie du pouvoir politique de l’époque, nous avait diabolisé en en parlant de sceptre de l’indépendance et de la séparation avec la mère patrie. Les temps changent. Les Réunionnais sont en mesure de rejeter la médisance. L’ère de la responsabilité est arrivée. Au delà des clivages politiques, chaque citoyen est conscient du chemin parcouru grâce aux réformes apportées par la départementalisation, mais aussi de toute la route à faire ensemble pour que l’égalité soit réelle à la Réunion. La division des Réunionnais doit cesser. Il est temps de se rassembler et de parler d’une seule voix pour qu’en métropole les dominateurs acceptent que les Réunionnais prennent eux même des décisions concernant l’avenir de la Réunion.

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