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2011 : aggravation de la crise, mais prémisses d’une nouvelle politique

Sur le blog de Paul Vergès

Témoignages.re / 12 janvier 2011

Paul Vergès a publié sur son blog un texte qui fait un bilan de l’année écoulée et donne quelques perspectives sur 2011. L’arrêt des grands chantiers, le budget de rigueur imposé par le gouvernement et la hausse des prix des matières premières vont peser sur la population. Le peuple pourra se prononcer en mars prochain. Il a la possibilité d’infliger une défaite aux responsables de l’aggravation de la crise et de préparer le changement au sommet de l’État en 2012.

« L’année qui s’achève aura vu une crise sans précédent frapper La Réunion. Cette crise sociale concerne toute la société réunionnaise.
En premier lieu, les plus touchés sont incontestablement les familles les plus défavorisées : la moitié de la population réunionnaise vit sous le seuil de pauvreté français. Toutes les familles percevant les minima sociaux sont, elles, durement touchées.
En second lieu, la crise a privé d’emploi 115.830 Réunionnais, selon les derniers chiffres publiés par Pôle Emploi. Il s’agit là d’un triste record, mais ce chiffre ne recouvre malheureusement pas toute la réalité. En effet, bien des jeunes, en âge de travailler, mais aussi des adultes, souvent chômeurs de longue durée, ne sont pas ou ne sont plus inscrits au chômage.
Ensuite, l’ampleur de la crise peut être appréhendée à travers la disparition d’entreprises. Si les TPE et les PME, notamment dans le BTP, sont les principales entreprises victimes de la crise, il ne faut pas oublier que des entreprises plus importantes ont été mises en très grave situation.
Ainsi, ce que l’on pourrait appeler le « grand capital réunionnais » subit cette crise, comme dans le secteur automobile. En outre, le rachat des usines sucrières et des activités de la filière canne-sucre est une illustration supplémentaire de cette crise.
Enfin, les classes moyennes ne sont pas non plus épargnées ; de plus, certains travailleurs du secteur du BTP ne percevront pas leurs congés payés. Ce qui est inadmissible et tout à fait illégal.
L’inquiétude est donc générale et c’est tout un peuple qui s’interroge sur ce que sera l’année 2011.
Nul doute que la préoccupation majeure reste la question de l’emploi. Celle-ci doit être au cœur de toute action. Cela doit être la question essentielle de toute stratégie politique.

150.000 chômeurs

Au vu des rapports et analyses économiques, le nombre de privés d’emplois continuera à augmenter. Très probablement, il atteindra 150.000 personnes. Sur une population active estimée en 2009 à 322.200 personnes ! Ainsi, dans les mois qui viennent, il n’y aura quasiment qu’un Réunionnais sur deux qui aura un emploi.
Jamais La Réunion n’aura connu un tel chiffre. Cette situation catastrophique aurait pu être atténuée si les investissements — notamment dans le domaine du BTP — avaient été maintenus. Faut-il rappeler tous ces chantiers supprimés : rocade du Tampon, tram-train, MCUR, Pôle Océan, Zénith… Tous étaient financés et prêts à être mis en chantier.
L’arrêt de ces chantiers, outre le gaspillage financier lié aux études préalables obligatoirement entreprises, va peser lourdement sur l’activité. Non seulement en 2011, mais pour les années à venir.
En outre, cette année 2011 verra s’appliquer les conséquences de ce budget de rigueur voté au plan national. Un budget approuvé et parfois vanté par des parlementaires réunionnais, un sénateur et une sénatrice, et deux députés. Ce sont tous les Réunionnais qui vont ainsi payer cher l’attitude partisane et clanique de ces élus.
Ce budget de restriction imposé par le gouvernement va également avoir des conséquences sur l’ensemble des collectivités locales : Conseils régional et général, communes et structures intercommunales. Avec des dotations gelées pour trois ans, comment ces collectivités pourront-elles répondre à une urgence sociale qui sera de plus en plus forte, tout en créant les conditions pour préparer La Réunion du million d’habitants ?

Baisse du pouvoir d’achat

Cette année 2011 va également voir l’ensemble des prix connaître une importante inflation. Les cours des matières premières alimentaires, comme le riz ou le blé, augmentent et vont s’envoler ; le baril de pétrole va dépasser les 100 euros. L’une des premières conséquences tangibles de cette envolée des cours est le prix de la bouteille de gaz. En outre, si le pétrole augmente, ce seront, par voie de conséquence, tous les autres produits qui subiront une hausse, du fait notamment du prix du transport ; sans compter que les autres matières premières, comme celles utilisées dans le secteur du bâtiment (acier, etc.), connaîtront la spirale de l’inflation.
L’augmentation des prix est donc inévitable. Le pouvoir d’achat des Réunionnais va donc encore diminuer et les populations les plus vulnérables seront les premières touchées. Ce sera une nouvelle augmentation de la misère et de la pauvreté dans notre pays.
Les conditions seront alors réunies pour arriver à un mouvement de protestation, dont on ignore encore la forme et l’ampleur. Déjà en Guadeloupe comme en Martinique, les germes de cette protestation ont pris forme. La situation sociale à La Réunion étant encore plus dramatique, cela permet de supposer que ce mouvement sera plus important.
C’est là le début de l’affaiblissement encore de la cohésion sociale à La Réunion, une cohésion déjà très relative, mais l’accroissement des inégalités, par les conséquences de la crise, sera encore plus important.
Sur ce plan, il est à noter que la responsabilité de la situation incombe tout d’abord au gouvernement, mais aussi aux parlementaires qui soutiennent sa politique. Ils sont très prolixes pour évoquer bien des questions, créant en cela des diversions, mais sur ces questions essentielles de leur activité, ils sont totalement muets, ne proposant aucune idée pour tenter de créer les conditions d’un ralentissement de la crise en donnant la priorité à l’emploi, donc à l’investissement.

Quelle voie ?

Devant cette situation, aux conséquences directes et indirectes considérables sur la population, il convient de dissiper toute confusion. Dans toutes les informations qui nous sont données, nous avons à trouver une voie, un chemin que nous devons emprunter dans l’union et pour une action commune dans le but unique de freiner la détérioration de la situation de chaque Réunionnais.
L’action politique en 2011 passera par les élections cantonales de mars. Pour l’instant, la seule trace de ce rendez-vous est l’annonce de candidatures diverses, mais cette prolifération de déclarations d’intentions cache le véritable enjeu : sanctionner cette politique gouvernementale qui a mis La Réunion en situation désastreuse, en votant pour celles ou ceux qui se prononcent clairement pour faire échec à son action.
Pour arriver à cette victoire en mars prochain, il convient donc de ne pas se détourner des questions fondamentales (l’emploi) et de se rappeler que l’action politique nécessite une action de tous les jours, centrée sur les réels problèmes de notre société. Toute autre stratégie serait sans effet.
Ainsi, dans quelques mois, le choix est clair : soit permettre à la situation de continuer à s’aggraver, soit de créer les conditions pour infliger des défaites politiques au camp qui soutient le gouvernement et ainsi préparer une autre étape capitale : celle de mai 2012 pour un changement de toute la politique menée par le sommet de l’État : la présidence de la République et la majorité à l’Assemblée nationale. »


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