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2013 : l’année de la révolte

2012 : un an d’injustices de plus pour les victimes du système inique qui traîne depuis 66 ans : y a-t-il encore quelque chose à attendre ?

Manuel Marchal / 31 décembre 2012

En réponse aux émeutes de février, les bénéficiaires du système actuel ont tenté de faire croire que l’alternance à Paris allait amener un changement pour la situation des Réunionnais. Face à l’ampleur de la crise du système de l’intégration, cette manœuvre est apparue au final comme une grande manipulation. C’est sans doute la dernière tentative de reculer le moment de la révolte.

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En février dernier, des dizaines de jeunes Réunionnais ont été jetés en prison par une justice expéditive. Ils ont subi la répression du pouvoir et de ses complices. Il fallait agir vite et pour l’exemple. Affolé, le pouvoir avait pris peur quand les manifestants contre la vie chère n’ont plus accepté d’être manipulés. Les victimes de l’intégration ont décidé de se lever et d’exprimer leur révolte, avec les seuls moyens qui leur restent.

Ces victimes ont subi la répression, "Témoignages" a été le seul journal à prendre leur défense. Cette ligne de conduite est une constante pour "Témoignages", comme le rappellent ces deux exemples.

Avant l’adhésion de notre île à l’Europe en tant que Département d’Outre-mer, La Réunion était le premier producteur mondial d’essence de vétiver. Tout a changé avec l’intégration à l’Europe. Le vétiver n’était plus protégé de la concurrence de pays au coût de production plus bas qu’à La Réunion. L’Europe a refusé de considérer cette production comme « européenne ». Elle a refusé d’aider les planteurs réunionnais, la filière s’est effondrée.

Le géranium a connu le même sort. Moins de 10 ans après la création du Marché commun, les revenus des planteurs de géranium avaient sérieusement diminué. L’intégration avait amené de nouvelles règles et une concurrence à laquelle la filière n’était pas préparée. Le contingentement n’allait pas sauver la filière, elle allait conduire à l’élimination des petits et moyens planteurs.

Au milieu des années 1960, les planteurs de géranium n’ont pas accepté cette injustice de l’intégration. Ils se sont révoltés. Le pouvoir a fait venir de France des gendarmes et des CRS pour la répression et pour protéger les intérêts des gros planteurs. 60.000 personnes vivaient alors du géranium. Cette filière était un atout considérable. La Réunion était le premier producteur mondial, elle avait donc un savoir-faire qui permettait à l’Europe d’être en tête dans ce secteur.

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La bataille s’est prolongée pendant plusieurs années avant que la filière s’effondre. Des milliers de planteurs ont été ruinés, et l’Europe a perdu la place de leader qu’elle avait grâce aux Réunionnais.

Dans cette bataille pour leur survie, les planteurs ont toujours pu compter sur la solidarité du PCR, le seul parti politique qui défendait les victimes de la crise du géranium, conséquence de l’intégration.

La grande manipulation

Depuis une trentaine d’années, tous ceux qui prônaient l’intégration et qui voyaient dans ce régime politique la possibilité de régler nos problèmes ont progressivement changé d’avis. Aujourd’hui, ils voient que c’est terminé, et ils le pensent d’autant plus que c’est le message de Paris.

Mais au lieu d’avoir le courage de dire que l’intégration est à bout de souffle et que le changement de structure de la société est nécessaire, les intégrationnistes tentent une dernière manœuvre.

C’est la grande manipulation de l’opinion en faisant croire que le changement prévu pour « maintenant » allait pouvoir se faire sans remettre en cause l’intégration. En particulier, l’activisme parlementaire d’un ministre venu des Antilles allait compenser les précédents échecs. Et c’est cela qui était présenté comme le moyen du redressement alors qu’il apparaît clairement que la crise est tellement grave qu’une alternance à Paris est loin de suffire à redonner une perspective. Le feu continue de couver sous la cendre, les émeutes de février dernier ne sont qu’un début.

Les victimes en ont assez

Comme lors de la révolte des planteurs de géranium, ceux qui se sont levés en février dernier ont dû faire face au même type de répression. Ce sont des renforts venus de France, des arrestations, une justice expéditive et des peines de prison.

Ce traitement de la crise montre la peur d’un pouvoir et de ses complices. Ils sont totalement perdus et ils tremblent devant les conséquences de leur propre politique. Sans perspective si ce n’est celle du maintien à tout prix de l’apartheid social, ils en sont réduits à faire de la répression.

Quand Paul Vergès appelle les victimes de la crise à se battre, et à ne plus se laisser manipuler, y a-t-il d’autres solutions aujourd’hui ?

Les victimes ont accepté les discours, les délais, les conditions inhumaines de survie pendant qu’à l’autre bout de la société, les privilégiés s’empiffraient en profitant de l’argent des transferts publics et des indemnités cumulés.

"Témoignages" aux côtés des victimes

Quelle « bonne année » peut-on souhaiter à tous les Réunionnais contraints à vivre sous le seuil de pauvreté ? Quelle bonne année à tous les bénéficiaires de COSPAR et RSTA qui savent que la prime va disparaître ? D’autres n’ont que 450 euros comme revenu. En un an, le nombre de chômeurs a augmenté de 10.000. L’année qui vient, cette hausse va continuer alors que l’argent des transferts publics sera soumis à un plan d’austérité encore plus rigoureux. Il ne sera plus possible de tenter d’acheter la paix sociale par quelques contrats dérisoires. Ceux qui continueront d’entretenir cette illusion à coup d’argent public protègent le régime politique et refusent de se mettre à la place des victimes, car ils ne vivent pas ces situations extrêmes.

En 2013, "Témoignages" sera toujours aux côtés des victimes, quelles que soient les difficultés du moment. Que les notables ne comptent pas sur "Témoignages" pour se taire. Ce journal a été le seul à dénoncer la répression contre les planteurs et les travailleurs, il a aussi été le seul à demander la libération des jeunes emprisonnés à la suite des émeutes de février.

Nous aurions aimé que d’autres hommes-femmes politiques donnent de la voix pour demander aux victimes de se regrouper et se battre, comme l’a fait Paul Vergès la semaine dernière. Hélas ! Tous en cœur, ils vont vous souhaiter la « bonne année »  ! Les victimes apprennent chaque jour qu’elles ne peuvent pas compter sur les agents du pouvoir — de gauche comme de droite — qui veulent temporiser en promettant aux victimes du vent.

2013 sera l’année de la révolte. A force allé à l’eau, calbasse i pète.

M.M.



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Messages






  • Manuel Marchal votre analyse est pertinente.
    Y a-t-il encore quelque chose à attendre de ce système aprs 66 ans de départementalisation ?
    Même les plus farouches défenseurs de la départementalisation n’y croit plus eux-mêmes.
    La répression, les mesurettes et les promesses faites après les émeutes de février 2012, n’ont été que manoeuvres et manipulation, de la part de l’Etat colonial français et de ses soutiens locaux.
    De plus en plus de réunionnais sont victimes de cette intégration-assimiliation imposée en mars 1946, ajustée en juin 1979 et accentuée en mai 1981, aprs que les défenseurs de l’autonomie aient eux-mêmes fait le choix de l’assimiliation et sacrifiés des génrations de réunionnais, devant la promesse des socialistes d’instaurer une assemble unique.
    La droite comme la gauche, y compris les socialistes aujourd’hui au pouvoir en France ont leur part de responsabilité dans la situation catastrophique dans laquelle se trouve de plus en plus de réunionnais.
    La solution, où est-elle aujourd’hui ?
    Stoppons l’intégration, arrêtons maintenant le rouleau compresseur de l’assimiliation et donnons aux réunionnais les moyens de prendre en main leur destin.
    La révolte est invitable, au vu de la graviét de la situation conomique, ils le savent tous. Mais demain, il va falloir proposer aux réunionnais un autre modèle de société, un modèle qui doit impérativement placer l’Homme réunionnais au centre des décisions et des responsabilités, pour enfin, mettre La Réunion sur la voie du développement et faire renatre l’espoir d’un monde meilleur.

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