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50 ans de luttes pour un train à La Réunion

Pour une alternative au tout-automobile imposé grâce à la fraude électorale

Manuel Marchal / 28 novembre 2009

400.000 voitures de plus qu’aujourd’hui avec un kilométrage de routes augmenté de 10%. Voilà ce qui arrivera aux Réunionnais si le tram-train est remis en cause. La possibilité aujourd’hui d’une alternative au tout-automobile est le résultat de 50 ans de luttes. Tout a commencé en 1958, lorsque le pouvoir central a réussi à imposer la suppression du chemin de fer. Désignée par la fraude électorale massive orchestrée par la Préfecture, la majorité du Conseil général de l’époque a validé sans discussion la décision du préfet Perreau Pradier.

Au 19ème siècle, alors que la population de La Réunion était inférieure à 200.000 habitants, deux grands chantiers d’infrastructures sont lancés : le creusement d’un port de commerce et la réalisation d’un chemin de fer.
Ce projet implique donc le percement de plusieurs bassins pouvant accueillir les bateaux les plus modernes de l’époque dans ce qui était la zone la plus aride du pays, d’ailleurs appelée la Pointe des Galets. Pour le chemin de fer, la ligne devait relier Saint-Benoît à Saint-Pierre en traversant le massif de la Montagne.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale s’est posée la question de l’évolution du réseau ferré. Modernisation ou remplacement par le tout-automobile avec la construction d’une route du littoral ?
C’est la deuxième solution qui a été choisie, et pas pour des raisons économiques lorsque l’on voit les conséquences aujourd’hui. Avec les quais du Port, le chemin de fer était un des foyers des luttes revendicatives. Supprimer le chemin de fer était donc pour les dominants de l’époque un moyen de tenter de briser le mouvement revendicatif qui demandait la pleine application de la loi du 19 mars 1946, et donc la fin du maintien des pratiques coloniales.
L’État allait donc décider de fermer le chemin de fer, alors qu’il était le principal mode de transport à La Réunion. Le préfet Perreau Pradier va donc faire appliquer cette décision en obtenant un vote favorable du Conseil général en 1958. Il faut dire que la majorité des conseillers généraux composant l’assemblée devaient leur poste à la fraude électorale massive dirigée depuis la Préfecture. C’est donc une majorité soumise au gouvernement de l’époque qui a soutenu la décision prise par le pouvoir central. La route du littoral a donc été construite, et avec elle allait commencer l’importation de plus en plus massive des automobiles.
On voit aujourd’hui le résultat de cette décision imposée par des "élus" désignés par la fraude électorale.

Sortir de l’impasse

C’est tout d’abord une route qui est toujours impossible à sécuriser. Ce qui implique la construction d’une troisième route du littoral pour enfin avoir droit à un itinéraire routier sécurisé entre Saint-Denis et La Possession.
C’est ensuite la croissance du parc automobile qui ne cesse de s’accélérer. Les caractéristiques physiques de l’île ne sont pas adaptées au choix du tout-automobile. Et avec la croissance de la population, les prévisions font état d’une impossibilité de se déplacer d’ici 20 ans. Avec 400.000 voitures aujourd’hui, tout le monde constate les embouteillages. Alors avec 800.000 dans moins de 20 ans, c’est l’impasse.
C’est enfin l’exclusion d’une part importante de la population. 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Qui peut alors se payer une voiture, et dans quelle condition ? Et quand la voiture du foyer est utilisée par une personne, comment les autres membres de la famille peuvent-ils se déplacer ?
Tous ces éléments sont le résultat d’une décision imposée voici 50 ans.
Et c’est aujourd’hui, au bout de 50 ans de luttes, que les Réunionnais ont réussi à boucler sur les plans technique et financier le chantier qui va permettre de sortir de cette impasse avec le tram-train.

Manuel Marchal


200.000 habitants, un port et un chemin de fer

Au moment de lancer le chantier du chemin de fer et du port, la population était quatre fois moins nombreuse qu’aujourd’hui. Nul doute que si avaient sévi à l’époque un Didier Robert ou un Jean-Paul Virapoullé, le port n’aurait pas été creusé, et les déplacements en seraient restés à la charrette bœuf et à la chaise à porteurs.
Car même si la population ne dépassait pas 200.000 habitants, ces deux chantiers correspondaient à des besoins, ils ont donc été lancés. Leur ampleur était telle qu’il a fallu faire venir des travailleurs d’autres pays pour percer les kilomètres de tunnel, construire les ponts, poser plus de 100 kilomètres de rails.
Au moment de la livraison des chantiers, La Réunion disposait alors d’infrastructures de haut niveau. Elles ont été nécessaires au développement du pays. Et elles ont été aussi le lieu de naissance des luttes sociales qui allaient mener à l’abolition du statut colonial, 60 ans après l’inauguration du port et du chemin de fer.


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