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71 ans après l’abolition du statut colonial : bilan et perspectives

Conférence dimanche 19 mars à Saint-Paul

Manuel Marchal / 17 mars 2017

En conférence de presse hier, le Parti communiste réunionnais représenté par Julie Pontalba, membre du Comité central, Johnny Lagrange Backary, secrétaire, et Maurice Gironcel, secrétaire général, a présenté la prochaine conférence organisée par le Parti. Elle se tiendra dimanche 19 mars à Savanna, Saint-Paul à l’occasion du 71e anniversaire de l’abolition du statut colonial. Ce 19 mars, le PCR célébrera la fin du régime colonial, pas la départementalisation et fera des annonces sur l’avenir.

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Julie Pontalba, membre du Comité central du PCR, Johnny Lagrange Backary, secrétaire, et Maurice Gironcel, secrétaire général.

Johnny Lagrange Backary rappelle que le PCR a toujours célébré le 19 mars. Pour le 19 mars 2017, plusieurs initiatives sont prévues. Tout d’abord un dépôt de gerbe sur la place du 19 mars 1946 au pied des statues de Raymond Vergès et de Léon de Lépervanche à Saint-Pierre, dimanche à 7h45. Le PCR compte d’ailleurs interpeller la mairie de Saint-Pierre au sujet de la dégradation de la statue de Raymond Vergès, pour que la commune effectue sa remise en état. Un autre dépôt de gerbe aura lieu devant l’ancien domicile de Léon de Lépervanche dimanche à 8 heures au Port. À 9 heures 30, rendez-vous est donné pour une conférence au restaurant chez Paul à Savanna. Julie Pontalba et Maurice Gironcel seront les intervenants.

Célébration de la fin du régime colonial

Julie Pontalba rappelle le combat pour que le 19 mars soit un jour férié et chômé, comme le 20 décembre. Il a fallu de longues luttes pour que le 20 décembre soit aujourd’hui célébré, grâce à l’action des communistes. Le 19 mars 1946, la loi abolissant le statut colonial est promulguée après son adoption à l’unanimité. À La Réunion, les deux députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche ont porté ce projet suite à leur élection le 21 octobre 1945. L’abolition du statut colonial a permis d’importantes avancées dans les domaines de la santé et a ouvert la bataille de l’égalité. Ce 19 mars, le PCR célébrera la fin du régime colonial, pas la départementalisation. Julie Pontalba rappelle la proposition de loi déposée l’an dernier pour que le 19 mars soit un jour férié et chômé.

La conférence rappellera des faits historiques, les actions menées par le PCR et présenter les nouvelles initiatives pour arriver à ce but. Parmi ces dernières, le PCR compte interpeller les candidats à la présidentielle pour connaître leur position sur le 19 mars férié et chômé, a déclaré Maurice Gironcel.

Conserver les avancées sociales

Le secrétaire général du PCR souligne que cette loi d’abolition du statut colonial émanait des populations d’outre-mer, et donc de La Réunion. C’était une loi péi. Les élus communistes et progressistes étaient à son initiative. La volonté était une loi d’égalité, composée de 3 articles.

Cette loi a aboli en droit un système, mais dans les faits cela n’a pas été le cas. Le secrétaire général du PCR revient sur le document publié l’an dernier par le PCR à l’occasion des 70 ans du 19 mars. Cet ouvrage mettait en évidence la domination à La Réunion d’un régime néocolonial, source de blocages.

Pour illustrer son propos, le dirigeant communiste revient sur l’assemblée plénière de la veille au Conseil départemental. Le premier dossier concernait des aides aux agriculteurs, dans un contexte où ces derniers sont menacés par la concurrence régionale. Les interventions ont montré qu’il n’y pas de solution dans le cadre actuel.

Cela ne signifie pas qu’il faille repartir de zéro. En effet, les avancées sociales permises par la loi du 19 mars sont importantes à conserver. Mais un constat montre qu’aujourd’hui, « nous sommes arrivés au bout de ce que pouvait permettre la loi abolissant le statut colonial ».

Dès 1959, le PCR proposait des mesures pour que les Réunionnais puissent avoir la maîtrise des décisions dans leur pays. Aujourd’hui, cette orientation est de plus en plus partagée, dans tout l’échiquier politique. Des responsables de parti parlent d’ « émancipation », « de changer de logiciel ». Le 15 novembre dernier aux obsèques de Paul Vergès, le discours fait au nom de Didier Robert, président de la Région, avait même dit que La Réunion vit dans un système néocolonial. La Région plaide d’ailleurs pour une autonomie fiscale pour baisser la contribution des entreprises. Le PCR propose un contenu différent.

Lors de son dernier Congrès, le Parti communiste réunionnais a adopté le mot d’ordre de rassembler pour responsabilité. C’est un appel à toutes les bonnes volontés sans exclusive, à destination de toutes les forces politiques.

Fonds de développement

En effet, la revendication d’un nouveau cadre se traduit, pour le PCR, par la responsabilité pour les Réunionnais. Les propositions du PCR pour un nouveau cadre visent à donner aux Réunionnais le pouvoir de voter des lois adaptées à leur pays. Cela passe par une assemblée territoriale paritaire, élue à la proportionnelle avec des compétences élargies, en sachant que les prérogatives régaliennes resteront du ressort de l’État. Le PCR propose aussi un fonds de développement, alimenté par des crédits venant de la France, de l’Europe et de l’épargne des Réunionnais. Son montant pourrait s’établir en fonction du différentiel en termes de PIB par habitant entre La Réunion et la France, multiplié par le nombre d’habitants dans notre île.

Le PCR demande aussi une remise à plat de toute la fiscalité, ce que le cadre actuel ne permet pas. Il préconise aussi d’aller vers l’autonomie énergétique d’ici 2030. Il reste 13 ans pour agir, à condition de ne plus importer de carburant et de charbon. En définissant leur politique énergétique à partir des énergies renouvelables, les Réunionnais ont la possibilité de créer des milliers d’emplois.

Co-développement

Dans une génération et demie, La Réunion atteindra un million d’habitants. Il faut 10.000 logements par an, un nombre jamais atteint. Cela suppose des moyens et de nouvelles compétences, dit en substance Maurice Gironcel.

Le co-développement de La Réunion est bloqué par l’alinea 5 de l’article 73 de la Constitution. Il faut que La Réunion puisse échanger dans une perspective gagnant-gagnant avec ses voisins, poursuit le secrétaire général du PCR. Or, dans le système actuel, il suffit que les importateurs respectent les normes sanitaires pour faire venir des marchandises qui concurrencent les produits réunionnais. Les termes de l’échange sont donc défavorables aux Réunionnais. Plus grave, tout se décide sans que la population puisse donner son avis.

Le PCR note que la Commission de l’océan Indien ne joue plus son rôle. La France a missionné un ambassadeur pour parler au nom de La Réunion. « On voit des débats qui se font sans nous, les APE vont être signés sans demander leur avis aux Réunionnais ». Seul un nouveau cadre pourra donner aux Réunionnais les moyens de négocier eux-mêmes leur intégration dans leur environnement régional.

Dans la perspective de la conférence de dimanche, le PCR a lancé une campagne d’affichage. En conclusion, Maurice Gironcel a laissé entendre que le rendez-vous du 19 mars sera aussi le lieu d’autres annonces.

M.M.