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À l’aube d’une Réunion nouvelle

La crise accélère l’effondrement d’un système

Manuel Marchal / 18 août 2012

Deux conférences de presse hier ont de nouveau alerté sur une économie au bord de la rupture. D’un côté, l’intersyndicale a rappelé au patronat que l’apurement des dettes des entreprises a des contreparties en termes de création d’emploi et de hausse des salaires. Pour leur part, une coalition d’organisations patronales réclame des mesures d’exception pour passer le cap de la crise. Un nouveau débat vient de s’ouvrir, il s’ajoute à celui de la surrémunération. Tout cela est caractéristique d’un système à bout de souffle qui ne va pas tarder à s’écrouler.

L’Intersyndicale tenait hier un point presse pour donner sa réponse au projet de LOOM 2 proposé par la CCI et la Chambre de métiers. Les dirigeants des deux chambres consulaires souhaitent en effet la réactivation d’un des volets de la Loi d’orientation pour l’Outre-mer votée sous le gouvernement du socialiste Jospin : l’apurement des dettes fiscales et sociales des entreprises.
L’Intersyndicale n’est pas d’accord avec la signature d’un chèque en blanc au patronat. Le précédent de la LOOM montre que les mesures de baisse des impôts payés par les entreprises et les abandons de créances ne se sont pas traduites par des créations d’emplois et par une hausse des salaires.
Hier également, 5 organisations patronales tenaient une conférence de presse pour réitérer d’autres propositions visant à venir en aide aux entreprises. Les patrons attendent la venue d’un commissaire au redressement productif, ainsi que des facilités de crédit accordées le temps de passer la crise.

Quel pouvoir d’achat ?

Ces deux conférences de presse confirment bien que le secteur privé est au bord de la rupture. L’arrêt des grands chantiers et le blocage infligé à la production de logements par l’ancien gouvernement sont en train de porter un coup fatal à notre économie, car celle-ci ne dispose pas dans l’immédiat de moyens suffisants pour se relancer. Pendant ce temps, les travailleurs sont sous le coup d’une inflation galopante. En juillet dernier, les prix ont augmenté de plus de 1%, et cela malgré tous les millions de subventions versées par les pouvoirs publics à la grande distribution pour qu’elle baisse ses tarifs. Le pouvoir d’achat est en berne, ce qui rend encore plus urgentes les revendications salariales.
Dans un petit pays comme le nôtre, des logiques contradictoires sont en train de surgir, elles montrent bien que le système en place ne peut y répondre. Car le fond du problème, c’est comment garantir un pouvoir d’achat équivalent à celui de la France dans un pays où les prix sont beaucoup plus élevés ? Notre économie ne produit pas des richesses par habitant supérieures à celle de la 4è puissance économique du monde, comment faire dans le cadre actuel ?

Secteur public dans l’impasse

Dans le secteur public, l’État a donné une réponse à cette question, il a décidé d’octroyer à ses agents un salaire majoré de 53% pour acheter la vie chère. Mais le déroulement de la rentrée scolaire et une décision de justice viennent de montrer aussi que cette démarche était arrivée au bout de sa logique.
La titularisation d’un agent impose le versement de cette majoration, les collectivités disent qu’elles n’ont pas les moyens de l’État pour payer les 53%, et elles ont recours massivement à des emplois précaires. Les écoles fonctionnent donc grâce à des travailleurs souvent à temps partiel payés au SMIC. Ces agents communaux remplissent des missions permanentes. Il suffit dès lors que le financement de l’État pour les emplois précaires soit en baisse pour qu’aussitôt la situation devienne intenable.

Le fondement de l’inégalité est illégal

La semaine dernière, il manquait 2.000 emplois pour assurer la rentrée scolaire. Les maires ont donc décidé de la reporter. L’État a finalement cédé sur 900 emplois, mais le ministre des Outre-mer n’a pas manqué de rappeler que les travailleurs des écoles doivent être des employés permanents, ce qui veut dire clairement des fonctionnaires territoriaux, avec un traitement majoré de 53%.
Étant donné que la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, elle ne pourra décemment pas payer encore par une hausse importante des impôts la titularisation générale des 17.000 employés communaux auxquels s’ajoutent les travailleurs en contrats-aidés.
Tout le débat a été relancé par une décision de justice jugeant illégal l’index de correction, qui est le fondement de la sur-rémunération à La Réunion.
Aussi bien dans le secteur privé que dans le public, le régime politique actuel montre son impuissance. Il produit tellement de chômage et de vie chère qu’il est en train de s’écrouler, et l’impact de la crise en Europe va sans doute accélérer ce phénomène. C’est bien l’aube d’une Réunion nouvelle qui se profile, les jeunes et les pauvres ont tout à gagner de l’émergence d’une nouvelle société où la responsabilité sera entre leurs mains.

Manuel Marchal

Syndicat autonome de la fonction publique territoriale

« Un plan de titularisation des agents communaux »

Le SAFPTR dénonce le fait qu’il n’existe pas de dialogue entre les agents de

la fonction publique territoriale et les maires de l’île, de tous bords

politiques. "Nous demandons la réouverture de ce dialogue, notamment pour

aborder la renégociation sur les bas salaires", explique Jean-Pierre

Lallemand. "Certains travaillent depuis 20 ans et touchent toujours entre 1.000 et 1.500 euros, ils n’ont aucune perspective", ajoute-t-il. "Il est

urgent de rétablir le dialogue social, et ce dans toutes les communes de

l’île, afin de mettre en place un plan de titularisation des agents",

conclut Jean-Pierre Lallemand.


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